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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 10:12

Tectonique des classes

 

Alors ne soyons pas étonnés si les choses semblent ne pas bouger. Comme les continents, ça glisse lentement. Ca bouge, mais dans une extrême confusion. Et, quand une tactique a été épuisée, une autre est mise en œuvre instantanément. L’élection d’un « omniprésident », d’un « hyperprésident », montre que le Système a fort à faire : il y a brèche sur brèche à colmater. Il faut un « agité du bocal » pour monter à tous les créneaux en même temps. Il n’est pas parfait, pensent les nantis, trop agité précisément, doté d’un ego surgonflé (jusqu’à épouser une figure du showbiz), mais enfin,  il assure, il sait tenir tous les langages à la fois. Or, c’est justement de brouillage que la fortune a le plus grand besoin en ce moment, en ce moment où le dogme libéral manifeste sa puissance de nuisance et son incommensurable bêtise. On convoque donc les pyromanes (l’homme du Fouquet’s) pour jouer les pompiers ! Ce sont les petites bouffonneries de l’Histoire.

 

Les profiteurs, les amoraux vont « moraliser le capitalisme » et lutter contre les paradis fiscaux (où se cachent 5 à 6000 milliards de dollars, selon l’OCDE) ! On est tout de suite convaincu ! 

Enorme mobilisation sur le front du baratin. Il y fallait rien moins qu’un spécialiste du verbe, un avocat, et, pour plus de sûreté, un avocat d’affaires.

 

Que faut-il retenir de tout cela ? Justement ce fait patent : le besoin de frénésie et de gommage des contours. Il faut plus qu’un Giscard ou un Chirac pour répondre au bouillonnement social et faire passer la pilule. Il faut un personnage qui ait de la gouaille, un côté « je rentre dedans ». Quelqu’un dont la trajectoire politique soit aussi une fringale personnelle bien visible, pour que les ambiguïtés du désir puissent culminer et distiller leur fièvre propre, qui paraît transcender les classes. C’est toute la théorie du « bonapartisme » élaborée par Marx.

 

 Le spectacle  doit être de grande qualité, intense, constamment renouvelé. De ce divertissement naît la plus efficace des diversions. Peu importe que ledit personnage accumule les contradictions, blanc un jour, noir le lendemain. Où en est le « pouvoir d’achat » dont il était « le président » ?  En attendant, il occupe la scène. De sa rhétorique infatigable et de ses acrobaties, il couvre les échecs et les incohérences. Il donne l’illusion de l’énergie et de l’innovation au cœur même de la pire banalité politique : sauver les (beaux) meubles de la Richesse et du Privilège, en ponctionnant une fois de plus le peuple et les classes moyennes.

 

Une distinction fondamentale

 

 Le petit Bonaparte dispose, pour faire tourner ce théâtre d’ombres, d’atouts puissants dans le corps de la société. C’est ici qu’on retrouve la pyramide des connivences. Et c’est ici qu’il faut faire la distinction entre Corruption vulgaire et ce qu’on pourrait appeler Corruption ordinaire – ordinaire tant elle épouse les méandres et les nuances du fonctionnement social.

 

Orwell présente rapidement quelques alliés de la Cochonnerie en marche. C’est, par exemple, le corbeau Moïse, qui était déjà le « chouchou de Mr Jones », le propriétaire détrôné. « A l’en croire, il existait un pays mystérieux, dit Montagne de Sucrecandi, où tous les animaux vivaient après la mort.(…) C’était tous les jours dimanche, dans ce séjour. » On l’a compris, c’est la dépolitisation par l’idée religieuse : ça ne va pas ici, mais ça ira mieux plus tard. Principe de résignation et d’hétéronomie : une volonté, supérieure bien sûr, règle le sort des humains. Attendre. Se désintéresser des affaires du « siècle ». « Qu’un monde meilleur dût exister quelque part, cela n’est-il pas équitable et juste ? »

 

Mais c’est aussi Lubie, la jument blanche, qui est surtout soucieuse de rubans et de séduction. Principe de narcissisme et d’hyperconsommation. Ce sont encore les chiens, dont la soumission est cultivée pour devenir force répressive. C’est l’éternel Brille-Babil, qui met bien volontiers ses talents intellectuels au service de l’ordre en place. « Pour le pouvoir, dit le romancier Alaa El Aswany, l’intellectuel en sait toujours trop. Il est donc soit quelqu’un à corrompre, soit un ennemi à neutraliser. En Egypte, le régime a su couper les ailes et les griffes d’une bonne partie des intellectuels, qui sont devenus dociles. » (Nouv. Obs, 12-18 mars 2009)  Mots terribles : « qui sont devenus dociles ».

 

[à suivre]

Serge Trocquenet 

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