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  • : Créé par l'association Areduc en 2007, Entre Les Lignes propose un regard différent sur l'actualité et la culture en France et dans le monde.
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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 17:02

Je ne sais pas si vous avez suivi les derniers événements qui se sont déroulés au large des côtes somaliennes. Pour faire court, un navire de guerre français a arrêté hier un des groupes de pirates qui s'attaquent depuis quelques temps aux navires marchands occidentaux. L'occasion de reparler de ces bandes qui sévissent sur une des routes maritimes les plus fréquentées, au large de la Corne de l'Afrique, voie stratégique vers le Canal de Suez et par où transite 20% de l'approvisionnement mondial en pétrole. L'Union européenne a réagi en lançant l'opération Atalante, les Etats-Unis ont également envoyé des forces et la marine russe négocie sa participation aux côtés de ceux qui sont subitement devenus des alliés. Sans compter le Japon, l'Inde, la Malaisie, le Yémen...qui y vont tous de leur engagement dans la lutte contre ce "fléau". Une belle harmonie de la "communauté internationale", toujours plus facile à fédérer quand il s'agit de défendre des gros sous.

 

Entendons-nous: je ne cautionne pas les actes de piraterie, voire de barbarie, commis par des individus souvent bien loin d'être des Robins des bois modernes, défendant les petits pêcheurs somaliens contre le grand capitalisme international. Cette vision serait tout aussi caricaturale que celle qu'on donne en Occident de la situation en Somalie. Non, ce qui me dérange le plus, au fond, dans ce déploiement militaire, c'est qu'une fois de plus, l'Occident avance masqué, sous couvert d'auto-défense et d'altruisme. Car la mission Atalante possède un volet humanitaire: aide alimentaire et future programme de soutien au gouvernement somalien pour qu'il soit en mesure d'exercer ses "droits régaliens". La réalité est que nous sommes en guerre contre la Somalie, une guerre de pillage, avec des adversaires aux forces très inégales. A la vérité, nous n'avons aucune envie de voir cet État retrouver ces droits régaliens, en tout cas, pas ceux qui concernent ses eaux territoriales. Evidemment, si on arrivait à mettre en place un "gouvernement démocratique ami" peu regardant, ce serait autre chose...et c'est probablement ce qui arrivera. Jusqu'à ce qu'un nouveau groupe de rebelles, à qui nous aurons fourni bon nombre d'arguments pour rallier la population, renverse ce pouvoir et que nous reprenions la politique de répression.

 

Petit rappel sur l'histoire tourmentée de la Somalie. L'État somalien est né en 1959, de la fusion de la colonie italienne, au Sud, avec la colonie britannique, au Nord. La République de Djibouti, sur laquelle la France avait fait main basse, est quant à elle devenue un État souverain en 1977. Déchirée par des guerres claniques, la Somalie a connu une des pires famines de l'histoire de l'humanité en 1984, date à laquelle nous avons tous découvert ce pays: c'est là qu'on envoie nos sacs de riz et nos ministres des affaires étrangères. Après l'échec d'une mission de l'ONU, le chaos a repris: proclamation, par le Nord du pays, de son indépendance, en 1991, prise de Mogadiscio par l'Union des tribunaux islamiques en juin 2006, intervention de l'armée éthiopienne, j'en passe et des meilleurs. En résumé, le pays n'a plus de gouvernement central depuis 1991: il a bien un vague gouvernement de transition, installé au Kenya voisin, et, depuis février 2006, à Baidoa, en Somalie, mais il ne gouverne pas grand-chose. Suite à la démission du président de la république, c'est finalement cheikh Sharif Ahmed, ancien dirigeant de l'Union des tribunaux islamiques (si, si, ceux dont on voulait se débarrasser, c'est ça) qui a été élu président, avec un pouvoir tout symbolique. Bref, une situation complexe. Qui justifie le fameux droit d'ingérence, utilisé pour la première fois, justement, au moment de la guerre civile de 1984.

Souvenez-vous des campagnes d'affichage montrant un enfant somalien à côté d'un sac de riz, dont on avait le sentiment qu'il devait peser plus lourd que lui, et appelant à faire des dons. La mémoire vous revient? Eh oui, vous avez nourri les pirates qui attaquent aujourd'hui les navires croisant au large de leurs côtes. Il y a peut-être parmi eux le petit garçon qui a servi à la campagne de publicité. Aujourd'hui, il a une kalachnikov entre les mains et attaque les navires de notre beau pays. Et vous savez quoi? Il a bien raison. Pourtant, vous avez le sentiment de ne rien avoir fait de mal et vous continuez même à nourrir la prochaine génération de pirates, je vous l'apprends, puisque, lors d'une réunion à Bruxelles le 23 avril dernier, les pays participants se sont engagés à fournir une aide de 213 millions d'euros à la Somalie. Ça fait bien. Mais c'est absurde. Pourquoi continuer d'un côté à nourrir la population, alors que de l'autre, on lui retire tous ces moyens de subsistance? Il y a une logique à cela, j'y viens.

 

Mais avant, il faut que je vous donne un détail important, qui est rarement mentionné au journal de 20 heures et qui vous éclairera peut-être. Depuis la guerre de 1991, il n'y a donc plus de gouvernement en mesure de protéger les eaux territoriales. Et tout le monde, y compris les donneurs de riz, ont profité de l'aubaine, par l'odeur du poisson alléchés. Car les eaux somaliennes sont très, très riches en ressources halieutiques: ça tombait bien dans les années 1990, quand les Européens commençaient à limiter leurs quotas de pêche pour ne pas épuiser leurs ressources et que les Asiatiques avaient déjà pêché tout ce qui était de près ou de loin comestible dans leurs propres eaux. Alors, pourquoi ne pas aller se servir là où personne ne regarde? On a donc envoyé ("on", ce sont les généreux donateurs d'aujourd'hui, regardez la liste des participants de la conférence de Bruxelles, c'est à peu près la même que celle des pilleurs) des bâtiments énormes, capables de rester en mer en permanence, ravitaillés par des bateaux plus légers, qui se chargeaient également de mêler les prises frauduleuses aux poissons pêchés en toute légalité: ça s'appelle du blanchiment de poisson. Et vous les avez mangés, ces poissons, mais pas avec du riz, parce que cette semaine-là, vous avez laissé le paquet à la sortie du magasin à une gentille bénévole qui récoltait des dons pour la Somalie. D'après Jean-Christophe Brisard, qui a réalisé un reportage sur la Somalie pour le National Geographic, ces bâtiments sont grosso modo capables de pêcher en une nuit ce que les locaux attrapaient en un an: un trafic qui rapporterait entre 4 et 9 milliards de dollars US par an. Par la même occasion, des entreprises et hôpitaux européens se seraient débarrassés de leurs déchets toxiques et nucléaires aux larges des côtes somaliennes, en chargeant de cette noble tâche la mafia italienne(1).

 

Alors évidemment, dans ces conditions, on comprend mieux la genèse de la piraterie somalienne: au début, des petits pêcheurs ont réagi en attaquant les gros navires qui leur volaient leurs moyens de subsistance, et puis rapidement, comme la lutte était trop inégale, ils sont passés à autre chose. Plutôt que de tenter de sauver leur poisson, ils se sont lancés dans un nouveau business: prises d'otage, attaques, détournement, etc...il n'y avait qu'à se baisser, le trafic maritime est énorme dans cette région, et les compagnies hésitent à faire un détour très long et très coûteux pour éviter la zone.

 

Alors vous allez dire que je fais du misérabilisme et que, comme toujours, je défends David contre Goliath, les Français ont ça dans le sang, et moi encore plus que les autres. C'est en partie vrai. Mais ce qui est plus exact, c'est que j'aimerais qu'on en finisse avec l'hypocrisie humanitaire. Nous ne cherchons pas à débarrasser la Somalie d'un fléau qui la ruine (les pirates attaquent parfois aussi les convois du Programme alimentaire mondial), ni à remettre en place un gouvernement stable, ni à sauver la population en luttant contre la famine. Nous menons une guerre de pillage et dans le cadre de cette guerre pour les ressources, nous défendons nos navires, qui pêchent illégalement et feignons, d'un autre côté, de nourrir des pauvres gens. Jusqu'à présent, nous avions attaqué un ennemi tellement faible, que personne n'avait vu qu'une guerre était en cours. Mais voilà que les pauvres se rebiffent. C'est un secret de polichinelle que les pauvres gens se nourriraient très bien tout seuls, ou en tout cas mieux, si on ne leur retirait pas d'une main ce qu'on leur donne de l'autre.

 

Soyons conséquents: ne donnons plus un centime à ces États, laissons-les crever doucement, ou plutôt admettons que nous les faisons crever, ouvertement. C'est nous d'abord, point. Il faut avoir le courage de ses opinions, les populations des Etats dits démocratiques choisiront ensuite si c'est bien la voie qu'elles veulent adopter. Qu'on arrête de se donner bonne conscience à grands coups de distribution de vivres, comme on achète un jouet à l'enfant qu'on a battu.

