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  • : Créé par l'association Areduc en 2007, Entre Les Lignes propose un regard différent sur l'actualité et la culture en France et dans le monde.
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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 12:40

[On trouvera ici le premier volet d'une réflexion en deux temps sur l'intellectuel en ce commencement du vingt et unième siècle.  Le second volet, qui sera mis en ligne prochainement, portera sur la situation sociale de l'intellectuel contemporain.]  

  

    Il est rare qu’on puisse dater avec précision l’apparition d’un mot dans l’histoire de la langue. Le mot intellectuel constitue une de ces rares exceptions. Il apparaît au sens où nous l’entendons ici, et qui est devenu à dire vrai son sens premier dans l’usage, sous la plume de Georges Clémenceau, dans un article de la Revue Blanche paru le 21 janvier 1898, au moment et à propos de l’Affaire Dreyfus, pour désigner ceux qui avaient mis leur plume, et leur réputation d’auteurs, au service de la défense de Dreyfus, Emile Zola en tête. Si le mot est nouveau, le phénomène ne l’était pas : avant Zola, Voltaire avait pris le même engagement, en faveur de Calas. Ce phénomène ponctuel prit une ampleur collective après la Seconde Guerre mondiale : désormais, il entrait dans la définition de celui qui écrivait, et, au-delà, dans la définition même de l’artiste qu’ils devaient faire de leur art une arme.

    Historiquement parlant, l’intellectuel est donc d’abord un homme qui écrit. Et même lorsque cette appellation fut donnée aux artistes en général, c’est au sens où ils signaient ou rédigeaient des manifestes, des pétitions, des libelles, etc. L’intellectuel est donc quelqu’un qui fait un certain usage du langage.

    Quel besoin, direz-vous, de rappeler ici ce que chacun sait déjà ? Où cela nous mène-t-il ? Ne sait-on pas ce qu’est un intellectuel ? On ne le sait que trop. Las de ces gens qui s’estiment en droit de donner leur avis sur la marche de l’Histoire, qui s’arrogent l’autorité de dire le vrai sur ce que tout le monde vit, d’être la conscience éclairée du « peuple » ! Les prises de position indéfendables de certains de ces mandarins en faveur de régimes totalitaires, de révolutions sanglantes, de terroristes de tous bords, ne suffisent-elles pas à prouver que rien n’est plus funeste que cette illusion de croire que l’on sait pour l’humanité, que l’on a compétence à dire ? Aujourd’hui, on ne parle plus des intellectuels que pour en rire, et n’est-ce pas mieux ainsi ? Au moins, quand l’un d’eux paraît sur un plateau de télévision, il ne parle plus qu’à ceux qui l’ont invité, et encore… L’intellectuel est devenu un bibelot, qu’on a rangé une fois pour toutes sur les étagères de l’Histoire. On le contemple dans un bocal. Voltaire et la tolérance, Zola et ses « J’accuse », Sartre et son engagement, tout cela sent la poussière. Ça n’intéresse plus que les archéologues, les historiens, ou les nostalgiques incurables. L’intellectuel d’aujourd’hui porte une chemise blanche ouverte au deuxième bouton, la mèche savamment rebelle, ou bien il manie avec désinvolture un fume-cigarette. Il ne parle que des Serbes et des Croates, de la Tchétchénie ou du Darfour, de ce qui est lointain et évident (« la guerre, c’est pas bien… » ; « il faut venir en aide de ceux qui souffrent… » ; « des gens meurent de faim ou sous les bombes à l’autre bout du globe, et toute le monde s’en fout… »). Ou bien il ne parle plus de rien. Il fait des paradoxes, il narre dans de petits ouvrages ses petites histoires intimes. Il prétend n’avoir la vie de personne, ou bien la vie de tout le monde, ce qui fait que dans un cas comme dans l’autre, on ne voit pas pourquoi il nous la raconte. Il parade ou il a honte de lui ; il singe les intellectuels du passé ou se moque d’eux ; il constate amèrement ou cyniquement que plus personne ne le lit ou l’écoute, qu’on achète ses livres mais qu’on les consomme comme des boudins. Le Café de Flore, la Closerie des Lilas, Saint-Germain-des-prés, les émissions de « troisième partie de soirée », des « conférences sur la Paix », cocktails et photos pour tabloïds, photos glacées en noir et blanc pour les vitrines luxueuses des librairies, propos susurrés sur les fréquences de quelques stations de radio : l’intellectuel est un produit comme un autre, qui se vend bien ou mal.

