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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 16:09

Candide mis à contribution

 

Le « bon peuple » est naïf - et d'abord parce qu'il n'a pas idée qu'on puisse être aussi  retors et aussi vicieux. Qui peut concevoir, par exemple, que Mme Liliane Bettencourt (L'Oréal) s'octroie 700 000 euros par jour !? On se frotte les yeux : « Je rêve ou quoi ? » Le premier élan est bien de croire à la bonne foi des gens, de faire confiance, sinon aucune vie sociale ne serait même possible. Et de faire confiance en particulier aux messieurs-dames bien mis qui parlent avec brio, dans le poste ou ailleurs, et qui sont entourés de prévenances.

 Telle est la base anthropologique des choses. Après cela, il est clair que, de dérive en dérive, par sédimentations successives, par pétrification de situations iniques fondées sur de violentes dominations historiques, une tout autre réalité s'est construite. Il n'y a pas que le Capital qui ait fait l'objet d'une « accumulation primitive » - la Cochonnerie aussi !

 

La machine à mentir a ainsi acquis avec le temps et la technologie (qu'il ne faut jamais oubliée, car elle est une puissance éminente dans la facilitation des processus, pour le meilleur et pour le pire) un degré de raffinement inouï, et cette machine à mentir est aussi une redoutable machine à corrompre : on achète des politiciens et des journalistes certes  (Balzac : Illusions perdues) et des avocats et des notaires, tous individus qui se mettent bien volontiers au service de l'argent, avec naturel, pourrait-on dire, mais aussi des chanteurs, de fringants animateurs télé, des footballeurs (400 000 euros par mois pour Karim Benzema !), des cadres supérieurs, des gagnants du loto, etc.

 

Diviser pour régner

 

Le Système, pour se perpétuer dans son inégalité foncière, prend soin d'interdire toute homogénéité, toute visibilité, et, au contraire, d'injecter dans le social, et la perception qu'on en a, le maximum d'opacité, des divisions, des discriminations innombrables à vocation de brouillage, au sein des mêmes milieux. Les raccourcis du langage font le reste.

Ainsi appellera-ton indifféremment « agriculteurs » ou « paysans » des serfs modernes cultivant avec peine quelques hectares et de richissimes propriétaires terriens qui se sont approprié, au fil du temps et avec des moyens eux-mêmes assez peu transparents, des contrées entières, des pans entiers de territoire national ! C'est là, pour les oligarchies régnantes, la protection la plus efficace, car indolore, faisant corps avec le paysage si l'on peut dire, mêlée à la pâte du monde et au cours torrentueux des événements. Bref : une protection qui n'a pas l'air d'en être une, et qui est devenue (fausse) évidence et (trompeuse) nature. Les choses, n'est-ce pas, sont ce qu'elles sont - on ne va pas aller contre !

 

Ça donne ce tableau étrange d'une société qui se cimente (en dépit du bon sens) de cela même qui la démoralise et la désagrège sans retour : le souci exclusif des intérêts personnels, la vénalité, les petits et grands brigandages. D'où l'extrême violence de nos Etats modernes, rongés par le cancer sécuritaire et qui n'arrivent plus à se coordonner ni à se penser. Il leur faut, à tout moment, parer à des geysers de rage et à des mouvements de protestation largement aveugles sur leurs motivations et sur leurs finalités. Ainsi les gouvernants ont-ils à faire face en permanence au retour anarchique de leur propre cupidité, de leur propre manière d'être, de leur propre ethos. On fait comme le Président, on se sert ( + 140 % dès son arrivée au pouvoir - décision emblématique, sidérante, à ne jamais perdre de vue).

C'est ça aussi la démocratisation en marche : le pire se diffuse comme pourrait se diffuser le meilleur !

 

 

Cohérence, cohésion à la dérive

 

Trop de contradictions sapent l'édifice. Il n'y a plus de cohérence minimale du discours. Perpétuel double langage (la novlangue d'Orwell). Songeons à tous ces petits marquis de la République qui bâtissent leur carrière sur les « bons sentiments » et sur l'humanitaire, type Kouchner. On voit où ils finissent, sans états d'âme. Toujours frétillants et volubiles. Un seul de leur costume nourrirait un village africain pendant trois mois ! Et, du coup, tissu social en lambeaux.

 

Une véritable cohésion de la société - justement pour les raisons qu'on a dites : longue histoire de dominations successives - n'a jamais existé, bien sûr que non. Mais voilà : les adversités sont au point de rupture. Parce que la marée individualiste a tout submergé. Et parce que, désormais, tout est clair pour un grand nombre de gens. On sait ou on peut savoir à peu près tout sur tout ! Nous ne sommes plus aux temps où il y avait, d'un côté, une minuscule minorité de privilégiés, détentrice presque exclusive de l'information, bien consciente des fondements de sa prééminence, et, de l'autre,  une masse ignorante, tenue soigneusement à l'écart des « lumières » qui auraient éclairé sa condition... Les choses ont singulièrement évolué !

 

Seulement l'intérêt des puissants reste de fragmenter les choses, d'embrumer le Tout, autant que faire se peut ; par conséquent, l'accès à une vision globale demeure problématique, malgré les progrès de la culture et de la technologie. On sait et on ne sait pas, en un paradoxe inédit.  Alors chacun s'empare d'un morceau de vérité et en fait sa banderole. C'est le déchaînement des passions, dont le communautarisme n'est qu'un des visages. Une curée nouvelle manière. Et même les banderoles viennent à manquer : on détruit et on se détruit sans chercher à savoir ce qu'on fait. Cela va des attentats-suicides (qui ne mènent nulle part et ne signifient plus rien, si ce n'est le désespoir pur) jusqu'à ces phénomènes atterrants de garçons « très ordinaires » qui brusquement se mettent à tirer sur la foule, avant de se donner la mort. A Erfurt (Allemagne). A Blacksburg (Virginie). A Kauhajoki (Finlande). A Winnenden (Allemagne). Passons sur les « gangs de barbares » (Fofana) et autres délires macabres.

 

[à suivre]


Serge Trocquenet


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