 

Si les pays occidentaux continuent à le faire, ce n'est pas sans raison pourtant. En ne laissant pas ces populations mourir, tout en les empêchant de vivre décemment, on fait d'une pierre deux coups: on profite du chaos, habilement entretenu, pour se servir librement dans leurs réserves, et on crée l'illusion que l'anarchie qui règne dans la zone justifie notre présence. La boucle est bouclée. On pourrait croire que nous avons le droit pour nous. Si on laissait tout le monde mourir, en revanche, ça ferait tache dans les journaux, et puis surtout, qui assumerait le rôle de l'ennemi que nous combattons, pour ainsi dire en situation de légitime défense? Peut-être qu'alors, toute pseudo-souveraineté somalienne abolie, les nouveaux ennemis seraient les autres pilleurs, avec lesquels il faudrait se partager le gâteau au grand jour. Et eux, ils ont bien autre chose que des kalachnikovs pour se défendre.

 

Vous allez me dire: mais moi, tout ce que je veux, c'est que les enfants somaliens mangent à leur faim, vous n'allez quand même pas me dire que je suis un criminel de leur avoir envoyé des sacs de riz? Quelque part, si, mais on va dire que vous ne pouviez pas savoir. Il est temps de vous repentir. Commencez donc par arrêter de répondre aux campagnes de collecte, elles sont un maillon de la chaîne. C'est un choix difficile, ils savent jouer sur la corde de la sentimentalité. Mais il ne faut pas réagir sous le coup de l'émotion, aussi justifiée soit-elle, aussi nobles soient vos intentions. En tout cas moi, c'est la dernière fois que je donne des sacs de riz. Et que je mange du poisson dont j'ignore la provenance.

 

Quelques liens:
 

Un petit dessin rigolo, pour quand même garder le sourire:

http://www.philippetastet.com/quotas-peche-grenelle-presse.aspx


Un très bon article, mais en allemand (si vous voulez une traduction, m'appeler)

http://principiis-obsta.blogspot.com/2009/04/die-zwei-arten-von-piraterie-in-somalia.html

Idem en anglais (vous trouverez un résumé/traduction sur le site www.france-multiculturelle.org)

http://www.huffingtonpost.com/johann-hari/you-are-being-lied-to-abo_b_155147.html

 

Le rapport préliminaire du Programme des Nations unies pour l'environnement sur la Somalie (en anglais):

http://www.unep.org.bh/Publications/Somalia/TSUNAMI_SOMALIA_LAYOUT.pdf

 



(1) C'est ce qu'affirme Johann Hari dans un article du 13 avril dernier (voir lien ci-dessous). On peut également lire dans le rapport du Programme des Nations unies pour l'environnement: Somalia is one of the many Least Developed Countries that reportedly received countless shipments of illegal nuclear and toxic waste dumped along the coastline. Starting from the early 1980s and continuing into the civil war, the hazardous waste dumped along Somalia's coast comprised uranium radioactive waste, lead, cadmium, mercury, industrial, hospital, chemical, leather treatment and other toxic waste. Most of the waste was simply dumped on the beaches in containers and disposable leaking barrels which ranged from small to big tanks without regard to the health of the local population and any environmentally devastating impacts. The impact of the tsunami stirred up hazardous waste deposits on the beaches around North Hobyo (South Mudug) and Warsheik (North of Benadir). Contamination from the waste deposits has thus caused health and environmental problems to the surrounding local fishing communities including contamination of groundwater. Many people in these towns have complained of unusual health problems as a result of the tsunami winds blowing towards inland villages. The health problems include acute respiratory infections, dry heavy coughing and mouth bleeding, abdominal haemorrhages, unusual skin chemical reactions, and sudden death after inhaling toxic materials.


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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 11:40

WENDY ET LUCY                                               DANS LA BRUME ELECTRIQUE

De Kelly Reichardt                                                                       De Bertrand Tavernier

 

De l'autre côté de l'Atlantique, il y a aussi des intellectuels qui ont de l'exigence. Ils ne sont d'ailleurs pas forcément mexicains ou canadiens, mais bien américains ! Parfois les américains prouvent qu'ils ne sont pas tous débiles comme souvent en France on le croit. Et parce que notre anti américanisme primaire de ces dernières années s'endurcit et se banalise, ces preuves en œuvre passent inaperçu ici. Pour pousser l'énervement des bons franchouillards pleins de préjugés tombant souvent des nues quand ils ont à faire à ce type d'événement, je vais aller jusqu'à dire que lorsqu'un réalisateur français va filmer les américains en détresse, c'est beaucoup moins intéressant et surtout moins exigeant que lorsque c'est fait par un(e) américain(e) !

 

EXIGENCE !!!

 

Wendy (Michelle Williams) et Lucy ont pris la route depuis l'Indiana pour aller en Alaska. Dans l'Oregon, leur voiture tombe en panne. Wendy compte ses quelques deniers, attache Lucy à la sortie d'un magasin et vole pour donner à manger à Lucy. Wendy se fait prendre. Quand elle revient de la Police, Lucy n'est plus là. Elle s'est laissée embarquer par on ne sait qui, on ne sait où. Wendy va tout faire pour retrouver sa compagne Lucy.

 

En Louisiane, Dave Robicheaux (Tommy Lee Jones) enquête sur une série de meurtres. Il rencontre un acteur alcoolique et sa copine, un producteur dégueulasse, des morts... lui-même était alcoolique, et avec cette enquête qu'il mène, il a l'impression de devenir fou, tiraillé entre ses grands principes moraux et sa rage non maitrisable.

 

Quel lien ? Voici un petit extrait d'une interview de Kelly Reichardt par David Hurll : « Pour Wendy et Lucy, Jon (Raymond, auteur de la nouvelle dont s'inspire le film, il y est par ailleurs co-scénariste) et moi sommes partis de l'idée répandue aux Etats-Unis, que si vous êtes pauvres, que si vous ne réussissez pas, c'est que vous êtes paresseux. L'ouragan Katrina a été un des éléments déclencheurs de notre projet. Après cet événement dramatique, on s'est demandé comment les gens qui n'ont pas d'aides peuvent franchir l'étape qui les aidera à sortir de la pauvreté. Quand on n'a pas de filet de sécurité, comment fait-on pour ne pas partir à la dérive ? ».

 

Le lien est donc cet événement Katrina. Si le Tavernier prend place en Louisiane, le Reichardt se place géographiquement à l'opposé, juste en dessous de l'Etat du Washington.

La différence est que le film prenant place au milieu du désastre Katrina, bien que mis en scène par un réalisateur venu de loin, ne montre que des gens perdus au milieu des morts : des alcooliques, des gens allant mal, se frappant violemment, ne se parlant que pour se dire qu'ils n'ont rien à échanger. D'où la seule belle scène du film, au bord de l'eau, avec le dialogue de sourd consistant à parler de la « notion de compréhension » - qui d'ailleurs est plutôt un monologue proféré par une personne sous LSD...

Reichardt opte quant à elle pour le non-dit. En restant loin du désastre elle garde à distance toute parole. Il y a peu d'échange. Mais les échanges sont de vrais échanges : Je te prête mon portable si ça peut t'aider. Je te paie un café, parce que j'ai une mauvaise nouvelle et qu'il est bien tôt...

 

La différence est donc dans le choix des personnages. Une catastrophe a eu lieu et laisse des milliers de gens dans la merde. Quel point de vue peut prendre le metteur en scène : que tout le monde se bourre la gueule, ou bien que dans cette errance, on a un devoir d'exigence et de présenter l'humanité dans ses vrais rapports d'entraide, aussi simplistes qu'ils soient ? Du coup, les différences d'exigences envers l'humanité deviennent perceptibles dans la mise en scène, et les moyens employés.

 

Mercredi soir, Monsieur Tavernier est venu au cinéma Le Vincennes présenter son film. Il a beaucoup parlé des conditions de tournage : « ce n'est pas parce que vous êtes aux Etats Unis que le matériel est bon. Mon chef opérateur me disait que s'il tournait un film au Maroc, il aurait du meilleur matériel. On nous a donné une voiture travelling qu'en France on aurait refusée ».  Voici qui pour moi expliquait en partie les cadrages lamentables de son film. Les tremblements sur les travellings, les saccades dans quasiment tous les plans... Mais j'ai aussi vu Wendy et Lucy, fait sans moyens et pourtant propre : « tout le monde travaille gratuitement, les dépenses au départ sont très restreintes. La plupart du temps on tourne en extérieur, avec très peu d'équipement. Là où je tourne en Oregon, il y a tout un petit groupe (...) qui travaille toujours sur mes projets avec un budget sur deux semaines. Ce n'est pas courant de travailler de cette manière dans le cinéma américain, d'avoir cette approche collective ». Wendy et Lucy a très certainement coûté cent fois moins cher que Dans la Brume... Et pourtant il y a une exigence du cadre, de la lumière qu'il n'y a pas dans la Brume. Si tous le monde s'accorde à dire que la lumière dans La Brume est magnifique, elle n'est rien car les cadres et les mouvements d'appareil (dont le chef opérateur est responsable) sont pourris. Tandis que Wendy et Lucy est tourné à mon sens très souvent en lumière naturelle. L'équipe technique image se réduit à deux personnes (d'après le générique). Et les scènes de nuit y sont plus belles, plus poétiques, envoûtantes. Parce qu'il y a là une exigence de l'image qu'il n'y a pas sur le Tavernier. Cette même exigence de questionnement à partir du choix des personnages et donc de comment les filmer se différencie sur deux projets qui ont pourtant tout à voir dans le fond : comment ne pas partir à la dérive, ne pas devenir fou, et réfléchir donc, dans ces moments difficiles, à des questions qui peuvent peut-être apporter du bien, si elles sont bien posées.


