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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 11:22

Le moteur de nos sociétés

 

Mais, quels que soient les difficultés, les aveuglements, les diversions, qui peut douter que la vieille revendication démocratique aille infatigablement son chemin ? Depuis des siècles, elle est « en travail », elle sème des utopies, elle jette ses hypothèses au sein du grand laboratoire humain, elle suscite des jacqueries, des révoltes, des révolutions, elle a ses héros et ses martyrs. Elle produit des avancées auparavant inimaginables. Elle affine ses concepts, à travers expériences et impasses. Voyez ce qui se publie en librairie : c'est une marée. Qui pourrait nier cela ?

 

Si cette aspiration à une égalité réelle n'était pas la matière même des errements historiques, surtout des plus récents, quel sens faudrait-il inventer pour les tempêtes de 1789-1793, de 1830, de 1848, de 1871, de 1936, de 1968 - pour s'en tenir à l'hexagone ?

 

Toujours la ligne directrice, latente ou proclamée, est : « Nous naissons libres et égaux. Nous nous valons tous au berceau. Mais, tout de suite, dès les langes, rien ne va plus. La Machine écrase les uns et déroule le tapis rouge pour les autres. Les uns perdent leur vie à la gagner, les autres...» Inutile d'insister. « Nous voulons une autre société. »

 

La « solidarité », qu'on invoque tant de nos jours avec la bouche en cœur, est encore une de ces façons à la fois d'éluder et de reconnaître la toute-puissance de cet horizon politico-éthique. D'avancer en reculant, si on veut. Comme on sert des messes pour enterrer le message évangélique et comme l'Eglise se résignait aux ordres mendiants pour compenser, sur les bords, les fastes princiers et ecclésiastiques !

 

Les ruses de la fortune

 

Depuis toujours, la citadelle oligarchique, quelle qu'en soit la nature, invente des parades, des contre-feux ; elle est créatrice, à sa manière ! La preuve : il y a encore des monarques en Europe, partout autour de nous, à l'aube du 3ème millénaire ! Vous imaginez ces dynasties qui vivent de la manne fiscale ! La reine d'Angleterre, une des plus grosses fortunes du monde...

On mesure, à ces archaïsmes cultivés, à cette débilité spectaculaire, les ressources de l'Accaparement, et la pyramide d'intérêts que ces clans parasitaires savent mobiliser. Quand on pense qu'un roi des Belges s'était fait attribuer le Congo à titre personnel ! Et il en percevait les « revenus », fruits du pillage, à titre personnel ...

 

Mais la revendication démocratique est têtue, elle est même clairement le « sens de l'histoire ». Face à l'inéluctable montée des egos-égaux, le Pouvoir de l'Argent multiplie donc acrobaties et rideaux de fumée. Le fin mot de la stratégie qu'il met en œuvre a été condensé par un personnage du Guépard (roman de Lampedusa porté à l'écran par Visconti) : « Tout changer pour que rien ne change ».  Changer de discours, d'alliances, d'apparences. Le vieux prince a eu du mal à entendre cette fine dialectique, qui semait la pagaille dans ses repères ancestraux. Mais, à la fin, il a saisi : le maintien des prérogatives doit s'accompagner de mille concessions et d'une rhétorique en refonte permanente.

 

 Ca durera ce que ça durera, mais chaque jour compte. Robes de prix, résidences de luxe, soirées, bolides, yachts, avions privés, tout cela reste bel et bon. Même si c'est injustifiable. Même si c'est écoeurant. Monsieur Tapie, qui fut un grand homme de « gauche » (il charmait Mitterrand), et qui fut, à ce qu'on dit, l'efficace intermédiaire entre Sarkozy et les ministrables de cette même « gauche » (Tout changer pour que rien ne change !), et qui en a été remercié par les arrangements judiciaires qu'on connaît, n'a pas cessé un instant d'occuper son hôtel particulier au centre de Paris, même au plus noir de ses gros ennuis. Dans ce monde-là, on sait qui est qui, et tout sert, et on se serre les coudes.

 

D'ailleurs, les politiciens se bousculent pour avoir ne serait-ce qu'un petit rôle -toujours bien rémunéré - dans la défense des intérêts sonnants. Même faire un rapport, ça rapporte, et on en commande beaucoup (Attali, Lang, etc). Le Système est un système souple, polymorphe, ouvert, pourvu qu'on en accepte le fondement : vivre sur la bête, tondre gaillardement les moutons, jongler avec l'argent public. Aux dernières élections présidentielles, les deux candidats payaient l'ISF, c'est tout dire. Même monde, avec plein de nuances.

 

[à suivre]

Serge Trocquenet


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