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10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 14:24
A l'heure où  "baril à $100", "crise aux USA" et  "stagflation" sont devenus des lieux communs, et où Courrier Internationnal  titre sur la décroissance, il me semble judicieux de faire un point sur notre rapport à la situation économique actuelle.

Pour résumer, disons que nous sommes dans une phase "ouverte".

Deux exemples pour comprendre ce qui est en jeu: l'énergie et la R&D, soit deux des secteurs les plus en amonts de notre économie.

Conscients que les ressources en énergies fossiles viendraient à manquer dans les prochaines années (cf. pic de Hubbert), les grands groupes ont investi dans les énergies "renouvelables". Soyons clairs: elles ne le sont pas. Compte tenu des besoins énergétiques nécessaire à la fabrication, installation, transport et de la durée de vie des éoliennes, panneaux solaires et autres nouvelles technologies et vu qu'il faut 10000 litres d'eau pour fabriquer un seul ordinateur, le retour sur investissement énergétique est quasi nul pour ne pas dire négatif. En fait, ces projets s'inscrivent pleinnement dans une économie basée sur la croissance, ils lui ont même donné un second souffle - c'est en effet le seul mot qui sous-tend toute notre économie: "supérieure à 2%" ou c'est la recession, comme le formulaient dèjà les neo-classiques il y a plus d'un siècle... Le buzzword "environnement" est ainsi devenu un facteur de croissance: le paradoxe est grand et les cris poussés par la communauté scientifiques n'ont rien changé. L'homme se retrouve donc face à 3 voies: faire confiance au capitalisme et en sa capacité à trouver des solutions innovantes pour résoudre ses problèmes ou espérer un renversement axiologique et une vision "sage" de notre écosysteme (Voir l'article du Monde sur "l'antropocène" et sur  les perspectives)

Pour ce qui est de la R&D, et plus particulièrement celle des grands groupes pharmaceutiques, le mythe de leur toute puissance financière (cf. The constant gardner, Le carré) est en train de s'éroder. Merk (géant US) a englouti ces 3 dernières années quelques 10 milliards de dollars dans des projets n'ayant donné naissance à aucun médicaments (Vioxx en 2004, vaccin anti sida en 2007). Il en va de même pour Sanofi Aventis et le suisse Roche. D'une façon générale ils ont dépensé 3 fois plus qu'il y a dix ans pour deux fois moins de médicaments produits. Et derrière c'est toute la chaine de consommation qui s'effrite. Les génériques n' "arrangeant" rien.

Pour l'un comme pour l'autre, il s'est agit ces dernières années de repenser globalement le système de fonctionnement: comment sélectionner une molécule "efficace" pour les labo? comment maintenir la croissance avec des ratios énergétiques supérieurs à 1 pour les groupes pétroliers? Pour répondre à ces questions, force est de constater que ce sont les USA qui ont oeuvré le plus (les européens se sont consacrés à des recherches plus "fondamentales") : 40% de la recherche mondiale (défense comprise...) leur sont dus. D'une façon plus générale, ceci révèle (enfin) une prise de conscience de la part des dirigeants : le capitalisme ne peut pas être modélisé par nos économistes puisque ceux-ci sont congénitaux de la croissance (leurs méthodes d'analyses la postuleront donc). Seule la mise en place d'un dynamisme sociologique à la mesure du dynamisme technologique actuel permettra de sortir de cette impasse. En témoignent les campagnes de recrutement acharnées des chercheurs, au CNRS par exemple.

En définitive, tout réside dans cette simple phrase de Latour: le réel est la conséquence de la stabilisation d'un fait scientifique, pas sa cause. Les enjeux à l'échelle individuelle sont grands: l'innovation technologique étant limitée à terme par l'environnement, l'innovation sociologique "peut" prendre le relais et ainsi permettre de changer notre vision du réel, dans sa définition même. C'est cette réciprocité, cette réflexivité, basée sur un raisonemment plus holistique qu'analytique qui nous aidera à passer d'un paradigme à l'autre. "La décroissance" dont on parle en ce moment se base sur une approche de ce type, reste à voir sa viabilité dans les faits.

Sylvain Bineau

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commentaires

serge 20/01/2008 13:23

Pourquoi la conséquence seulement d'un "fait scientifique" ? Dans cette belle formule de Latour (?), c'est le mot "fait" qui compte, et les faits ne sont pas uniquement d'ordre scientifique. Il y a des faits plus déterminants encore dans l'ordre de l'humain : les faits de croyance, les choix fondateurs, ceci plutôt que cela. Il s'agit donc maintenant de croire à autre chose, de vouloit autre chose. Et là, il est clair qu'on est tousd'accord, quels que soient nos formulations ou nos angles d'attaque. Chouette !