Monsieur Tavernier, regardez ce petit bout de pellicule qu'est Wendy et Lucy, et voyez comment on parle de la violence d'une société. « J'espère que les questions posées par le film sont : qu'est-ce que l'on peut faire pour les autres ? Qu'est-ce que chacun doit aux autres ? Sommes-nous reliés, unis, ou est-ce que c'est chacun pour soi ? » (K. Reichardt).

 

Il est dommage Monsieur Tavernier que vous n'ayez pas fait rencontrer Wendy à Dave Robicheaux, il en aurait plus appris sur ce qu'est avoir de la morale, et d'être exigeant.

 

Pascal Leroueil


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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 12:40

[On trouvera ici le premier volet d'une réflexion en deux temps sur l'intellectuel en ce commencement du vingt et unième siècle.  Le second volet, qui sera mis en ligne prochainement, portera sur la situation sociale de l'intellectuel contemporain.]  

  

    Il est rare qu’on puisse dater avec précision l’apparition d’un mot dans l’histoire de la langue. Le mot intellectuel constitue une de ces rares exceptions. Il apparaît au sens où nous l’entendons ici, et qui est devenu à dire vrai son sens premier dans l’usage, sous la plume de Georges Clémenceau, dans un article de la Revue Blanche paru le 21 janvier 1898, au moment et à propos de l’Affaire Dreyfus, pour désigner ceux qui avaient mis leur plume, et leur réputation d’auteurs, au service de la défense de Dreyfus, Emile Zola en tête. Si le mot est nouveau, le phénomène ne l’était pas : avant Zola, Voltaire avait pris le même engagement, en faveur de Calas. Ce phénomène ponctuel prit une ampleur collective après la Seconde Guerre mondiale : désormais, il entrait dans la définition de celui qui écrivait, et, au-delà, dans la définition même de l’artiste qu’ils devaient faire de leur art une arme.

    Historiquement parlant, l’intellectuel est donc d’abord un homme qui écrit. Et même lorsque cette appellation fut donnée aux artistes en général, c’est au sens où ils signaient ou rédigeaient des manifestes, des pétitions, des libelles, etc. L’intellectuel est donc quelqu’un qui fait un certain usage du langage.

    Quel besoin, direz-vous, de rappeler ici ce que chacun sait déjà ? Où cela nous mène-t-il ? Ne sait-on pas ce qu’est un intellectuel ? On ne le sait que trop. Las de ces gens qui s’estiment en droit de donner leur avis sur la marche de l’Histoire, qui s’arrogent l’autorité de dire le vrai sur ce que tout le monde vit, d’être la conscience éclairée du « peuple » ! Les prises de position indéfendables de certains de ces mandarins en faveur de régimes totalitaires, de révolutions sanglantes, de terroristes de tous bords, ne suffisent-elles pas à prouver que rien n’est plus funeste que cette illusion de croire que l’on sait pour l’humanité, que l’on a compétence à dire ? Aujourd’hui, on ne parle plus des intellectuels que pour en rire, et n’est-ce pas mieux ainsi ? Au moins, quand l’un d’eux paraît sur un plateau de télévision, il ne parle plus qu’à ceux qui l’ont invité, et encore… L’intellectuel est devenu un bibelot, qu’on a rangé une fois pour toutes sur les étagères de l’Histoire. On le contemple dans un bocal. Voltaire et la tolérance, Zola et ses « J’accuse », Sartre et son engagement, tout cela sent la poussière. Ça n’intéresse plus que les archéologues, les historiens, ou les nostalgiques incurables. L’intellectuel d’aujourd’hui porte une chemise blanche ouverte au deuxième bouton, la mèche savamment rebelle, ou bien il manie avec désinvolture un fume-cigarette. Il ne parle que des Serbes et des Croates, de la Tchétchénie ou du Darfour, de ce qui est lointain et évident (« la guerre, c’est pas bien… » ; « il faut venir en aide de ceux qui souffrent… » ; « des gens meurent de faim ou sous les bombes à l’autre bout du globe, et toute le monde s’en fout… »). Ou bien il ne parle plus de rien. Il fait des paradoxes, il narre dans de petits ouvrages ses petites histoires intimes. Il prétend n’avoir la vie de personne, ou bien la vie de tout le monde, ce qui fait que dans un cas comme dans l’autre, on ne voit pas pourquoi il nous la raconte. Il parade ou il a honte de lui ; il singe les intellectuels du passé ou se moque d’eux ; il constate amèrement ou cyniquement que plus personne ne le lit ou l’écoute, qu’on achète ses livres mais qu’on les consomme comme des boudins. Le Café de Flore, la Closerie des Lilas, Saint-Germain-des-prés, les émissions de « troisième partie de soirée », des « conférences sur la Paix », cocktails et photos pour tabloïds, photos glacées en noir et blanc pour les vitrines luxueuses des librairies, propos susurrés sur les fréquences de quelques stations de radio : l’intellectuel est un produit comme un autre, qui se vend bien ou mal.

    Mais si, d’une part, l’intellectuel est celui qui fait usage du langage, et que, d’autre part, l’intellectuel aujourd’hui n’est plus qu’une bonne ou mauvaise plaisanterie, le langage n’aurait-il pas sombré avec lui ? L’intellectuel est mort, pis que cela : il survit parodiquement, ce qui revient à dire qu’il est mort plutôt deux fois qu’une. Mais la disparition de l’intellectuel est le symptôme d’un mal profond, d’un mal collectif : la maladie du langage.

    Des charognards se repaissent de la dépouille de l’intellectuel : ceux qui prétendent encore l’être, et de fait ne le sont plus ; mais, au-delà, tous ceux qui font un usage public du langage : politiciens, publicistes, journalistes… Tous ces gens-là se sont emparés du créneau. Car si l’intellectuel était celui qui parle en public, on n’a pas cessé après sa mort de parler en public. On n’a même jamais autant parlé. C’est un lieu commun que de dire que nous vivons dans un univers saturé de langage. Ça parle, ça cause. Sur les ondes, dans les colonnes des journaux, les pages des magazines… Les médias se sont multipliés, et, avec eux, la parole publique.

    Publicité, parades de faux intellectuels, éditoriaux de journalistes, prétendues « analyses » ou « expertises » : toutes ces paroles ont un point commun : elles sont essentiellement publicitaires. Elles servent à vendre ou à faire vendre. Achetez mon livre, mon journal, votez pour moi, consommez la lessive Zac ou le dentifrice Zuc…

    Toute parole publique est aujourd’hui devenue publicitaire.

    On « monte des dossiers » pour réaliser un « projet » - entendez par là : pour récolter les fonds nécessaires à sa réalisation. Quel que soit le « projet » : entreprise, nouveau produit, film, revue, construction immobilière, projet associatif, il vous faut des partenaires. Un partenaire, c’est quelqu’un qui a « cru » à votre « projet » - entendez : qui sait très bien que vous l’avez embobiné, mais qui se dit que vous l’avez tellement bien fait que vous pourrez le faire à grande échelle, auprès d’un grand nombre de « consommateurs » de tous ordres. Le « partenaire » espère donc obtenir grâce à vous un « retour sur investissement ». Ce que vous avez dit, au fond il s’en fout, autant que vous vous en foutiez vous-même, d’ailleurs, puisque, vous, c’est un immeuble que vous voulez construire, un film que vous voulez réaliser, une association que vous voulez faire vivre, un travail de recherche que vous voulez mener à bien.

    Ce langage universel universellement publicitaire est donc un langage auquel personne ne croit, mais qui est uniquement destiné à être efficace. Entendons-nous sur le sens de ce mot : le langage publicitaire n’est pas performatif au sens où l’entendent les linguistes. Un énoncé performatif, c’est un énoncé qui est un acte en lui-même. Je te baptise, je déclare la séance ouverte… Le langage de Dieu dans la  Genèse. Dieu dit : « Que la lumière soit ! » et la lumière fut.  

    Non, le langage publicitaire est comme la plupart des énoncés produits par le langage : il est perlocutoire. Il est un moyen au service d’une fin. Le problème du reste n’est pas dans cette instrumentalisation. Le langage est un moyen ; il n’est même que cela. Tout le problème est dans la façon d’user de ce moyen. Nous définirons ici deux usages possibles du langage : un plein usage, aux possibilités infinies qui est l’usage cognitif, exploratoire du langage ; et un usage restreint du langage, autorépressif, parce que mensonger. 

    Le langage publicitaire ment par essence. Il est orienté vers un but qu’il ne dit pas. Il cache toujours quelque chose. Il peut dire : « Achetez mon livre, achetez mon disque, investissez dans mon projet ». Mais l’objectif final de ce langage – donnez-moi du fric – cela ne sera jamais dit. Le langage prolifère comme un cancer autour d’un silence originel.