    Mais si, d’une part, l’intellectuel est celui qui fait usage du langage, et que, d’autre part, l’intellectuel aujourd’hui n’est plus qu’une bonne ou mauvaise plaisanterie, le langage n’aurait-il pas sombré avec lui ? L’intellectuel est mort, pis que cela : il survit parodiquement, ce qui revient à dire qu’il est mort plutôt deux fois qu’une. Mais la disparition de l’intellectuel est le symptôme d’un mal profond, d’un mal collectif : la maladie du langage.

    Des charognards se repaissent de la dépouille de l’intellectuel : ceux qui prétendent encore l’être, et de fait ne le sont plus ; mais, au-delà, tous ceux qui font un usage public du langage : politiciens, publicistes, journalistes… Tous ces gens-là se sont emparés du créneau. Car si l’intellectuel était celui qui parle en public, on n’a pas cessé après sa mort de parler en public. On n’a même jamais autant parlé. C’est un lieu commun que de dire que nous vivons dans un univers saturé de langage. Ça parle, ça cause. Sur les ondes, dans les colonnes des journaux, les pages des magazines… Les médias se sont multipliés, et, avec eux, la parole publique.

    Publicité, parades de faux intellectuels, éditoriaux de journalistes, prétendues « analyses » ou « expertises » : toutes ces paroles ont un point commun : elles sont essentiellement publicitaires. Elles servent à vendre ou à faire vendre. Achetez mon livre, mon journal, votez pour moi, consommez la lessive Zac ou le dentifrice Zuc…

    Toute parole publique est aujourd’hui devenue publicitaire.

    On « monte des dossiers » pour réaliser un « projet » - entendez par là : pour récolter les fonds nécessaires à sa réalisation. Quel que soit le « projet » : entreprise, nouveau produit, film, revue, construction immobilière, projet associatif, il vous faut des partenaires. Un partenaire, c’est quelqu’un qui a « cru » à votre « projet » - entendez : qui sait très bien que vous l’avez embobiné, mais qui se dit que vous l’avez tellement bien fait que vous pourrez le faire à grande échelle, auprès d’un grand nombre de « consommateurs » de tous ordres. Le « partenaire » espère donc obtenir grâce à vous un « retour sur investissement ». Ce que vous avez dit, au fond il s’en fout, autant que vous vous en foutiez vous-même, d’ailleurs, puisque, vous, c’est un immeuble que vous voulez construire, un film que vous voulez réaliser, une association que vous voulez faire vivre, un travail de recherche que vous voulez mener à bien.

    Ce langage universel universellement publicitaire est donc un langage auquel personne ne croit, mais qui est uniquement destiné à être efficace. Entendons-nous sur le sens de ce mot : le langage publicitaire n’est pas performatif au sens où l’entendent les linguistes. Un énoncé performatif, c’est un énoncé qui est un acte en lui-même. Je te baptise, je déclare la séance ouverte… Le langage de Dieu dans la  Genèse. Dieu dit : « Que la lumière soit ! » et la lumière fut.  

    Non, le langage publicitaire est comme la plupart des énoncés produits par le langage : il est perlocutoire. Il est un moyen au service d’une fin. Le problème du reste n’est pas dans cette instrumentalisation. Le langage est un moyen ; il n’est même que cela. Tout le problème est dans la façon d’user de ce moyen. Nous définirons ici deux usages possibles du langage : un plein usage, aux possibilités infinies qui est l’usage cognitif, exploratoire du langage ; et un usage restreint du langage, autorépressif, parce que mensonger. 

