Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Clair-obscur
  • : Créé par l'association Areduc en 2007, Entre Les Lignes propose un regard différent sur l'actualité et la culture en France et dans le monde.
  • Contact

Dossiers:

Les dossiers Clair-Obscur:

Rechercher

23 décembre 2007 7 23 /12 /décembre /2007 12:56
(Modeste contribution à la lecture d’un film éblouissant !)
 
La morale est triste - hélas !
 
Dans La nuit nous appartient de James Gray, elle a quelque chose de rigide, d’étriqué, d’un peu minable même.
 
Si le film s’ouvre sur une torride scène de sexe, à string rabattu,et se poursuit sur la plongée triomphante de Bobby Grusinsky (Joaquin Phoenix) dans sa boîte à succès, il nous mène ensuite dans un contre-univers désolant. Là, une musique tonitruante, des corps en folie,une jouissance frénétique. Ici, une salle sinistre où des hommes en uniforme rendent hommage à leurs collègues flics tombés au combat.

            Tout le film repose sur cette opposition atterrante.

Un père-flic, blême, raidi dans son intransigeance, redoutable Commandeur, exige d’un de ses fils ce qu’il a obtenu de l’autre : le sacrifice entier de sa personne à la Loi. Un fils a plié. L’autre se rebelle. Il préfère à ce papa-bâton, le gentil papa russe, tout calme, tout généreux, qui offre, avec la direction de sa boîte, la puissance, l’argent, le plaisir…Et Bobby plonge avec délice dans cet univers facile où le fric, l’alcool, le foutre, la drogue coulent à flot.

            James Gray nous laisse ébahis devant ces deux mondes, dont l’un est l’envers absolu de l’autre. Quand le sacrifice s’accomplit, le héros bascule. Déjà chaviré par la chute du frère, il rompt totalement les amarres dès la mort du père. Mickael Corleone, dans Le parrain de Coppola, avait rejoint la mafia en voyant le père s’écrouler sous les balles. Bobby choisit la police quand le sien rend l’âme.
 
            Le sort du Fils semble être de remplacer le Père ; et c ‘est au Fils le plus éloigné du Père en apparence-le « Fils terrible » - qu’échoit ce Devoir. Dans les deux films, il y perd son individualité, sa liberté, ses convictions. Mickael Corleone, dans Le Parrain 2 devient un sombre héros, impitoyable et glacé. Bobby, de la même façon, semble se « solidifier », se murer dans son acceptation. Pendant que les « Fils dociles » s’écroulent ou quittent le terrain, les « Fils rebelles »adhèrent totalement à un univers mortifère et se sacrifient sans broncher.
 
            Mais au-delà des apparences, la situation de ces deux héros est-elle la même ?
 
Corleone, au nom de la « Famille », sème l’horreur autour de lui et, d’ailleurs, perd les siens : frère, femme, fille…
           
Bobby rejoint un obscur combat contre un univers putride, où, peut-être, il perdra la vie et dont, de toute façon, il ne tirera aucune gloire. Le génie de ce film est de nous confronter à cette absence d’héroïsme triomphant. Le vice est vulgaire, la vertu est humble et cahotante. Pourtant… Le choix du héros est un cheminement ardu, christique, contre la pourriture du fric, et le film se clôt sur les paroles d’amour qu’échangent les deux frères.
 
            Emouvante lueur dans ces ténèbres douloureuses.
 
Un grand film. Un vrai moment de bonheur.             
                                                                                           Josiane Lopez

Partager cet article

Repost 0

commentaires