    C’est que le langage, c’est exactement le contraire de l’argent. L’argent est immatériel ; le langage est matière (même les mots écrits sur cette page sont matérialisés par des signes, et peuvent faire l’objet d’une oralisation) ; l’argent n’a pas de valeur intrinsèque, il n’est qu’un signe ; le langage est valeur en soi, il est symbole : les mots acquièrent ou perdent de la valeur, ils s’usent, s’abandonnent, se retrouvent, ils sont beaux ou laids, de beaux s’enlaidissent, de laids deviennent beaux par l’usage qu’on en fait, au gré des circonstances de l’histoire ; car le langage est historique, tandis que l’argent est anhistorique : les mots sont dans l’histoire, ils ont une histoire, toujours le passé de leur création et de leur emploi les hante ; même si celui qui les prononce ignore tout de ce passé, ce passé est présent dans la conscience collective. Pour reprendre des concepts que nous avons définis ailleurs[1], nous dirons que l’argent est virtuel, tandis que le langage est possible.

    Le langage publicitaire est donc un langage impossible, un langage réticent[2], qui ne peut aller jusqu’au bout de ce qu’il aurait à dire – un langage en état perpétuel d’inhibition, en dépit de son aspect proliférant.

Par exemple, une publicité peut vous dire : « Achetez la Lessive Zac ». Elle ne vous dira pas : « Achetez la lessive Zac qui n’est pas meilleure qu’une autre lessive, parce que cela permettra au groupe qui la commercialise d’engranger des bénéfices, et à certains dirigeants ou actionnaires d’empocher des sommes extraordinaires ». Le film 99 francs présente une parodie de publicité qui consiste justement à faire dire à la publicité ce qu’elle doit taire : le langage, dans cette fausse pub, change de statut, il devient un moyen d’essayer de dire le vrai. Une telle publicité est une aporie. Car la publicité, par essence, n’use du langage que pour le détruire, que pour en détruire les possibilités. Elle dit sans dire (mensonge par omission), souvent même elle dit pour ne pas dire (mensonge caractérisé). Vous direz que la pâte à tartiner Zoc est « un plein d’énergie » pour ne pas dire qu’elle fait grossir. Vous direz que les restaurants de la chaîne de restaurants Zic sont « authentiques », justement parce qu’ils sont tous semblables, quel que soit l’endroit où ils sont implantés…

Toutes les expériences humaines se font dans et par le langage. Elles sont rendues possibles par le langage. Autant dire que si le langage est amputé, l’expérience l’est aussi. Le langage publicitaire est la maladie du langage contemporain ; il est la maladie mentale contemporaine. Le langage publicitaire fait de nous des névrosés voire des psychotiques. Il nous atteint dans l’une de nos facultés vitales.

Lorsque nous disons maladie, nous le disons au sens propre : on pourrait dire que le langage est comme victime d’une attaque virale. On sait que le virus a pour propriété de parasiter un organisme, et de cohabiter avec lui le plus longtemps possible. Quand l’organisme meurt, le virus meurt avec lui. Il a dû, pour assurer sa propre perpétuation, contaminer un autre organisme. Le virus idéal, le virus parvenu à son plein degré de développement serait un virus qui s’épargnerait cette peine ; un virus qui ne tuerait pas l’organisme qu’il colonise, mais qui se contenterait de le parasiter.

Le langage publicitaire ne peut persister que parce qu’on continue à essayer de croire au langage, que parce qu’existe çà et là, dans un film, un article, un essai, un langage qui continue d’être un moyen de connaissance et d’exploration.

    Le virus idéal n’existe pas. Il perturbe l’organisme qu’il colonise. Et, de ce fait, soit l’organisme se défend, et il tue le virus, soit il ne parvient pas à se défendre, et c’est lui-même qui meurt. L’équilibre entre un organisme et un virus qui l’affecte, biologiquement, n’existe pas. L’organisme malade d’un virus est un organisme en péril, un organisme souffrant.

Le langage contemporain souffre de la présence en lui du langage publicitaire.

On l’a dit et répété, on le dira une fois de plus ici : notre objectif n’est pas moral au sens traditionnel de ce mot[3]. Notre dénonciation du langage publicitaire ne l’est pas davantage. Elle est fonctionnelle.

C’est au nom du principe vital-fonctionnaliste que nous disons ici qu’on ne ment jamais sans pâtir de son mensonge. Chaque fois que vous mentez, c’est votre langage que vous malmenez. Inutile de tenter ici une pirouette en disant qu’on peut mentir en de certaines occasions, et dire vrai en d’autres, au gré des circonstances, et que mentir ici ne suppose pas qu’on ne puisse plus dire le vrai . Cela serait possible, si nous disposions de deux types de langages : l’un pour le vrai, l’autre pour le faux. Mais ce sont les mêmes mots que je prononce, pour dire le vrai et le faux. Qui prétendra que je puis sans confusion donner au même mot deux sens différents ? Quelqu’un qui dirait « je t’aime » à tout un chacun, ne pourrait plus le dire quand c’est vrai. Les mots s’usent, comme les choses. On doit les renouveler. C’est dans l’ordre des choses. Un vieux mot peut retrouver la force sémantique qu’il avait perdue. Le menteur est un homme qui use son langage à une vitesse vertigineuse, qui anéantit en permanence son propre langage.

Qu’on ne s’y méprenne : nous ne disons pas ici qu’il existe un langage vrai et un langage faux par nature. Nous parlons bien d’usage vrai ou d’usage mensonger du langage. On peut dire quelque chose de faux en toute bonne foi. Seule importe ici l’intention d’atteindre au vrai par le langage. Au reste, il n’y a in fine rien d’autre que cette intention – la vérité ne peut être qu’une recherche de la vérité. En vertu du principe dialectique-historique, ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera plus demain ; ne serait-ce que parce que la connaissance de la vérité d’aujourd’hui ajoute à cette vérité cette connaissance même, et qu’alors ce qui est à connaître, c’est la synthèse de cette vérité et de sa connaissance, qui crée une vérité nouvelle, à découvrir…

Le processus est nécessairement ouvert, et infini : nous ne faisons jamais que des bilans provisoires et ce faisant nous évoluons. Nous évoluons parce que nous saturons une situation en l’explorant autant que possible.  

Un langage qui cohabite avec un langage publicitaire s’entrave lui-même dans son évolution ; il s’empêtre dans ses propres contradictions. On ne ment jamais efficacement sans se mentir aussi à soi-même : le salaud est toujours de mauvaise foi ; il se persuade lui-même de ce qu’il raconte.

Et avant tout, le langage publicitaire a déjà ce premier effet perlocutoire que de convaincre du caractère mensonger du langage. Si je peux dire n’importe quoi en une circonstance quelle qu’elle soit, c’est qu’il est possible que je dise n’importe quoi. Cette effrayante possibilité devient une de mes potentialités.

Il n’y a pas d’un côté mon langage qui mentirait ; de l’autre, ma conscience d’une vérité que je tairais par mon langage ; c’est ma conscience comme rapport au langage qui ment ; je deviens menteur ; j’actualise le mensonge. Je prononce ces paroles que je sais sans valeur. Lorsque je me retrouverai seul, je serai encore hanté par ces paroles mensongères qui ont surgi de ma bouche. Elles sont devenues réalité.

C’est le principe de la fausse monnaie. Si de la fausse monnaie est en circulation, c’est toute la monnaie qui s’en trouve menacée. Et plus les contrefaçons seront habiles, plus la monnaie sera menacée. Or, l’usage publicitaire du langage est régi par les mêmes règles que son usage cognitif et expérimental.

Le langage publicitaire se doit lui aussi d’être évolutif, de trouver des mots nouveaux, une nouvelle syntaxe, pour continuer à faire effet, à mentir efficacement. Il est un simulacre de langage.

Le problème n’est donc pas tant, on le voit, qu’on considère son interlocuteur comme un moyen plutôt que comme une fin. C’est ce qu’enseigne la morale traditionnelle. Certes, le menteur instrumentalise celui à qui il ment. Et ce faisant il insulte en lui l’humanité qu’il méprise chez celui à qui il raconte ses bobards. Mais, au-delà, il fausse un instrument dont il a un besoin vital. À terme, c’est sa propre expérience que le menteur s’expose à ne plus pouvoir nommer. Son expérience même, qui se fera, parce qu’il est homme, dans et par le langage, sera entravée, inhibée. Le publiciste rend sa vie même publicitaire, il ne parle plus que le langage de la publicité. S’il parle à celui ou à celle qu’il aime, il lui donnera ces mots mensongers dont il fait ses slogans. Le film que nous citions tout à l’heure, 99 francs, qui propose, de manière ludique, deux fins possibles à son spectateur, montre bien qu’en réalité ces deux fins s’équivalent : soit le héros, un publiciste, ne supporte plus le mensonge, et donc se suicide ; soit il retrouve celle qu’il aime et l’embrasse sur une plage, mais alors, il se retrouve le sujet d’un panneau publicitaire sur lequel le film s’est ouvert.

L’intellectuel est celui qui fait du langage l’emploi le plus rigoureux possible pour tenter d’appréhender la vérité d’une expérience, et par là transformer cette expérience même. L’intellectuel a donc du langage un usage proprement évolutionnaire. Il fait du langage le lieu d’une création possible, parce qu’il en sature les possibilités réelles, sans rien cacher, sans rien déformer – bref, sans mentir. Cela ne signifie pas qu’il dit le vrai, mais il s’y efforce, et c’est cet effort, plus qu’une quelconque appartenance institutionnelle ou situation sociale, qui fait qu’il est un intellectuel. Il n’est un intellectuel que parce qu’il fait des mots, et des idées qu’ils formulent, un mode de vie.

