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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 20:13


 Le projet évolutionniste, texte utopiste, décrit dans le chapitre ‘économie évolutionnaire’ un processus visant à sortir du capitalisme (appelé système dans ce texte). La méthode concrète proposée est la réappropriation par les salariés de leur entreprise. L’idée serait que pendant un temps le système capitaliste et le système coopératif cohabiteraient jusqu’à l’absorption  du moins juste.

Cette idée ne sort pas de nulle part. Il existe de nombreux exemples d’autogestion d’entreprise. Le plus célèbre exemple en France est celui de l’entreprise Lip. Je vous invite au passage à revoir le très beau film ‘Les LIP, l'imagination au pouvoir’ de Christian Rouaud.

Je voudrais ici parler du film ‘les Fagor et les Brandt’ d’Anne Argouse et d’Hugues Peyret qui traite de l’exemple de la M.C.C (Mondragon Corporacion Cooperativa) et  est riche en enseignement sur la difficile cohabitation des systèmes coopératifs et capitalistes. La M.C.C est un rassemblement de coopératives de la vallée de Mondragon dans le pays basque espagnol. Cette entreprise peu commune a été fondée par un prêtre républicain quelques années après la seconde guerre mondiale.  Mais commençons par le début, qu’est-ce-qu’une coopérative ? C’est un peu le contraire d’une S.A (société anonyme). Les employés possèdent une part du capital de l’entreprise  (ils doivent donc payer à l’embauche !). Chaque décision est soumise au vote et chaque homme vaut une voix. C’est un système démocratique et a priori peu soumis à la technocratie. Bienfait de la démocratie, l’échelle de salaire varie dans des proportions de 1 à 6 alors que dans les entreprises de taille équivalente les échelles de salaire varient de 1 à 1000. L’ouvrier M.C.C gagne donc plus que l’ouvrier moyen et le cadre M.C.C gagne moins que le cadre moyen. Ainsi le niveau de vie de tous est élévé. Ce qui rend la M.C.C unique et particulièrement intéressante c’est d’être à la fois une coopérative et la 4ième entreprise d’Espagne. En fait, la M.C.C regroupe 120 coopératives dont une banque et une université et compte 70.000 employés dans le monde. De cette taille découle l’existence d’un conseil recteur, une instance décisionnelle élue (ça y est la technocratie accourt à grand pas). Mais cette taille est aussi, par opposition au cas des Lip en autogestion obligés de voter des licenciements, un atout majeur. C’est bien le groupement des coopératives qui a permis depuis les années 50 la survie de ce système. En effet, dès qu’une coopérative est en difficulté et doit licencier alors une autre coopérative embauche. En cas de problème majeur les employés votent une baisse de salaire.

Mais revenons au film, il parle plus spécifiquement du cas de la coopérative Fagor, une des divisions les plus anciennes de la M.C.C. Fagor fabrique des machines à laver. C’est un secteur ultra concurrentiel, comme on dit. Pour lutter contre la concurrence, les employés ont dû voter successivement: gel des salaires, difficile rationalisation du travail et recours à l’interim pour fonctionner en flux tendu. Cela n’a pas suffi. Il y a un vrai problème d’échelle face à la concurrence, au niveau de la distribution, des matières premières...  Fagor s’est donc résolu à racheter le français Brandt. Une fusion-acquisition, avec plan de restructuration, qui semble bien loin des idées progressistes fondatrices des coopératives. En effet, pour des raisons juridiques, économiques, sociales et culturelles,  Brandt ne sera sûrement jamais une coopérative. Les 3500 socios de Fagor deviennent donc les patrons des 3500 employés francais ! Comment en-est-on arrivé là ? La pression capitaliste me direz-vous, oui bien entendu. Cela vient aussi, et cela se voit très bien dans le film, du mal dont souffrent toutes les démocraties actuelles : la prise du pouvoir par une technocratie qui s’érige en intermédiaire incontournable et nécessaire entre les votants et les décisions.

La conclusion de mon texte ne sera pas sur la confiscation de l’exécutif par une minorité mais plutôt sur la nécessité de l’extension au domaine politique de ces idées. C’est bien ce confinement au domaine économique qui met aujourd’hui Fagor en danger moralement et physiquement. Il faut donc encore et toujours s’engager et militer ! En guise de deuxième conclusion, un brin plus optimiste. Il serait malhonnête de dire que le capitalisme a triomphé de la coopérative. D’abord le plan de restructuration est ‘social’, seulement 150 licenciements (sur 3500 employés) et aucune fermeture d’usine. De plus, deux ans après, les dettes de Brandt ont été effacées et l’entreprise n’est plus en danger.

Mathieu Cossutta

 

 

 

 

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Published by Areduc
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