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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 10:46


Nous vous proposons de retrouver la vidéo de la pièce, jouée par la troupe Areduc, à l'adresse suivante:

http://picasaweb.google.com/areduc/LeMariageDeFigaro#5347276862473252898

      N'oubliez pas de cliquer sur "visionner la vidéo en haute qualité" en haut à droite

 Distribution
 

Ø      Mise en scène

 

Nicole Stankiewicz

Ø      Acteurs (par ordre d'apparition:

 

 

Figaro

Jean-Baptiste Delmas

Suzanne

Dorothée Cailleux

Marceline

Laurette Truchot

Bartholo

Roberto Teichner

Chérubin

Grégoire Viterbo

Le Comte

Florent Trocquenet

Bazile

Camille Derboule

La Comtesse

Diane Chamboduc de Saint-Pulgent

Fanchette

Agnès Le Guen

Antonio

Serge Trocquenet

Brid'oison

Julien Chiappone-Lucchesi

Double-Main

Charles Viterbo

 

Ø      Costumes

Diane Chamboduc de Saint-Pulgent

 

Ø      Régie

Mathieu Cossutta

 

Ø      Producteurs exécutifs

Sylvain Bineau

Dorothée Cailleux

Diane Chamboduc de Saint-Pulgent

 

 

Le Mariage de Figaro est donné pour la première fois en public (après de multiples péripéties et une représentation « privée » chez le duc de Fronsac, au château de Gennevilliers), le 27 avril 1784. La pièce forme le second volet de ce qui sera finalement une trilogie, ouverte en 1775 avec Le Barbier de Séville, et que termine, en février 1791, L'Autre Tartuffe ou La Mère coupable. Tout commence de façon légère, par une comédie encore marquée par l'héritage de la farce (un jeune seigneur, aidé de son industrieux valet, arrache à un barbon médecin sa jeune promise) - et s'achève dans le drame. Entre le premier coup frappé à la première du Barbier et celui qui précède le lever de rideau de La Mère coupable, la Révolution française a éclaté. Pour un genre aussi politique que le théâtre, et un théâtre éminemment politique comme celui de Beaumarchais, difficile de ne pas voir dans cette inflexion dramaturgique l'influence de l'Histoire. Celle-ci prête de moins en moins à rire, et au fur et mesure que le temps passe dans la trilogie, que les personnages vieillissent, le jeune seigneur devenant un vieil homme, sa jeune maîtresse une femme en deuil de son filleul, son jeune valet un homme grave, les événements se précipitent sur la foule qui se presse pour assister aux représentations, attirée autant par la réputation de l'auteur que par le parfum de scandale qui entoure chacune de ses œuvres...

            Le Mariage est sans conteste la pièce maîtresse du triptyque, parce qu'elle contient ce qui fait le moteur des deux autres. Légère, elle l'est encore : « Tout finit par des chansons » dans le joyeux vaudeville final. Grave, elle l'est déjà, par les thèmes qu'elle embrasse. Les personnages ne sont plus seulement des emplois de théâtre, ils ont pris de l'épaisseur, des contours plus flous, plus mobiles, et incarnent, chacun à sa manière, un des fils qui se nouent dans cette période où l'Ancien régime exhale ses derniers souffles. Le Comte n'est plus le jeune premier livré à une passion que tout encourage et tout autorise : il est une incarnation du « grand seigneur méchant homme » ; son désir devient une prédation, d'autant plus inquiétante qu'il est le maître des lieux, le représentant d'une Loi qu'il cherche à détourner à son profit. La Comtesse est la « femme délaissée », à qui son aliénation conjugale devient insupportable, et qui va trouver en Marceline, une fausse duègne, le héraut de sa cause. Suzanne n'est pas la soubrette qu'impose le schéma comique traditionnel : objet de tous les désirs masculins, enviée par sa maîtresse, elle incarne, dans sa fraîcheur et sa légèreté, une fraction de la bourgeoisie qui se sent, dans la société verrouillée de l'Ancien régime, courtisée sans honneurs, indispensable sans reconnaissance... Figaro est au carrefour de ces nouvelles pistes qui s'offrent à l'exploration sociale, et il figure leur incertitude. Son célèbre monologue en fait un personnage de roman, car, on le sait, les personnages de théâtre n'ont pas de passé, et c'est la « bizarre suite d'événements » qui a marqué sa vie que Figaro se remémore sur la scène.

Il serait naïf de prétendre que Le Mariage « annonce » en fanfare la Révolution française : en vérité, il la redoute, autant qu'il en dessine les contours. Avant tout, en ces années 1780, c'est le chaos : les valeurs en cour(s) ne sont plus que des symboles vides, mais qu'est-ce donc qui les remplacera ? Quelles solidarités fonderont la communauté sociale à naître ? Car enfin, si la société d'Ancien régime est divisée en ordres, ces ordres ne sont pas des classes sociales... Ils ne sont pas même des ordres, et l'on verra, quand enfin le feu est mis au poudre, des « bourgeois » réactionnaires, des aristocrates qui renonceront dans une superbe et folle exaltation à leurs privilèges, la nuit du 4 août.

            Quand un système politique est déjà mort, et que de toutes parts des insurrections, des doutes, de fausses certitudes ponctuent la nuit sociale, ne nous y trompons pas : le sentiment qui domine est celui de l'inquiétude. Le Mariage s'achève dans la nuit d'un parc où règne la plus grande confusion. Qui aime qui ? Qui est qui ? Qui sont les maîtres, où sont les valets ? Les flux se croisent, des flux de désir... Mais ceux-ci sont, on le sait, inassignables. Un personnage incarne cette libido sans visage : Chérubin, le jeune page, qui n'est plus un enfant mais pas encore un adulte, jeune homme déguisé en femme, électron libre qui relie tous les points de cette toile complexe - personnage lourd de promesses, mais à qui l'on annonce le pire... Dans cette nuit baroque, tout est simulacre : les mœurs, la justice, la politique, la diplomatie, les identités sociales ou sexuelles.

            On l'a compris, cette nuit d'orages avant des lendemains inconnus, cette société en crise où l'on sent bien que quelque chose est à venir, mais où il semble pourtant que l'on ne puisse faire autre chose que battre inlassablement des cartes mille fois rebattues, c'est une période qui ressemble, par certains côtés, terriblement à la nôtre. Périodes-charnières de l'Histoire, périodes difficiles. Périodes fécondes pourtant, où l'on doit donner forme à toutes ses impatiences, où l'on doit faire la part d'un avenir qui s'annonce, mais dont on ignore à peu près tout...

Florent Trocquenet

 



 

Avec le soutien de :

Service culturel des Étudiants de l'Université Paris IV - Sorbonne

Crédit Mutuel


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commentaires

Luna 01/05/2011 10:22



J'aime beaucoup "Le mariage de Figaro" de Beaumarchais : cette pièce est très fraîche et dynamique... bon l'opéra de Mozart l'est encore plus !
Je viens d'ailleurs tout juste de publier mon avis sur cette magnifique pièce de théâtre sur mon blog...

Joli article, je reviendrais ;)
Bonne continuation !!