Parce que l’homme est un être de langage, la tâche de l’intellectuel demeure indispensable à la communauté humaine.

Mais comment lutter contre le virus publicitaire ?

D’abord, en résistant, c’est-à-dire en se taisant chaque fois que des circonstances exigeraient de nous que nous nous mettions à mentir. Ensuite, en créant des espaces préservés de toute atteinte publicitaire, des espaces sains. Quels espaces ? Un livre, un cercle d’amis.  

La critique serait vaine : lutter contre le langage publicitaire, ce serait faire comme Don Quichotte affrontant ses moulins. Le langage publicitaire n’a rien à voir avec la recherche de la vérité, il n’en est pas l’envers : il n’est même pas un langage. Au sens propre, il n’est rien.

Redonner sa valeur exploratoire au langage, c’est un travail qu’on peut – qu’on doit – mener à son échelle. Pour soi, d’abord. Avec ceux qu’on fréquente – ceux à qui l’on parle – ensuite. Peu à peu, se recréera une communauté de langage évolutionnaire. C’est-à-dire, une communauté de croyance dans les possibilités d’exploration, de création, de vie, du langage.

Bien sûr, il y a une urgence plus grande à cette revalorisation du langage pour ceux dont c’est la voie première d’exploration. Pour ceux qui, à titre individuel, ont fait l’expérience, malgré ce contexte hostile et ce mal si répandu, du caractère infini des possibilités du langage.

Ceux-là, on pourra les appeler des intellectuels. Pourquoi changer de vocable si l’intention – et les possibilités de création – demeurent les mêmes aujourd’hui qu’hier ?

Florent Trocquenet,

      Avril 2009  



[1] Voir sur Clair-obscur : Rêvons, c’est l’heure, « Le Lieu de la fondation : du virtuel au possible ».

[2] La réticence est une figure de style, qui consiste à interrompre un énoncé en cours d’énonciation, parce que ce qu’on aurait à dire serait trop violent, malséant, inopportun, et qu’on ne peut que le laisser entendre à son destinataire.

[3] Voir Rêvons, c’est l’heure, « Pour une morale fonctionnaliste ».

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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 10:31

Si comme moi vous n'allumez plus jamais votre téléviseur à l'heure des informations, vous avez sans doute raté un grand moment de bonheur lundi dernier. Oui, vous avez bien lu, j'ai été enthousiasmée, ravie, transportée, par une nouvelle du JT de France 2, alors que j'avais imprudemment appuyé sur le bouton de la télécommande à l'heure fatidique. (NB: Ne tentez pas de reproduire chez vous l'expérience décrite dans ces lignes, vous seriez déçus, les miracles n'arrivent qu'une fois). 

Pourtant, le reportage s'annonçait mal: la politique américaine en Afghanistan. Figurez-vous qu'enfin, une idée intelligente a germé dans les têtes des dirigeants de l'armée américaine: ils sont en train de former des réservistes, qu'ils recrutent dans les campagnes du Midwest, pour aller aider les paysans afghans. J'avoue que je ne suis plus très sûre que ce soit dans le Midwest, ce qui prouve à la fois l'étendue de mon inculture et le mépris facile dans lequel je tiens les bouseux américains, qui pour moi sont tous du Midwest. Et j''ai (j'avais) tort. Car, divine surprise, le bouseux interviewé par France 2, malgré son air bestial, et le fait qu'il soit réserviste, ce qui ne plaide pas en sa faveur, était tout ce qu'il y a de plus civilisé. Après quelques images montrant son exploitation, la caméra s'est fixée sur son visage, et le futur soldat a expliqué aux téléspectateurs ébahis (en tout cas, moi, ça m'a épatée) qu'on doit arrêter de bombarder les villages et plutôt aller aider les populations à relancer l'agriculture, parce que quand ils auront de quoi nourrir leurs familles et vivre dignement, les Afghans seront moins enclins à rejoindre les rangs des Talibans. Il l'a dit, je vous jure, je l'ai entendu. Et il a même ajouté: mais attention, on ne va pas arriver en leur disant: "Vous devez faire comme-ci ou comme-ça, vous vous y prenez mal, on sait mieux faire que vous", on va essayer de les conseiller, en cherchant à comprendre quel est LEUR rapport à la terre, en adaptant les solutions à LEUR culture, parce que c'est leur pays et pas le nôtre.


Ne venez pas me dire qu'on lui avait fait apprendre son texte et que mon bouseux est un acteur d'Hollywood, vous gâcheriez ma journée. Ni que la télévision française diffusait des images idylliques des campagnes algériennes tirées de la misère grâce aux "opérations de pacification" menées par nos braves soldats au plus fort des massacres. Pour une fois que je suis optimiste, soutenez-moi!

Dorothée Cailleux 

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23 mars 2009 1 23 /03 /mars /2009 15:48

Marion Jones (athlète : triple championne olympique aux jeux de l’an 2000)

Puerta (tennisman : finaliste à Roland Garros en 2005)

Floyd Landis (cycliste : vainqueur de Paris-Nice en 2006)

Coria (vainqueur de neuf tournois et finaliste à Roland Garros en 2004)

 

Quel est le point commun entre ces sportifs ?

Tous dopés.

 

On ne peut plus se le cacher : nos sportifs sont dopés.

Pas uniquement dans le cyclisme.

Dans tous les sports.

 

La réaction la plus simple, la plus facile est de tirer à boulets rouges sur les sportifs.

 

Mais il est plus troublant de chercher à comprendre pourquoi ces athlètes se dopent.

 

La gloire ? Malheureusement pour ces athlètes, elle n’est qu’éphémère. Les artistes dopés sont vite démasqués et les médias s’empressent de dénoncer l’imposture en leur jetant l’opprobre.

 

L’argent ? Oui bien sûr on est en droit d’y penser. Cela valait pour les sportifs dopés dans les années 90. Seulement, la traque des sportifs dopés s’est renforcée et médailles et gros billets doivent désormais être rendus.

 

Alors pourquoi les sportifs continuent-ils de se doper en dépit de la lutte anti-dopage ?

 

Le problème principal de la lutte anti-dopage et qui explique sans doute son échec est qu’elle se concentre uniquement sur l’athlète. Or, derrière l’athlète se cache un système, une machine qu’il paraît difficile de contrôler.

 

Derrière l’athlète se cache tout d’abord, une équipe,….financée par des sponsors. Les équipes sont en partie financées par des marques qui investissent massivement de l’argent. Les sportifs font de la publicité pour des marques de vêtements de sports…Autrement dit, pour ces sponsors, le sportif et l’équipe reflètent l’image de la marque. Certains sportifs faisant de la publicité pour des marques de shampooing ont interdiction de se couper les cheveux.

 

Il paraît évident que ces sponsors n’investissent pas autant d’argent pour voir leur poulain perdre. Les sportifs comme les employés des grandes entreprises se doivent de l’emporter pour rentabiliser l’investissement misé. Du chiffre, de la performance : même combat pour l’employé d’une multinationale que pour un sportif sponsorisé. N’oublions pas que le sport médiatique est  à l’image de la société.

 

Derrière l’athlète se cache également tout l’appareillage médiatique et en tout premier lieu la télévision. Le sport est un spectacle et se doit de le rester pour faire de l’audience. Pour cela, les sportifs doivent en faire plus, toujours plus : améliorer le record du 100 m, franchir des cols au rythme d’une mobylette. La télévision veut vendre du sensationnel et promet à chaque compétition du jamais vu. Les limites physiques de l’homme étant ce qu’elles sont, le dopage devient indispensable pour améliorer à coup sûr les performances le jour J. Il faut que cela soit clair : le record du 100m ne pourra plus descendre indéfiniment sans produits dopants.

 

Alors plutôt que de s’en prendre aux dopés de façon unilatérale, il faudrait également s’interroger sur le sport que nous désirons.

 

La question est la suivante : les téléspectateurs seraient-ils prêts à assister à des retransmissions où les athlètes courent moins vite, où les records ne tombent plus, où les joueurs de football se fassent des passes au ralenti ?

 

Sommes-nous prêts à accepter un sport se servant de tous les artifices possibles pour permettre aux sportifs de repousser encore plus loin les limites de l’humanité ?

 

Ou alors à accepter que l’homme a des limites physiques et ne pourra pas aller plus loin, plus haut, plus vite ? L’homme, en exploitant uniquement ses capacités naturelles, continuera certes à progresser, mais plus lentement, à son rythme.

 

En tout cas, il faudra faire un choix et cesser cette attitude hypocrite qui consiste à punir des sportifs tout en promouvant le sport-spectacle.


Manuel Toulon 
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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 22:59

THE CHASER

de Na Hong-Jin


Il y a des films comme ça qui vous laissent vide en sortant de la salle de cinéma. Vidé de tout tellement l'émotion a été puissante, tellement l'empathie créée avec vous est forte.