    Le langage publicitaire ment par essence. Il est orienté vers un but qu’il ne dit pas. Il cache toujours quelque chose. Il peut dire : « Achetez mon livre, achetez mon disque, investissez dans mon projet ». Mais l’objectif final de ce langage – donnez-moi du fric – cela ne sera jamais dit. Le langage prolifère comme un cancer autour d’un silence originel.

    C’est que le langage, c’est exactement le contraire de l’argent. L’argent est immatériel ; le langage est matière (même les mots écrits sur cette page sont matérialisés par des signes, et peuvent faire l’objet d’une oralisation) ; l’argent n’a pas de valeur intrinsèque, il n’est qu’un signe ; le langage est valeur en soi, il est symbole : les mots acquièrent ou perdent de la valeur, ils s’usent, s’abandonnent, se retrouvent, ils sont beaux ou laids, de beaux s’enlaidissent, de laids deviennent beaux par l’usage qu’on en fait, au gré des circonstances de l’histoire ; car le langage est historique, tandis que l’argent est anhistorique : les mots sont dans l’histoire, ils ont une histoire, toujours le passé de leur création et de leur emploi les hante ; même si celui qui les prononce ignore tout de ce passé, ce passé est présent dans la conscience collective. Pour reprendre des concepts que nous avons définis ailleurs[1], nous dirons que l’argent est virtuel, tandis que le langage est possible.

    Le langage publicitaire est donc un langage impossible, un langage réticent[2], qui ne peut aller jusqu’au bout de ce qu’il aurait à dire – un langage en état perpétuel d’inhibition, en dépit de son aspect proliférant.

Par exemple, une publicité peut vous dire : « Achetez la Lessive Zac ». Elle ne vous dira pas : « Achetez la lessive Zac qui n’est pas meilleure qu’une autre lessive, parce que cela permettra au groupe qui la commercialise d’engranger des bénéfices, et à certains dirigeants ou actionnaires d’empocher des sommes extraordinaires ». Le film 99 francs présente une parodie de publicité qui consiste justement à faire dire à la publicité ce qu’elle doit taire : le langage, dans cette fausse pub, change de statut, il devient un moyen d’essayer de dire le vrai. Une telle publicité est une aporie. Car la publicité, par essence, n’use du langage que pour le détruire, que pour en détruire les possibilités. Elle dit sans dire (mensonge par omission), souvent même elle dit pour ne pas dire (mensonge caractérisé). Vous direz que la pâte à tartiner Zoc est « un plein d’énergie » pour ne pas dire qu’elle fait grossir. Vous direz que les restaurants de la chaîne de restaurants Zic sont « authentiques », justement parce qu’ils sont tous semblables, quel que soit l’endroit où ils sont implantés…

Toutes les expériences humaines se font dans et par le langage. Elles sont rendues possibles par le langage. Autant dire que si le langage est amputé, l’expérience l’est aussi. Le langage publicitaire est la maladie du langage contemporain ; il est la maladie mentale contemporaine. Le langage publicitaire fait de nous des névrosés voire des psychotiques. Il nous atteint dans l’une de nos facultés vitales.

Lorsque nous disons maladie, nous le disons au sens propre : on pourrait dire que le langage est comme victime d’une attaque virale. On sait que le virus a pour propriété de parasiter un organisme, et de cohabiter avec lui le plus longtemps possible. Quand l’organisme meurt, le virus meurt avec lui. Il a dû, pour assurer sa propre perpétuation, contaminer un autre organisme. Le virus idéal, le virus parvenu à son plein degré de développement serait un virus qui s’épargnerait cette peine ; un virus qui ne tuerait pas l’organisme qu’il colonise, mais qui se contenterait de le parasiter.

Le langage publicitaire ne peut persister que parce qu’on continue à essayer de croire au langage, que parce qu’existe çà et là, dans un film, un article, un essai, un langage qui continue d’être un moyen de connaissance et d’exploration.

