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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 22:59

THE CHASER

de Na Hong-Jin


Il y a des films comme ça qui vous laissent vide en sortant de la salle de cinéma. Vidé de tout tellement l'émotion a été puissante, tellement l'empathie créée avec vous est forte.

On ne sait pas comment, mais on dirait qu'un petit morceau de tripe s'accroche à la manivelle de la caméra et le metteur en scène tourne parfaitement son œuvre jusqu'à la fin. Ainsi, vous êtes vidé. Vous n'avez plus de force dans les jambes, vous ne pouvez plus parler et votre respiration est ralentie, difficile. Dans vos veines, c'est de l'acide sulfurique qui circule, et votre matière grise est devenue aussi liquide et pâle que du lait.

Pascal Leroueil

18 mars 2009



Hommes Aveugles

WATCHMEN de Zack Snyder

 

Une farce ? Très certainement...

A maintes reprises, les protagonistes de ce film disent qu'il s'agit d'une farce... d'une blague, pas vraiment drôle. Que leur vie, le sens de leur vie, complètement mêlé à l'histoire très violente des USA - qui par la même occasion, est ré-écrite - est une farce.


Oui, la farce que l'on met dans des tomates bien rouges.


La farce à mon sens est qu'Hollywood, en tout cas une partie, a trouvé dans ce projet fou la possibilité de faire un film expérimental (sans narration) afin de ne plus véhiculer qu'une idéologie claire. Ce film est totalement politique, et c'est pourquoi, même si je suis sincèrement désolé de prendre un mauvais film, je voudrais en parler dans les lignes de notre association AREDUC.


Qui sont ces gardiens ? Déjà, ils ne sont pas les gardiens originaux. Tout vient des gangs qui sévissaient dans la ville, et la police, n'arrivant pas à les arrêter, a trouvé une solution : se déguiser pareillement.

Ceux qui ont vu quelques films très intéressants s'inscrivant dans le genre « terrorisme - post 2001 », comme Inside Man, comprendront ici que la thèse posée, la thèse initiale de Watchmen est opposée à celle de V pour Vendetta. Il ne s'agit pas chez Snyder de faire vivre cette utopie où le peuple prendrait le visage du terroriste pour se libérer, mais bien de cette vieille idée mal pensée : les « badguys » nous obligent à nous transformer en monstre. A prendre ce non visage, la même vulgarité. Car il n'est question dans ce film que de savoir quel visage, quelle face adopter devant la folie des hommes. Folie = folie meurtrière. Troisième guerre mondiale.


Alors il va s'agir pour Snyder de montrer qu'il n'est pas fasciste (tout juste réac !?) mais que le sacrifice est inévitable. Il va pour cela tenter de brouiller toutes les cartes en stéréotypant toutes les images, en les vidant de leur sens (il y a un nombre incalculable de références cinématographiques). L'exemple le plus probant est la réutilisation de Wagner pour la guerre du Vietnam, mais ici venant s'additionner à des images clippées, pleines d'effets d'irréalisme, pour montrer que oui c'est atroce ce que les ricains ont fait, mais c'était une blague, ça n'a jamais vraiment eu lieu comme ce que l'on en a dit/montré jusqu'à aujourd'hui. Cette séquence Wagnérienne est de plus juxtaposée à une autre scène encore plus politisée. Cette scène montre le Comédien (personnage associé à Oswald, à l'homme de main d'un certain gouvernement, pro-Nixon et même pro-Reagan) descendre dans la rue où il y a des manifestants. Il commence à dire aux manifestants de partir. Les manifestants, voyant qu'il est seul, bien qu'armé, veulent s'en débarrasser. Le Cousin se défend et tire dans la foule. Reagan a fait produire des film comme Rambo, mais au sens de Snyder, ce n'est pas suffisant. Il fallait un film qui assume la violence des héros mais dans la rue, avec les civils débauchés de l'après Vietnam, pas dans les bois, et encore moins contre la police. Car l'ordre, ce sont ces gars-là, et qu'est-ce que vous voulez : quand vous avez à faire à des manifestants d'un soi-disant mouvement pacifiste qui brûlent des voitures, qui entretiennent le chaos (on dirait la scène de rue de Robocop), on a pas le choix. Faut tirer dans le tas, en plus ça soulage. Ce qui est intéressant dans ce film, c'est de voir comment notre ennemi se fait une représentation, s'invente toujours un ennemi. Et nous sommes cet ennemi. Il est rigolo de voir comment finalement Snyder considèrerait AREDUC comme un ennemi.


