Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Clair-obscur
  • : Créé par l'association Areduc en 2007, Entre Les Lignes propose un regard différent sur l'actualité et la culture en France et dans le monde.
  • Contact

Dossiers:

Les dossiers Clair-Obscur:

Rechercher

21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 11:26
 
sarko1.jpg
 
 
Il n’y a plus qui que ce soit pour croire quoi que ce soit avec conviction dans le paysage politique. Le paysage politique officiel, j’entends. Ça se sent, ça se voit. Il y a pléthore d’opinions, c’est-à-dire des mots flottants, ronflants, que les officiels arrangent, avancent, retirent. On a l’impression des mêmes, exactement les mêmes, à droite comme à gauche, qui bavardent, échangent les places comme on se passe les plats (ça s’appelle l’Alternance) et qui portent furieusement des cravates – jusqu’au fond de la tête ! 

 
            En vérité, ces pingouins endimanchés n’attendent même plus la fameuse alternance pour se ruer sur les postes : caricaturale confusion des partis, « grand cadavre à la renverse ». Là, ça s’appelle l’Ouverture. Ce sont des mots-slogans qui recouvrent de la cuisine. C’est la Drauche. Personnel formaté, interchangeable, bien causant, rodé, toujours doué pour prendre la lumière des projecteurs. De quoi franchement démoraliser les plus ardents citoyens – ces débiles qui croient encore à quelque chose comme une vision du monde, une philosophie des rapports humains, une conception de la société, des valeurs…
 
            C’est le but, d’ailleurs : démoraliser. Faire que les choses soient molles, insaisissable, pleines de faux émois et de fumée. Ainsi l’ordre perdure, c’est-à-dire un désordre solidement installé. Dans ces vapeurs, le monde en place valse, s’exhibe, gratte, profite, puise au butin. Toute une cascade de prébendes, de rentes, de rémunérations occultes ou cyniques. Des tributs prélevés sur la bête. Deniers publics jetés aux parasites en tout genre…
 
 
 
            Difficile de parler de tout ça. En plantant la dent dans ce gros fruit défendu (et bien défendu !), on ne sait plus où on va, qui on touche, qui est concerné. On a le sentiment d’une résignation au pire ou d’une espèce de corruption généralisée, vénalité généralisée, qui va du grand condottiere de la politique au requin local de la presse, avec parfois des côtés grotesques.
 
 
 
Exemple de grotesque ? Ce président qui s’octroie, dans le marasme montant, 19 000 euros de revenus mensuels (en plus de tout le reste) - augmentation de 140 % - et qui s’attaque aux « privilèges » des cheminots ! Il ose. Alors on rit ? On pleure ? Ça laisse baba, en tout cas. Aussitôt les médias devraient passer au rouge, l’opinion publique devrait sortir de ses gonds. Un peu de cohérence, messieurs. Un minimum de probité…Mais non. Ça se perd dans le flot des infos – Ce foutu flot où se noient de conserve le cheval et l’alouette, le chien écrasé et la guerre en Irak. On est prié de perdre le sens des proportions, le sens de l’essentiel. Donc, pas de grosse rigolade ou de colère fulminante (si : un pêcheur du haut de son chalutier…). Ça coule, ça passe. Alors que tout est là, dans cette inversion des significations, dans ce mépris des faits, dans ce défi au bon sens. Ou on fait de la justice sociale, de la solidarité, de la démocratisation, de la transparence, ou on se fiche du monde !
 
           
 
Eh bien on se fiche du monde.
 
                
 
            Loin de tout mettre sur la table pour faire le tri dans le social, pour améliorer et changer ce qui peut l’être en toute équité et pour qu’il y ait de l’humain au lieu de la foire d’empoigne, chaque « responsable » (politiciens, PDG, médias, experts…) y va de sa petite confusion, de sa petite complaisance, de sa petite magouille. On tait, on camoufle. Et par exemple on tend le micro aux usagers qui en ont marre des grèves dans les transports. Demain, c’est sur eux, bien sûr, que tombera le marteau des cyniques et des manipulateurs. Peu importe : les uns sont dressés contre les autres. Diviser pour régner.
 
 
 
En face, comme on aimerait voir les syndicats s’unir et faire ne serait-ce qu’une campagne d’affiches commune pour dire : « Assez de sornettes ! Arrêtez de vous en prendre aux pseudo-privilèges des pauvres et attaquez-vous aux accaparements obscènes des vrais privilégiés, de ceux qui puisent dans les caisses à deux mains ! »
 
Information : si les stock-options et parachutes dorés étaient soumis aux cotisations sociales, cela rapporterait 6,5 milliards d’euros. Rappel : le déficit des régimes spéciaux est de 6,2 milliards !                     
 
 
 
Tant que les choses ne seront pas posées dans ces termes-là – toute la vérité à tous les niveaux -, on piétinera dans les mêmes discours vaseux et les mêmes vieux conflits piégés. Et la démoralisation progressera, pour le plus grand profit (au sens propre) des cravatés médiatiques qui font la pluie et le beau temps. Loi charmante du «je m’en mets plein les poches et alors ? Après moi le déluge ! »
 
 
   
Serge Trocquenet  

Partager cet article

Repost 0

commentaires