    Le virus idéal n’existe pas. Il perturbe l’organisme qu’il colonise. Et, de ce fait, soit l’organisme se défend, et il tue le virus, soit il ne parvient pas à se défendre, et c’est lui-même qui meurt. L’équilibre entre un organisme et un virus qui l’affecte, biologiquement, n’existe pas. L’organisme malade d’un virus est un organisme en péril, un organisme souffrant.

Le langage contemporain souffre de la présence en lui du langage publicitaire.

On l’a dit et répété, on le dira une fois de plus ici : notre objectif n’est pas moral au sens traditionnel de ce mot[3]. Notre dénonciation du langage publicitaire ne l’est pas davantage. Elle est fonctionnelle.

C’est au nom du principe vital-fonctionnaliste que nous disons ici qu’on ne ment jamais sans pâtir de son mensonge. Chaque fois que vous mentez, c’est votre langage que vous malmenez. Inutile de tenter ici une pirouette en disant qu’on peut mentir en de certaines occasions, et dire vrai en d’autres, au gré des circonstances, et que mentir ici ne suppose pas qu’on ne puisse plus dire le vrai . Cela serait possible, si nous disposions de deux types de langages : l’un pour le vrai, l’autre pour le faux. Mais ce sont les mêmes mots que je prononce, pour dire le vrai et le faux. Qui prétendra que je puis sans confusion donner au même mot deux sens différents ? Quelqu’un qui dirait « je t’aime » à tout un chacun, ne pourrait plus le dire quand c’est vrai. Les mots s’usent, comme les choses. On doit les renouveler. C’est dans l’ordre des choses. Un vieux mot peut retrouver la force sémantique qu’il avait perdue. Le menteur est un homme qui use son langage à une vitesse vertigineuse, qui anéantit en permanence son propre langage.

Qu’on ne s’y méprenne : nous ne disons pas ici qu’il existe un langage vrai et un langage faux par nature. Nous parlons bien d’usage vrai ou d’usage mensonger du langage. On peut dire quelque chose de faux en toute bonne foi. Seule importe ici l’intention d’atteindre au vrai par le langage. Au reste, il n’y a in fine rien d’autre que cette intention – la vérité ne peut être qu’une recherche de la vérité. En vertu du principe dialectique-historique, ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera plus demain ; ne serait-ce que parce que la connaissance de la vérité d’aujourd’hui ajoute à cette vérité cette connaissance même, et qu’alors ce qui est à connaître, c’est la synthèse de cette vérité et de sa connaissance, qui crée une vérité nouvelle, à découvrir…

Le processus est nécessairement ouvert, et infini : nous ne faisons jamais que des bilans provisoires et ce faisant nous évoluons. Nous évoluons parce que nous saturons une situation en l’explorant autant que possible.  

Un langage qui cohabite avec un langage publicitaire s’entrave lui-même dans son évolution ; il s’empêtre dans ses propres contradictions. On ne ment jamais efficacement sans se mentir aussi à soi-même : le salaud est toujours de mauvaise foi ; il se persuade lui-même de ce qu’il raconte.

Et avant tout, le langage publicitaire a déjà ce premier effet perlocutoire que de convaincre du caractère mensonger du langage. Si je peux dire n’importe quoi en une circonstance quelle qu’elle soit, c’est qu’il est possible que je dise n’importe quoi. Cette effrayante possibilité devient une de mes potentialités.

Il n’y a pas d’un côté mon langage qui mentirait ; de l’autre, ma conscience d’une vérité que je tairais par mon langage ; c’est ma conscience comme rapport au langage qui ment ; je deviens menteur ; j’actualise le mensonge. Je prononce ces paroles que je sais sans valeur. Lorsque je me retrouverai seul, je serai encore hanté par ces paroles mensongères qui ont surgi de ma bouche. Elles sont devenues réalité.

C’est le principe de la fausse monnaie. Si de la fausse monnaie est en circulation, c’est toute la monnaie qui s’en trouve menacée. Et plus les contrefaçons seront habiles, plus la monnaie sera menacée. Or, l’usage publicitaire du langage est régi par les mêmes règles que son usage cognitif et expérimental.