On ne sait pas comment, mais on dirait qu'un petit morceau de tripe s'accroche à la manivelle de la caméra et le metteur en scène tourne parfaitement son œuvre jusqu'à la fin. Ainsi, vous êtes vidé. Vous n'avez plus de force dans les jambes, vous ne pouvez plus parler et votre respiration est ralentie, difficile. Dans vos veines, c'est de l'acide sulfurique qui circule, et votre matière grise est devenue aussi liquide et pâle que du lait.

Pascal Leroueil

18 mars 2009



Hommes Aveugles

WATCHMEN de Zack Snyder

 

Une farce ? Très certainement...

A maintes reprises, les protagonistes de ce film disent qu'il s'agit d'une farce... d'une blague, pas vraiment drôle. Que leur vie, le sens de leur vie, complètement mêlé à l'histoire très violente des USA - qui par la même occasion, est ré-écrite - est une farce.


Oui, la farce que l'on met dans des tomates bien rouges.


La farce à mon sens est qu'Hollywood, en tout cas une partie, a trouvé dans ce projet fou la possibilité de faire un film expérimental (sans narration) afin de ne plus véhiculer qu'une idéologie claire. Ce film est totalement politique, et c'est pourquoi, même si je suis sincèrement désolé de prendre un mauvais film, je voudrais en parler dans les lignes de notre association AREDUC.


Qui sont ces gardiens ? Déjà, ils ne sont pas les gardiens originaux. Tout vient des gangs qui sévissaient dans la ville, et la police, n'arrivant pas à les arrêter, a trouvé une solution : se déguiser pareillement.

Ceux qui ont vu quelques films très intéressants s'inscrivant dans le genre « terrorisme - post 2001 », comme Inside Man, comprendront ici que la thèse posée, la thèse initiale de Watchmen est opposée à celle de V pour Vendetta. Il ne s'agit pas chez Snyder de faire vivre cette utopie où le peuple prendrait le visage du terroriste pour se libérer, mais bien de cette vieille idée mal pensée : les « badguys » nous obligent à nous transformer en monstre. A prendre ce non visage, la même vulgarité. Car il n'est question dans ce film que de savoir quel visage, quelle face adopter devant la folie des hommes. Folie = folie meurtrière. Troisième guerre mondiale.


Alors il va s'agir pour Snyder de montrer qu'il n'est pas fasciste (tout juste réac !?) mais que le sacrifice est inévitable. Il va pour cela tenter de brouiller toutes les cartes en stéréotypant toutes les images, en les vidant de leur sens (il y a un nombre incalculable de références cinématographiques). L'exemple le plus probant est la réutilisation de Wagner pour la guerre du Vietnam, mais ici venant s'additionner à des images clippées, pleines d'effets d'irréalisme, pour montrer que oui c'est atroce ce que les ricains ont fait, mais c'était une blague, ça n'a jamais vraiment eu lieu comme ce que l'on en a dit/montré jusqu'à aujourd'hui. Cette séquence Wagnérienne est de plus juxtaposée à une autre scène encore plus politisée. Cette scène montre le Comédien (personnage associé à Oswald, à l'homme de main d'un certain gouvernement, pro-Nixon et même pro-Reagan) descendre dans la rue où il y a des manifestants. Il commence à dire aux manifestants de partir. Les manifestants, voyant qu'il est seul, bien qu'armé, veulent s'en débarrasser. Le Cousin se défend et tire dans la foule. Reagan a fait produire des film comme Rambo, mais au sens de Snyder, ce n'est pas suffisant. Il fallait un film qui assume la violence des héros mais dans la rue, avec les civils débauchés de l'après Vietnam, pas dans les bois, et encore moins contre la police. Car l'ordre, ce sont ces gars-là, et qu'est-ce que vous voulez : quand vous avez à faire à des manifestants d'un soi-disant mouvement pacifiste qui brûlent des voitures, qui entretiennent le chaos (on dirait la scène de rue de Robocop), on a pas le choix. Faut tirer dans le tas, en plus ça soulage. Ce qui est intéressant dans ce film, c'est de voir comment notre ennemi se fait une représentation, s'invente toujours un ennemi. Et nous sommes cet ennemi. Il est rigolo de voir comment finalement Snyder considèrerait AREDUC comme un ennemi.


Pour bien brouiller les pistes et s'en sortir lors de débats qu'il voit venir (pour sûr face à des « sales intellos » qui ont bien compris le mécanisme de son film), il met un personnage bien pensant au milieu de sa bande de « fascistes » (c'est le film qui le dit). Pourquoi ? Pour montrer qu'il est bon pompier, bon sauveur spectaculaire mais que face à une guerre nucléaire il est bien faible. Seuls des héros certes contestables (mais pas condamnables non plus comme le dit le grand schtroumpf) sont capables de prendre la décision de tuer 15 millions de personnes pour que deux pays se réconcilient. Pour que la paix soit. Je pense que tous ceux qui ont applaudi à la fin de la séance ne se sont jamais mis dans la peau des 15 millions de personnes tuées pour rien (la guerre froide s'est résolue sans qu'une bombe n'explose, c'est un fait historique non ?), mais qu'en plus ils saluent une grande perversité d'esprit que je vais tenter d'expliquer à la Snyder : objet, éclatement de l'objet, restructuration d'un nouvel objet.


Un des gardiens, particulièrement « fasciste » (c'est le film qui le dit), massacre un homme parce qu'il a tué de façon ignoble une fillette qu'il a donné à bouffer à ses chiens. Ce personnage dira sous l'aveu débile et stupide du criminel : « On enferme les homme, les chiens on les abat ». Il déshumanise un tueur, le tue lui-même de façon atroce - OBJET. Bref ce personnage applique la loi du talion parce qu'il pense qu'un jour il verra les intellos, les politiques, les putes se prosterner à ses pieds pour lui demander pardon de leur méfaits, tandis que lui éliminera la vermine créée par ceux cités plus haut (ce qu'il faut comprendre, c'est que Snyder pense que ce sont nos politiques molles qui ont créé ce tueur de petite fille, l'ont laissé vivre et commettre ces atrocités - c'est anti Sparte). Conclusion : le héros est celui qui prend la décision de tuer le « chien » qui massacre une victime. Au service de l'ordre, application de la peine de mort.


A la fin du film, c'est ce même personnage « fasciste », traité de fou, d'ultra violent par tous qui dira : « je ne fais aucun compromis, pas même devant l'apocalypse. C'est la différence entre toi et moi ». Et ça, il le dit aux personnages faibles, qui croient sans croire, qui forniquent mais encore pas très bien, en gros : le pompier, le fils de riche qui préfère les livres à la finance, qui accepte que 15 millions de personnes soient mortes pour la réunification des deux blocs. Le fasciste n'est pas d'accord contre tous - ECLATEMENT DE L'OBJET. Et la complexité du propos de Snyder est ici... Le héros ne peut tolérer ce massacre même s'il est bon pour la paix, l'unification. Donc le schtroumpf qui conteste mais admet le tue : il l'explose, l'éclate. Les autres sont dans le compromis mais ont rétabli la paix. Sa mort est donc christique (la forme rouge du corps éclaté dans la neige en est symbolique -tomate farcie christique = c'est ça la blague), sa mort est un sacrifice sur l'autel de... l'héroïsme total.


Où je vais ? Où ce film nous emmène dans sa malversation propagandiste qui brouille les cartes de son propos et moi qui ne suis pas très clair dans ce marasme.


Conclusion : la paix est. Les journalistes n'ont plus rien à se mettre sous la dent, car notre monde vibre grâce à la violence, la peur, etc. Il n'y aura plus de sang sur la « smiley face » mais que du ketchup (blague ?). Que le choix soit contestable ou non n'est pas la question. La Paix est, et la fin justifie bien les moyens - Reconstruction de l'objet.


Pascal Leroueil.

04-03-2009


PS : Snyder avait réalisé 300 : un film où l'on crie « liberté » toutes les trois phrases entre têtes, lames et autre graffitis voletant dans les airs.


DIE WELLE

Pas de vague dans le cinéma Allemand !

 

Nous sommes habitués depuis deux ou trois ans à découvrir du cinéma venu de chez nos voisins les allemands. Et à chaque fois c'est au minimum très bon : Good bye Lenin, Ping Pong, La Vie des Autres, L'imposteur... et La Vague est venue elle aussi immerger, de toutes choses bonnes pour l'esprit et les yeux, les spectateurs que nous étions, assis sur la plage.


Die Welle (la vague, donc, en allemand) est l'une de ces réussites rares dans le cinéma qui s'intéresse à l'adolescence et au sentiment contemporain de désengagement, de malaise...

Réussite car le film en présentant un prof qui veut faire vivre son cours, donner de nouvelles clefs à ces élèves (vous penserez forcément au Cercle des poètes disparus et auquel le film fait un clin d'œil) va développer justement ce qui est attendu.


Explication par le pitch du film : Un professeur anarchiste va devoir mener dans une classe libre un cours sur l'autocratie. Et pour rendre son cours vivant, il va très rapidement instaurer une autocratie vivante dans sa classe. L'intensité provoquée par ce prof dans sa classe, va créer une onde de choc (dans le sens énergétique du terme) sur la vie des élèves. Ils sont fans et en redemandent car ils se sentent vivre. Et ce qui est intéressant, le chef aussi : le prof. Seulement le régime mis en place dans cette communauté, dans ce mouvement nouveau qui va prendre le nom de La Vague, va se fasciser...


