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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 13:49

Au cœur des ténèbres

 

Nous assistons aux contorsions d'une société qui, tranquillement si l'on peut dire, devient folle. N'est-ce pas  la définition même de la folie : un sens qui ne parvient pas à se dire et qui se saisit d'une personnalité pour la faire imploser-exploser ?

 

Nous ne nous sommes absolument pas éloignés de notre sujet, qui est autant éthique que politique, pas d'un iota ! Dès que le rapport à autrui, ce cœur de la constitution du moi, est en jeu, c'est tout le lien social qui est touché, en une capillarité qui va à l'infini. Brûler une voiture en banlieue, c'est éprouver qu'il y a maldonne quelque part, dans les entrailles de la société. Protestation aveugle, hurlement d'un monde sans voix. Croyez-vous qu'il y ait un gène de la crémation automobile ? Aimeriez-vous surgir à la vie avec un destin de fer cousu sous la peau ? Pensez-vous qu'on détruit pour le plaisir, sauf précisément si l'on a le sentiment obscur d'exercer une vengeance qui s'ignore ? Pensez-vous que les rejetons des beaux quartiers aient besoin de ça, eux, pour se sentir exister ? Dans les prisons (qui regorgent), quel type de population s'entasse et pourrit dans son jus, selon vous : des démunis  ou des opulents ? Au soubassement de tout cela, politique et éthique ne font qu'un. Arrêtons de nous cacher les vérités les plus évidentes.

 

Les Trente Odieuses

 

A ce qu'on appelle les Trente Glorieuses, parce que c'est une période d'après-guerre qui a redistribué avec habileté les miettes d'une Reconstruction qui allait bon train, ont succédé des années assez laides, que l'on pourrait appeler à ce titre les Trente Odieuses (en gros, de 1975 à 2005). Elles ont vécu sur les acquis, en les rognant et en remettant en cause les droits que les salariés, par leur travail et par leurs luttes, s'étaient taillés, c'est-à-dire en remettant en cause les acquis de la démocratie.

 

Cette régression rampante s'est accompagnée d'une démoralisation et d'une intoxication idéologique intenses. On est au bout de ce processus de démantèlement, pour lequel on a même recouru aux bons soins d'une Gauche endimanchée, viciée jusqu'à la moelle, qui s'est évertuée à montrer que rien d'autre n'était possible. La gauche de droite : la Drauche, qui a fermé les portes de l'imagination politique, sous couleur de gros réalisme et d'adaptation. On n'a jamais autant privatisé que sous cette Drauche rangée aux impératifs financiers !

 

La lente descente aux enfers a eu lieu - chômage, dénationalisations, précarisation, déréglementations en tous domaines, surendettement, etc. On connaît cette liste par cœur. Elle a fait bouger de 10 points la distribution des richesses produites, en faveur des actionnaires ! Car, dans le temps même où les vaches maigres devenaient le lot des travailleurs (et des chômeurs), dans les hautes sphères, ça s'empiffrait avec frénésie. On a vu apparaître de nouveaux héros : les goldenboys, les traders. Des fortunes faites en quelques heures. Sous l'œil indifférent, en vérité complice, des politiques.

 

Ce fut une furie de spéculation...que tout le monde est sommé d'éponger aujourd'hui ! A coup de milliards. Sur fonds publics. Les cochons ne reculent devant rien. Ils sont très doués pour appeler au sacrifice - des autres ! Rappelez-vous le Brille-Babil d'Orwell : « Vous n'allez tout de même pas croire, camarades, que nous les cochons, agissons par égoïsme, que nous nous attribuons des privilèges ». Mécanisme très pervers, puisqu'il joue précisément sur la bonne foi spontanée des gens, sur leur honnêteté, sur leur incapacité à croire que des individus puissent se conduire aussi mal à des postes de responsabilité.

 

Alors, est-ce qu'on continue comme ça ? Est-ce que, sous prétexte de crise, de mondialisation, etc., on va se laisser enliser dans Trente Ignominieuses ? En abandonnant le gouvernail aux mains de ceux qui se servent au-delà du pensable, et qui nous demandent de ramer plus vite et plus fort (« Travailler plus pour etc... ») ?

 

Les leçons d'une devise

 

La Révolution française, dans son envol et sa lucidité, avait pourtant entrevu le fond des choses et essayé de devancer le pire. C'était le sens de la magnifique précaution qui se nichait dans l'équilibre faussement ternaire de la devise républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité.

 

On la récite trop vite. Il faut y regarder de plus près. Un mot pour l'ontologie et le droit (Liberté), deux mots pour la psychologie et la morale (Egalité, Fraternité). En gros, bien sûr, car tout l'humain s'enchevêtre, est imbriqué, impliqué. Un mot pour dire l'individu (chacun est libre) ; deux mots pour dire la relation des uns aux autres : on n'est pas égal tout seul et la fraternité est carrément un affect altruiste !

 

Cela n'a pas suffi pour tenir le cap, naturellement. La devise a beau être partout dans la pierre, elle n'était pas inscrite automatiquement dans le cœur de ceux qui président aux destinées de l'économique et du politique. Un passé de privilèges et d'inégalité a maintenu son emprise. Le « Je puise, tu puises, il puise dans les caisses »  n'a cessé de connaître de beaux jours. Les intérêts sont âpres, mais, surtout, ils paraissent aller de soi, tandis qu'un rapport intègre à autrui, le souci d'un bien commun doivent se concevoir, puis se vouloir et se construire. C'est une entreprise de longue haleine, collective, qui vient de profond, qui a ses hauts et ses bas. Education, réflexion, climat social, modèles que représentent les « élites » - tout contribue à l'instauration des « réflexes » sociaux, sains ou malsains. C'est une histoire en cours.

 

[à suivre] 

Serge Trocquenet 

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