Le langage publicitaire se doit lui aussi d’être évolutif, de trouver des mots nouveaux, une nouvelle syntaxe, pour continuer à faire effet, à mentir efficacement. Il est un simulacre de langage.

Le problème n’est donc pas tant, on le voit, qu’on considère son interlocuteur comme un moyen plutôt que comme une fin. C’est ce qu’enseigne la morale traditionnelle. Certes, le menteur instrumentalise celui à qui il ment. Et ce faisant il insulte en lui l’humanité qu’il méprise chez celui à qui il raconte ses bobards. Mais, au-delà, il fausse un instrument dont il a un besoin vital. À terme, c’est sa propre expérience que le menteur s’expose à ne plus pouvoir nommer. Son expérience même, qui se fera, parce qu’il est homme, dans et par le langage, sera entravée, inhibée. Le publiciste rend sa vie même publicitaire, il ne parle plus que le langage de la publicité. S’il parle à celui ou à celle qu’il aime, il lui donnera ces mots mensongers dont il fait ses slogans. Le film que nous citions tout à l’heure, 99 francs, qui propose, de manière ludique, deux fins possibles à son spectateur, montre bien qu’en réalité ces deux fins s’équivalent : soit le héros, un publiciste, ne supporte plus le mensonge, et donc se suicide ; soit il retrouve celle qu’il aime et l’embrasse sur une plage, mais alors, il se retrouve le sujet d’un panneau publicitaire sur lequel le film s’est ouvert.

L’intellectuel est celui qui fait du langage l’emploi le plus rigoureux possible pour tenter d’appréhender la vérité d’une expérience, et par là transformer cette expérience même. L’intellectuel a donc du langage un usage proprement évolutionnaire. Il fait du langage le lieu d’une création possible, parce qu’il en sature les possibilités réelles, sans rien cacher, sans rien déformer – bref, sans mentir. Cela ne signifie pas qu’il dit le vrai, mais il s’y efforce, et c’est cet effort, plus qu’une quelconque appartenance institutionnelle ou situation sociale, qui fait qu’il est un intellectuel. Il n’est un intellectuel que parce qu’il fait des mots, et des idées qu’ils formulent, un mode de vie.

Parce que l’homme est un être de langage, la tâche de l’intellectuel demeure indispensable à la communauté humaine.

Mais comment lutter contre le virus publicitaire ?

D’abord, en résistant, c’est-à-dire en se taisant chaque fois que des circonstances exigeraient de nous que nous nous mettions à mentir. Ensuite, en créant des espaces préservés de toute atteinte publicitaire, des espaces sains. Quels espaces ? Un livre, un cercle d’amis.  

La critique serait vaine : lutter contre le langage publicitaire, ce serait faire comme Don Quichotte affrontant ses moulins. Le langage publicitaire n’a rien à voir avec la recherche de la vérité, il n’en est pas l’envers : il n’est même pas un langage. Au sens propre, il n’est rien.

Redonner sa valeur exploratoire au langage, c’est un travail qu’on peut – qu’on doit – mener à son échelle. Pour soi, d’abord. Avec ceux qu’on fréquente – ceux à qui l’on parle – ensuite. Peu à peu, se recréera une communauté de langage évolutionnaire. C’est-à-dire, une communauté de croyance dans les possibilités d’exploration, de création, de vie, du langage.

Bien sûr, il y a une urgence plus grande à cette revalorisation du langage pour ceux dont c’est la voie première d’exploration. Pour ceux qui, à titre individuel, ont fait l’expérience, malgré ce contexte hostile et ce mal si répandu, du caractère infini des possibilités du langage.

Ceux-là, on pourra les appeler des intellectuels. Pourquoi changer de vocable si l’intention – et les possibilités de création – demeurent les mêmes aujourd’hui qu’hier ?