Ce qui est passionnant c'est la capacité du film d'être une démonstration scientifique sans être rasant. La démonstration, comme en mathématiques, doit prendre place dans un référentiel précis : la classe d'un lycée. La démonstration ne consiste pas à montrer en quoi le fascisme est horrible (quand on est allemand on en porte suffisamment le poids pour ne pas y revenir, c'est évident), mais plutôt comment une société gauchisante facilite l'arrivée au pouvoir justement de ce qui paraît impensable, et tout simplement parce qu'elle n'a pas de morale, pas d'exigence... et est une sorte d'anarchie ennuyeuse.


Il reste tout de même une frustration finale car le film n'apporte pas de solution, sur le comment vivre mieux en collectivité. Effectivement ce n'est pas l'objectif de sa démonstration, mais comme ça y touche, c'est dommage.


Je ne préfère pas en dire plus. C'est à vif que cet article est écrit. Le film est grand, riche, et ne l'ayant pas encore digéré, je préfère simplement vous inviter à aller le voir : d'urgence. Oui d'urgence si vous êtes intéressés car il ne passe plus dans beaucoup de salles, et il est sorti il y a déjà deux semaines.


Je vous invite simplement pendant que vous voyez ce film à faire attention à la mise en scène : j'ai trouvé très intéressant que dans ce film, où il est question de ce grand paradoxe (volonté d'inventer une vie intense mais qui semble à chaque fois être impossible dans un monde en paix, qui ne peut se créer sans cette menace de la violence, de la totalisation, etc.), il y ait justement plusieurs mises en scène - mise en scène paradoxale ? Il y en a plusieurs parce que la caméra, un peu comme ces jeunes, se jette toujours dans l'intensité quand elle se présente, et comme un adolescent encore naïf sur certains points elle se fige, devient extrêmement pointue, serrée, précise devant la gravité...


Bon film.

Pascal Leroueil

17-03-2009

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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 13:01

 

François Mitterrand a dit un jour à Bernard Tapie : « Méfiez-vous, les Français n’aiment pas l’argent. » Il aurait pu dire : Les Français n’aiment pas le pouvoir. Pas plus le pouvoir de l’argent que le pouvoir politique. Oui : n’aiment pas. C’est une question assez irrationnelle que nous allons aborder dans ces lignes ; nous allons opérer une petite plongée dans ce que Jung aurait appelé notre « inconscient collectif ».

 

            Les Français sont fondamentalement méfiants à l’égard du pouvoir. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de formidables histoires de pouvoir en France. Mais il y a toujours eu une condition à ce que les Français reconnaissent un pouvoir, et a fortiori le pouvoir suprême, à l’un des leurs. Cette condition, c’est que le pouvoir ne peut être que l’objet d’un échange. Pas un échange au sens hobbésien du terme : je t’aliène une partie de ma liberté en te conférant un pouvoir sur ma personne, et toi, en échange, tu me procures la sécurité. Cette vision du pouvoir politique n’est pas française ; elle est peut-être anglo-saxonne. Les Français n’attendent pas du pouvoir une sécurité, au contraire, le pouvoir leur fait peur, il a partie liée avec l’insécurité dans son exercice même. La preuve, ils eurent des potentats qui les ont, constamment, mis en danger : Louis XIV, Napoléon, ces rois-guerriers qui conduisaient des troupes aux tueries des champs de bataille. Des batailles pas toujours victorieuses… Plus récemment, lorsque Miterrand est reconduit dans ses fonctions, en 1988, la France est submergée par la question sécuritaire, dont s’était emparé l’extrême-droite. On a dit que Sarkozy avait gagné en reprenant à son compte cet argumentaire. Certes, Sarkozy a joué auprès d’une partie de l’opinion de son image d’ex-premier flic de France. Mais il le faisait d’une façon elle-même inquiétante et, dans le même temps, il promettait de « remettre la France au travail » - ce qui ne pouvait manquer de susciter des inquiétudes…

 

            Ces inquiétudes, les Français les acceptent. Ils les acceptent pourvu que les termes de leur échange à eux, leur conception inconsciente du pouvoir soient respectés.

 

            On pourrait résumer les termes de cet échange en une question, posée à quiconque exerce un pouvoir en France : je te donne le pouvoir, mais toi, qu’est-ce que tu sacrifies de ton pouvoir en échange ? C’est donnant-donnant. Non pas un échange « gagnant-gagnant », pour reprendre l’expression fétiche d’une ex-candidate à l’élection présidentielle, mais un échange perdant-perdant. Je perds le pouvoir en te le donnant, j’accepte de souscrire à ce rituel illusoire du suffrage universel, qui me donne le droit de choisir entre des candidats qui avaient le pouvoir de se présenter parce qu’ils étaient membres de partis majoritaires, et qui gouverneront sans me consulter, et parfois même (on songe ici notamment au Traité de Lisbonne), en faisant exactement le contraire de qu’avait exprimé une majorité d’électeurs. J’accepte tout cela. J’accepte cette impuissance. Mais toi, l’homme du pouvoir, le potentat, qu’est-ce que tu perds en échange ?

 

            Le regretté Baudrillard voyait le pouvoir comme une sorte de fardeau dont se déchargeaient les citoyens sur leurs hommes politiques (voir le « mot du jour »). C’était avoir bien cerné cette conception inconsciente du pouvoir, qui est que le pouvoir, pour les Français, c’est d’une certaine façon ce qu’on doit perdre.

 

            Mitterrand l’avait bien compris, il l’avait même incarné, cet échange du pouvoir. Il est tombé malade du cancer, qui l’a finalement emporté, quelques semaines après avoir accédé à la fonction suprême. Il a donc fait le sacrifice de sa vie, symboliquement. Il l’a caché, ce cancer, et pourtant, chose curieuse, on l’a appris presque au même moment qu’on révélait au public l’existence de la fille naturelle du Président, et les égards princiers dont elle avait bénéficié. Les Français découvraient ainsi une prérogative ignorée de leur souverain, et le sacrifice qu’il avait fait en accédant au pouvoir. Au fond, la chose rendait le personnage fascinant, et il y a fort à parier que si Mitterrand a une chance de rester dans l’Histoire, ce sera pour avoir été ce condamné à mort au pouvoir.

 

            Nous parlons de l’inconscient collectif français, mais c’est un schéma qui n’est pas exclusivement national. Les grands potentats de l’histoire sont souvent des gens qui avaient sacrifié leur personnage privé pour exercer leur pouvoir. Staline en est un bon exemple. Forclos dans sa forteresse, redoutant et redoutable, il est, on le sait, mort de peur, enfermé dans une chambre où on n’osait pas pénétrer de crainte d’enfreindre l’interdiction formelle qu’il avait lui-même promulguée. Staline avait une fille, pourtant, mais qu’il a soigneusement cachée ; elle a écrit ses Mémoires, où elle raconte ce que ce fut d’être la fille du « Petit père des peuples ». Si le souverain est le père de son peuple, cela implique qu’il renonce, d’une certaine façon, à être un pater familias. Le pouvoir public en échange du pouvoir privé.

 

            Cette conception du pouvoir, inscrite dans l’inconscient collectif, Sarkozy a cru qu’il pourrait y échapper. Il avait pourtant, conseillé sans doute par son pléthorique think tank, joué le rôle du « premier de la classe » pendant la campagne présidentielle. Il était jeune, c’eût pu être un handicap, il en fit un atout. Lorsque Poivre d’Arvor le traite à l’antenne de « petit garçon tout excité » pour qualifier sa première participation à un sommet de chefs d’Etat, il entérine cette facette du personnage. Sarkozy, alors, la jouait modeste. Il avait travaillé son langage pour le rendre plus simple, plus « populaire ». Lui qui se distinguait à l’époque de Balladur par un parler brillant, il évitait soigneusement de faire toutes ses négations, affectait des tournures familières. Il y avait aussi le fameux haussement de sourcils, qui agrandit ses yeux clairs et lui donne, l’espace d’un instant, un air désarmé. Voix de velours, ton patelin, il travaillait cette expression en mode mineur avant son élection. Sur ses affiches – dont on a relevé la totale ressemblance avec celles de Mitterrand en 1981 : paysage rural, teintes douces en bleu-vert – il ressemblait à un Témoin de Jéhovah. Sa façon même de se vêtir entrait dans le cadre de cette modestie. On a dit qu’il s’habillait comme un cadre d’entreprise. Mais le costume du cadre d’entreprise, même du haut dirigeant, répond à la conception de l’échange du pouvoir. Ah bon, me direz-vous ? Ces gens-là s’habillent luxueusement. Oui, mais les cadres portent le symbole de l’échange perdant-perdant du pouvoir : la cravate. La cravate, attribut phallique on l’a dit souvent, est aussi un nœud coulant autour du cou. Desserre ta cravate, elle va t’étouffer, disait Apollinaire dans un calligramme célèbre (le poème a la forme d’une cravate). Par la cravate, on est lié. C’est la languette ergonomique de celui qui détient un pouvoir, si dérisoire soit-il. Dans les comédies ou les films de gangster, on saisit les hommes par la cravate : le malabar pour asséner un coup fatal, le flic pour intimider le voyou, la femme pour embrasser… On a sifflé Jack Lang le jour où il s’est présenté à l’Assemblée nationale sans cravate, avec un col Mao. Ce n’était pas du jeu… Rassurez-vous : Lang s’est bien rattrapé depuis.