Pour bien brouiller les pistes et s'en sortir lors de débats qu'il voit venir (pour sûr face à des « sales intellos » qui ont bien compris le mécanisme de son film), il met un personnage bien pensant au milieu de sa bande de « fascistes » (c'est le film qui le dit). Pourquoi ? Pour montrer qu'il est bon pompier, bon sauveur spectaculaire mais que face à une guerre nucléaire il est bien faible. Seuls des héros certes contestables (mais pas condamnables non plus comme le dit le grand schtroumpf) sont capables de prendre la décision de tuer 15 millions de personnes pour que deux pays se réconcilient. Pour que la paix soit. Je pense que tous ceux qui ont applaudi à la fin de la séance ne se sont jamais mis dans la peau des 15 millions de personnes tuées pour rien (la guerre froide s'est résolue sans qu'une bombe n'explose, c'est un fait historique non ?), mais qu'en plus ils saluent une grande perversité d'esprit que je vais tenter d'expliquer à la Snyder : objet, éclatement de l'objet, restructuration d'un nouvel objet.


Un des gardiens, particulièrement « fasciste » (c'est le film qui le dit), massacre un homme parce qu'il a tué de façon ignoble une fillette qu'il a donné à bouffer à ses chiens. Ce personnage dira sous l'aveu débile et stupide du criminel : « On enferme les homme, les chiens on les abat ». Il déshumanise un tueur, le tue lui-même de façon atroce - OBJET. Bref ce personnage applique la loi du talion parce qu'il pense qu'un jour il verra les intellos, les politiques, les putes se prosterner à ses pieds pour lui demander pardon de leur méfaits, tandis que lui éliminera la vermine créée par ceux cités plus haut (ce qu'il faut comprendre, c'est que Snyder pense que ce sont nos politiques molles qui ont créé ce tueur de petite fille, l'ont laissé vivre et commettre ces atrocités - c'est anti Sparte). Conclusion : le héros est celui qui prend la décision de tuer le « chien » qui massacre une victime. Au service de l'ordre, application de la peine de mort.


A la fin du film, c'est ce même personnage « fasciste », traité de fou, d'ultra violent par tous qui dira : « je ne fais aucun compromis, pas même devant l'apocalypse. C'est la différence entre toi et moi ». Et ça, il le dit aux personnages faibles, qui croient sans croire, qui forniquent mais encore pas très bien, en gros : le pompier, le fils de riche qui préfère les livres à la finance, qui accepte que 15 millions de personnes soient mortes pour la réunification des deux blocs. Le fasciste n'est pas d'accord contre tous - ECLATEMENT DE L'OBJET. Et la complexité du propos de Snyder est ici... Le héros ne peut tolérer ce massacre même s'il est bon pour la paix, l'unification. Donc le schtroumpf qui conteste mais admet le tue : il l'explose, l'éclate. Les autres sont dans le compromis mais ont rétabli la paix. Sa mort est donc christique (la forme rouge du corps éclaté dans la neige en est symbolique -tomate farcie christique = c'est ça la blague), sa mort est un sacrifice sur l'autel de... l'héroïsme total.


Où je vais ? Où ce film nous emmène dans sa malversation propagandiste qui brouille les cartes de son propos et moi qui ne suis pas très clair dans ce marasme.


