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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 14:50

La Corruption ordinaire

 

Ce dernier cas est incontestablement le plus riche, si l’on peut dire. Il est le prototype des phénomènes majeurs de la Corruption ordinaire. Laquelle se nourrit d’une pelote embrouillée de sentiments peu recommandables qui nous viennent du fond des âges : peurs, suspicions, rapacité, vanité, envie, etc. Chaque fois, c’est le même schéma qui prédomine : le moi se vit coupé des autres, et, en se vivant isolé, il se vit en situation d’adversité. Il agresse pour devancer une agression. Ou il accepte d’emblée les humiliations pour s’épargner une agression. Ou il se range tout de suite dans le camp du plus fort pour être seulement spectateur de l’agression. Et, la plupart du temps, il essaye de monnayer son ralliement : ainsi pense-t-il se constituer une petite citadelle au pied de la grande. Il peut même – fantasmes fréquents – se rêver co-agresseur, alors qu’il n’est qu’une pâle copie, un domestique du vrai prédateur.

 

Ce sont toutes les figures, chacune très laide à sa façon, de l’ego en état de siège. On pourrait brosser le panorama, la phénoménologie de cette imbrication maligne (comme il y a des tumeurs malignes avec métastases). Ce serait le tableau de l’égoïsme. Il explique et conditionne nos sociétés. C’est le substrat de la corruption ordinaire. Pas celle qui sévit à titre exceptionnel et donne lieu à des indignations scandalisées, quand les « affaires »éclatent. S’il n’y avait que cette grosse artillerie de la corruption, égoïsme aussi, mais primaire, contrainte à la clandestinité (chez nous en tout cas), on pourrait aisément la pointer du doigt et la stigmatiser. Mais il y a l’autre, diffuse, reçue, discrète et officielle tout à la fois. Celui qui la met en œuvre et en bénéficie a à peine conscience de mal faire ; il fait ce qu’on lui dit ou ce qui se fait partout. C’est « l’innocent aux mains pleines ».

 

Survol de la rapine tranquille

 

Tapons au hasard dans la masse des informations qui nous passent sous le nez. Ceci, par exemple :

« Jack Lang à New York, comme ambassadeur, représentant permanent de la France au Conseil de Sécurité des Nations unies ? ‘Une affabulation’, selon l’intéressé. C’est pourtant bien début janvier que Nicolas Sarkozy lui a fait cette proposition alléchante, dont il aurait préféré qu’elle soit tenue secrète jusqu’à ce qu’il ait pris sa décision définitive. »

 

Un peu plus loin dans le même petit article (N.O. 22-28 janv. 09):

 

  « Le président distribue désormais des missions, propose des postes non ministériels, promeut dans l’administration des personnalités venues des rangs de la gauche. »

           

Sympa, non ? Certains appellent ça « l’ouverture ». Ouais. On sent que le peuple de gauche est bien représenté.

 

            Toujours en passant et au hasard, cet agréable coup d’œil sur les mœurs financières :

 

« Chez Valeo, c’est un autre banquier, Georges Pauget, qui préside le comité des rémunérations. C’est ce comité qui a avalisé les indemnités de départ du PDG, Thierry Morin (parachute doré de 3,2 millions d’euros et retraite chapeau de plusieurs centaines de milliers d’euros par an). Georges Pauget préside le Crédit agricole, la maison mère de Cheuvreux où les bonus ont été si généreusement distribués (51 millions à se partager entre traders). »

 

            « Bref, poursuit l’article, rien n’a changé. ‘On continue de se faire des cadeaux entre amis comme au bon vieux temps’, s’insurge encore Sébastien Busiris. Ces cadeaux sont d’autant plus indécents que toutes ces entreprises sont peu ou prou sous perfusion d’argent public. » (Marianne, 28 mars-3 avril 09)

 

 

Survol de la rapine (suite)

 

Rapide coup de projecteur sur la Guadeloupe :

 

«En débarquant sur l’île,(…) Yves Jégo, ministre de l’Outre-Mer , a écarquillé les yeux devant l’ampleur de la catastrophe. Injustices, abus, monopoles, marché débridé, profits injustifiés…Yves Jégo, technocrate mais honnête homme, a découvert que la caste des grands békés, les Blancs créoles, a mis l’économie de l’île en coupe réglée. (…) une poignée de grandes familles blanches, 1% de la population, contrôlent 40 % de l’économie des Antilles. »

                                                                                                              (N.O. – 19-25 fév. 09)

Le Ministre de l’Outre-Mer ne savait pas … Ils sont rigolos au Nouvel Obs.

 

Et le « rétro-pantouflage », vous connaissez ? On peut lire ceci aux mêmes sources (bien renseignées) : ce sont « des hauts fonctionnaires qui ont fait leurs armes dans les cabinets ministériels, avant de pantoufler dans le privé. Une fois fortune faite, ils sont revenus  servir l’Etat aux côtés de Nicolas Sarkozy. Mais en échange de leur « sacrifice » financier, ils espèrent bien que la République les remerciera par un poste d’envergure. »

 

            C’était à propos de François Pérol (avant d’être secrétaire général adjoint de l’Elysée, il occupait, nous dit-on, « des fonctions lucratives de banquier d’affaires chez Rothschild »), mais il va de soi que ce très beau mécanisme, le rétro-pantouflage, n’a pas attendu Sarkozy pour tourner à plein régime. A noter qu’on appelle ça « servir l’Etat ». Ça pourrait porter d’autres noms, moins huppés…

 

            En poursuivant notre balade journalistique, on apprend, dans un article consacré à une plus grosse affaire, que Julien Dray avait (qu’il a ?) de « confortables émoluments ». En effet, pour deux mandats (député et conseiller régional) il perçoit plus de 15 000 euros par mois. Pas mal. On se dit que la moralité républicaine est en de bonnes mains. 

 

            Presque rien tout ça. Des bricoles qui donnent simplement une idée de la manière dont le Système achète, récompense, sélectionne son personnel au-delà de tous les clivages de surface  et perdure en fructifiant. C’est tout un monde qui se serre les coudes, se connaît bien, échange la rhubarbe et le séné, fait mine de s’opposer (il est vrai que la concurrence est vive : les très bonnes places ne sont pas en nombre infini), mais prélève en choeur sur le gros de la population – et c’est bien l’essentiel - de quoi vivre en nababs. Avec beaucoup de belles montres, à gauche comme à droite, allez savoir pourquoi. C’est le côté gosse des parvenus. 

Serge Trocquenet 

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