Florent Trocquenet,

      Avril 2009  



[1] Voir sur Clair-obscur : Rêvons, c’est l’heure, « Le Lieu de la fondation : du virtuel au possible ».

[2] La réticence est une figure de style, qui consiste à interrompre un énoncé en cours d’énonciation, parce que ce qu’on aurait à dire serait trop violent, malséant, inopportun, et qu’on ne peut que le laisser entendre à son destinataire.

[3] Voir Rêvons, c’est l’heure, « Pour une morale fonctionnaliste ».

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Published by Areduc
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commentaires

pascale célèrier 08/11/2009 15:20


Bonjour,
La Grenouille est-elle arrivée à bon port, avez-vous eu le temps de vous entretenir avec elle, vous laisse-t-elle coi,
Bonnes journées d'automne,
Pascale


Pascale Célèrier 24/06/2009 09:57

Bonjour,Voilà, la Grenouille est partie à Paris (elle est née en Allemagne et elle voyage depuis l'Espagne, alors elle peut tarder quelques jours).Bonne réception et très bonne journéePascale Célèrier

Pascale Célèrier 18/06/2009 01:40

Bonjour,et tout d'abord Merci pour ce texte, je m'inscris sans hésiter et avec joie au club des expérimentateurs de la fonction exploratoire et créatrice du langage!Ensuite, j'ai très envie de vous offrir/envoyer (à quelle adresse) un livre, pour un partage sur le langage justement. (Parce que votre texte fait naître des questions comme la pluie de printemps les fleurs). Peut-être à un prochain échange alors,Pascale Célèrier

Areduc 18/06/2009 14:34


J'accepte avec joie votre proposition (d'envoi et d'échange !), après votre beau message.
Je vous donne l'adresse de notre association:
AREDUC
1, villa des Gobelins
75013 Paris.
Dans l'attente impatiente de votre contact,
Florent Trocquenet


SB 16/04/2009 16:53

C'est intéressant comme commentaire ça. Les points 1 et 2 sont hors sujet: ce n'est pas la qualité du langage qui est en jeu mais son utilisation, son "usage" comme il est dit. Le point 3 est faux : le langage est une approximation certes, mais pas un mensonge. Enfin, "rayons l'intellectuel de la carte", mais pour y mettre quoi? Proposons et arrêtons avec le nihilisme: ce n'est pas le manque de place mais plutôt le manque d'idées qui pose problème...

sebastien 13/04/2009 15:06

Bonjour, Je pense qu'il y a de graves méprise. 1 ) Le langage publicitaire n'es pas le langage de tout les jours. C'est un langage étudié, travaillé, basé sur des études, des pourcentages, une appréhension de son public. autrement dit, c'est un lagage riche et complexe. Il n'es pas ici prouvé que ce langage se répand chez leurs promoteurs et les receveur, pas plus que la poésie ne se communique à son lecteur autrement que sur le mode de la parodie (inconsciente ou pas). Et c'est cette parodie journalière qu'il nous faudrait étudier (ce qui n'es pas fait ici). Pourquoi ne pas penser ce vecteurs et ces ramifications ? 2 ) Par ailleurs, le langage des intellectuels est un langage qui n'est pas naturel, un langage déviant (qui vaut le coup mais déviant tout de même). Le langage ne peut dire le vrai car il est à la surface des choses, il n'exprime qu'une vérité molle, relative. Pourquoi ne pas assumer le langage de la tribu ?3 ) Le ciconvolutions langagières ne sont pas à craindres dans le mensonge. Le langage ment, nous nous mentons dans le langage. Non ? Nous isolons des sentiments qui n'existent pas comme tels, par exemple.4 ) Pourquoi idolâtrer la figure de l'intellectuel ? Pourquoi ne pas se laisser aller au mouvement ? Pourquoi rêver de ce qui n'es plus ? Pourquoi ne pas définir un nouveau rôle ? POurquoi ne pas rayer l'intellectuel de la carte une bonne fois pour toute et casser les idôles ?Je n'irais pas plus loin ici, par manque de place, dirons-nous.Sebastien