Conclusion : la paix est. Les journalistes n'ont plus rien à se mettre sous la dent, car notre monde vibre grâce à la violence, la peur, etc. Il n'y aura plus de sang sur la « smiley face » mais que du ketchup (blague ?). Que le choix soit contestable ou non n'est pas la question. La Paix est, et la fin justifie bien les moyens - Reconstruction de l'objet.


Pascal Leroueil.

04-03-2009


PS : Snyder avait réalisé 300 : un film où l'on crie « liberté » toutes les trois phrases entre têtes, lames et autre graffitis voletant dans les airs.


DIE WELLE

Pas de vague dans le cinéma Allemand !

 

Nous sommes habitués depuis deux ou trois ans à découvrir du cinéma venu de chez nos voisins les allemands. Et à chaque fois c'est au minimum très bon : Good bye Lenin, Ping Pong, La Vie des Autres, L'imposteur... et La Vague est venue elle aussi immerger, de toutes choses bonnes pour l'esprit et les yeux, les spectateurs que nous étions, assis sur la plage.


Die Welle (la vague, donc, en allemand) est l'une de ces réussites rares dans le cinéma qui s'intéresse à l'adolescence et au sentiment contemporain de désengagement, de malaise...

Réussite car le film en présentant un prof qui veut faire vivre son cours, donner de nouvelles clefs à ces élèves (vous penserez forcément au Cercle des poètes disparus et auquel le film fait un clin d'œil) va développer justement ce qui est attendu.


Explication par le pitch du film : Un professeur anarchiste va devoir mener dans une classe libre un cours sur l'autocratie. Et pour rendre son cours vivant, il va très rapidement instaurer une autocratie vivante dans sa classe. L'intensité provoquée par ce prof dans sa classe, va créer une onde de choc (dans le sens énergétique du terme) sur la vie des élèves. Ils sont fans et en redemandent car ils se sentent vivre. Et ce qui est intéressant, le chef aussi : le prof. Seulement le régime mis en place dans cette communauté, dans ce mouvement nouveau qui va prendre le nom de La Vague, va se fasciser...


Ce qui est passionnant c'est la capacité du film d'être une démonstration scientifique sans être rasant. La démonstration, comme en mathématiques, doit prendre place dans un référentiel précis : la classe d'un lycée. La démonstration ne consiste pas à montrer en quoi le fascisme est horrible (quand on est allemand on en porte suffisamment le poids pour ne pas y revenir, c'est évident), mais plutôt comment une société gauchisante facilite l'arrivée au pouvoir justement de ce qui paraît impensable, et tout simplement parce qu'elle n'a pas de morale, pas d'exigence... et est une sorte d'anarchie ennuyeuse.


Il reste tout de même une frustration finale car le film n'apporte pas de solution, sur le comment vivre mieux en collectivité. Effectivement ce n'est pas l'objectif de sa démonstration, mais comme ça y touche, c'est dommage.


Je ne préfère pas en dire plus. C'est à vif que cet article est écrit. Le film est grand, riche, et ne l'ayant pas encore digéré, je préfère simplement vous inviter à aller le voir : d'urgence. Oui d'urgence si vous êtes intéressés car il ne passe plus dans beaucoup de salles, et il est sorti il y a déjà deux semaines.


Je vous invite simplement pendant que vous voyez ce film à faire attention à la mise en scène : j'ai trouvé très intéressant que dans ce film, où il est question de ce grand paradoxe (volonté d'inventer une vie intense mais qui semble à chaque fois être impossible dans un monde en paix, qui ne peut se créer sans cette menace de la violence, de la totalisation, etc.), il y ait justement plusieurs mises en scène - mise en scène paradoxale ? Il y en a plusieurs parce que la caméra, un peu comme ces jeunes, se jette toujours dans l'intensité quand elle se présente, et comme un adolescent encore naïf sur certains points elle se fige, devient extrêmement pointue, serrée, précise devant la gravité...


Bon film.

Pascal Leroueil

17-03-2009

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