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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 12:10

Faire des rencontres, discuter, vouloir, partager, créer et toujours FAIRE, FAIRE, FAIRE…

 

      Dans le premier film, Into the Wild de Sean Penn, le personnage veut partir, c’est indispensable, c’est sa condition de vie et de mort. C’est son DESIR. Tout est pourri dans le monde dans lequel il évolue : il part. Son désir donc, le sien, est de vivre seul dans la nature encore sauvage (wild), non corrompue par la civilisation.

 

      Le montage non linéaire ici habilement employé, sert à emboîter des plans, des séquences datant d’hier et d’aujourd’hui : le film commence juste au moment de sa séparation avec sa dernière rencontre humaine sans jamais la raconter. Nous savons ensuite de quoi elle est faite : d’amour de son prochain. Ce dernier lui donne ses bottes. Ce montage non linéaire permet à la fois de mieux cerner le personnage, ses motivations, le pourquoi du comment il en est venu à réaliser son désir, et en même temps de ne pas le juger pour ses décisions. Cela permet ainsi surtout de dissocier le discours du film de celui de son personnage.

 

      Car un des problèmes majeur de Sean Penn à mon sens est de régler un problème grave de son épopée : cet homme, que nous aimons, que tous les personnages qu’il croise aiment, n’aime que lui-même et pas les autres. Il les fuit. D’ailleurs c’est clairement exprimé à travers le personnage de l’agriculteur, le magnifique Vince Vaughn, qui lors d’une soirée tente de le faire revenir sur TERRE ! C’est aussi exprimé par la contradiction de deux cartons. Le premier au tout début du film dit qu’il aime vive parmi les hommes, mais qu’il préfère vivre au milieu de la nature (into the wild). C’est de l’un des deux auteurs qu’il chérit. La conclusion arrive quelques mois plus tard, et surtout deux heures trente après, alors qu’il se meurt, qu’il le sait (car il a mal LU un livre sur les plantes), et qu’il se dit « c’est trop con » : il relit Tolstoï, son deuxième auteur chéri, ce qui amène un deuxième carton -en fait un insert sur le livre : tout cela n’en vaut pas la peine si ce n’est pas partagé. Partager cette intensité, ce voyage effectué, cette vie pure, avec des hippies démodés, un grand père désireux, une jeune fille paumée, un agriculteur hors la loi… ce film ne montre d’ailleurs que des gens bien, qui veulent l’aider, et sentent qu’ils sont aidés par lui. Le fait qu’il se fasse casser la gueule une fois rejoint le grand discours d’Easy Rider de Dennis Hopper, dans lequel J. Nicholson se fait tuer parce que comme ce jeune, il cherche la Liberté. La Liberté qui effraye. Ici non. Le discours est clair. Les autres aussi veulent partager cette liberté, et ils sont libres, du moins autant que lui face aux événements. 

 

      Alors si on peut effectivement dire qu’il n’aime pas les hommes car il les fuit, qu’il n’est pas suffisamment touché par leur amour, et que c’est « inhumain », le film dissocie bien le personnage de son propre discours, et il le met face à Tolstoï. En gros, ce qu’il faut comprendre de Tolstoï, c’est : tu me lis en ce moment même, nous discutons, là au milieu de nulle part, regarde ce qui en vaut vraiment la peine : notre partage… tu as mal lu… tu meurs. Le film s’efforce vraiment de montrer cela : « MONTRER ». Regarde bien : IL FALLAIT PARTIR, IL FALLAIT CONTINUER A PASSER SON CHEMIN… mais il FALLAIT RESTER DANS LE MONDE DES HOMMES.

 

      Be kind rewind est assez différent mais tout aussi passionnant dans sa façon d’être mis en scène et dans son discours. Ici, au contraire, la motivation des personnages est de vouloir rester dans leur vieux quotidien, dans leur vieil immeuble pourri. Mais ce qui est extraordinaire, c’est que pour cela, ils vont devoir créer, et changer la mentalité du quartier. La vie est difficile, mais regarde ce qui se passe si on se met à faire.

 

      Enfin plutôt pour commencer, par RE- faire (Re-embobinez ce qui existe déjà) pour au final créer. Ils vont tous ensemble faire un documentaire de création sur un personnage idéal, qui aide à vivre mieux, qui n’a jamais existé. Certainement beaucoup trouvent que cela n’est que bon sentiment et « kékétude », mais si l’on pose des yeux d’amour sur cette œuvre alors, le monde ne nous parait pas aussi vilain en sortant. Il y a des solutions. Et ce sont ces solutions (tellement rares dans les œuvres en général) qui ici m’ont semblé formidables. Car ce qui est peint sur cette toile est la véracité de la Beauté provenant de la Volonté de faire ensemble. Jack Black le dit à son meilleur ami : regarde un peu le monde dans lequel on vit, sois un peu lucide… mais là avec ce que NOUS faisons, grâce à NOTRE désir de faire des films, regarde, tout le monde l’a fait ENSEMBLE, et notre quartier pourri est meilleur.

 

      Ce film a pour moi en plus l’avantage d’être drôle, donc de donner un sentiment de refus d’un monde sale. Très Grand.

 

      Merci Sean PENN, Merci Michel GONDRY.

 

LEROUEIL Pascal

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