 

            Mais sitôt élu, Sarkozy a cru qu’il pourrait rompre l’échange, transformer la vision du pouvoir. Etre celui qui avait reçu le pouvoir et qui ne donnerait rien en échange. Peut-être se laissait-il inspirer par des modèles monarchiques : mais alors il connaissait mal son histoire de France. Si on a presque toujours aimé les rois en France, même celui qu’on a décapité, on a toujours détesté leurs maîtresses. Elles étaient une trahison du pacte. Le roi usait de son pouvoir dans le domaine sexuel. Il était puissant en tous lieux. Sarkozy a cru qu’il suffirait de mettre en avant le sacrifice de son emploi du temps. Le Président travaille beaucoup, nous dit-on alors. On songeait sans doute dans son think tank à la petite fenêtre toujours allumée à la façade du Kremlin, qui montrait que Staline travaillait pour le peuple jour et nuit. Du coup, Sarkozy en a profité pour s’augmenter de 140%. Mais il y avait maldonne : car le travail du Président, c’est d’exercer le pouvoir. On n’a donc vu que l’augmentation. Et puis même cette fiction est tombée : récemment, un billet de Marianne a révélé que l’emploi du temps présidentiel (consultable par tout un chacun sur le site Internet de l’Elysée) s’était beaucoup éclairci. En moyenne, deux fois moins de rendez-vous ou de déplacements programmés… Dans la sphère privée, le Président a fait étalage de sa puissance : une femme pour magazine, puis un divorce, et pire encore : un mannequin. Il n’est pas le père de son peuple mais celui de ses enfants, qu’il ne cache pas, lui, mais qu’il montre, au contraire, dans les magazines – il pousse la trahison du pacte jusqu’à tenter de placer son fils à Neuilly… Sa tenue vestimentaire affiche également sa puissance : le fameux étalage des marques : Rolex, Ray Ban, etc. Du coup, les Français n’aiment pas le Président : ils cherchent la faille, en vain. Ils cherchent ce que leur Président leur a sacrifié en échange du pouvoir suprême. Et ils ne voient rien dans l’autre plateau de la balance. Ils ont un président « décomplexé », nous l’a-t-on assez dit. A devenir l’incarnation du pouvoir sans contrepartie, Sarkozy est devenu l’idole noire, une figure du Mal politique.

           

            Que doit-on conclure de cette petite séance d’analyse collective ?

 

            L’analyse doit aider le patient à identifier ses mécanismes inconscients pour mieux fonctionner avec. Il faut défaire les complexes.

 

            Alors, c’est vrai, les Français ont aujourd’hui un complexe du pouvoir : qu’ils se défassent donc de cette répulsion inconsciente. Le pouvoir est une fort vilaine chose s’il s’exerce dans un contexte inégalitaire. L’auteur de ces ligne a lui-même prononcé là-dessus une conférence à la Sorbonne il y a de cela deux ans (le texte en est consultable sur le blog d’AREDUC [1]). Mais c’est cette répartition inégale du pouvoir qu’il faut changer. Si les citoyens prennent le pouvoir, ils cesseront d’en faire un Mal auquel ils donnent, tous les cinq ans, un nouveau nom, livré à la fascination et à la détestation publique. Que le pouvoir cesse d’être un mythe. D’ailleurs, que la démocratie cesse aussi d’être un mythe. La démocratie représentative, c’est le mythe de la démocratie. La démocratie réelle, c’est la démocratie directe, la véritable égalité politique des citoyens. Non pas l’égalité de participation à un rituel abstrait qui consiste à mettre dans l’urne le nom de Bonnet Blanc ou de Blanc Bonnet – mais l’égalité dans l’exercice du pouvoir.

 

Florent Trocquenet,

Décembre 2008

 

  [1] http://areduc.blogspot.com/2007/01/le-pouvoir-aujourdhui.html

 

             

             

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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 11:34

C'est L'Argent Dette de Paul Grignon

http://www.vimeo.com/1711304

vision indispensable!

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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 20:13


 Le projet évolutionniste, texte utopiste, décrit dans le chapitre ‘économie évolutionnaire’ un processus visant à sortir du capitalisme (appelé système dans ce texte). La méthode concrète proposée est la réappropriation par les salariés de leur entreprise. L’idée serait que pendant un temps le système capitaliste et le système coopératif cohabiteraient jusqu’à l’absorption  du moins juste.

Cette idée ne sort pas de nulle part. Il existe de nombreux exemples d’autogestion d’entreprise. Le plus célèbre exemple en France est celui de l’entreprise Lip. Je vous invite au passage à revoir le très beau film ‘Les LIP, l'imagination au pouvoir’ de Christian Rouaud.

Je voudrais ici parler du film ‘les Fagor et les Brandt’ d’Anne Argouse et d’Hugues Peyret qui traite de l’exemple de la M.C.C (Mondragon Corporacion Cooperativa) et  est riche en enseignement sur la difficile cohabitation des systèmes coopératifs et capitalistes. La M.C.C est un rassemblement de coopératives de la vallée de Mondragon dans le pays basque espagnol. Cette entreprise peu commune a été fondée par un prêtre républicain quelques années après la seconde guerre mondiale.  Mais commençons par le début, qu’est-ce-qu’une coopérative ? C’est un peu le contraire d’une S.A (société anonyme). Les employés possèdent une part du capital de l’entreprise  (ils doivent donc payer à l’embauche !). Chaque décision est soumise au vote et chaque homme vaut une voix. C’est un système démocratique et a priori peu soumis à la technocratie. Bienfait de la démocratie, l’échelle de salaire varie dans des proportions de 1 à 6 alors que dans les entreprises de taille équivalente les échelles de salaire varient de 1 à 1000. L’ouvrier M.C.C gagne donc plus que l’ouvrier moyen et le cadre M.C.C gagne moins que le cadre moyen. Ainsi le niveau de vie de tous est élévé. Ce qui rend la M.C.C unique et particulièrement intéressante c’est d’être à la fois une coopérative et la 4ième entreprise d’Espagne. En fait, la M.C.C regroupe 120 coopératives dont une banque et une université et compte 70.000 employés dans le monde. De cette taille découle l’existence d’un conseil recteur, une instance décisionnelle élue (ça y est la technocratie accourt à grand pas). Mais cette taille est aussi, par opposition au cas des Lip en autogestion obligés de voter des licenciements, un atout majeur. C’est bien le groupement des coopératives qui a permis depuis les années 50 la survie de ce système. En effet, dès qu’une coopérative est en difficulté et doit licencier alors une autre coopérative embauche. En cas de problème majeur les employés votent une baisse de salaire.

Mais revenons au film, il parle plus spécifiquement du cas de la coopérative Fagor, une des divisions les plus anciennes de la M.C.C. Fagor fabrique des machines à laver. C’est un secteur ultra concurrentiel, comme on dit. Pour lutter contre la concurrence, les employés ont dû voter successivement: gel des salaires, difficile rationalisation du travail et recours à l’interim pour fonctionner en flux tendu. Cela n’a pas suffi. Il y a un vrai problème d’échelle face à la concurrence, au niveau de la distribution, des matières premières...  Fagor s’est donc résolu à racheter le français Brandt. Une fusion-acquisition, avec plan de restructuration, qui semble bien loin des idées progressistes fondatrices des coopératives. En effet, pour des raisons juridiques, économiques, sociales et culturelles,  Brandt ne sera sûrement jamais une coopérative. Les 3500 socios de Fagor deviennent donc les patrons des 3500 employés francais ! Comment en-est-on arrivé là ? La pression capitaliste me direz-vous, oui bien entendu. Cela vient aussi, et cela se voit très bien dans le film, du mal dont souffrent toutes les démocraties actuelles : la prise du pouvoir par une technocratie qui s’érige en intermédiaire incontournable et nécessaire entre les votants et les décisions.

La conclusion de mon texte ne sera pas sur la confiscation de l’exécutif par une minorité mais plutôt sur la nécessité de l’extension au domaine politique de ces idées. C’est bien ce confinement au domaine économique qui met aujourd’hui Fagor en danger moralement et physiquement. Il faut donc encore et toujours s’engager et militer ! En guise de deuxième conclusion, un brin plus optimiste. Il serait malhonnête de dire que le capitalisme a triomphé de la coopérative. D’abord le plan de restructuration est ‘social’, seulement 150 licenciements (sur 3500 employés) et aucune fermeture d’usine. De plus, deux ans après, les dettes de Brandt ont été effacées et l’entreprise n’est plus en danger.

Mathieu Cossutta

 

 

 

 

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18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 16:34

Richard Wright est mort lundi dernier. Ce nom ne vous dit peut-être rien, ou vaguement quelque chose. Il est pourtant l’auteur d’une de plus belle chanson jamais écrite : The great gig in the sky… Non, toujours pas ? He bien, « Rick » était le claviériste des Pink Floyd. Contrairement à Roger Waters (le chef d’entreprise) ou David Gilmour (le virtuose top model), Richard Wright était plutôt discret et « décalé ». Il a fumé une fois, en 68, avant un concert, et n’a ensuite pas pu jouer une seule note !

 En fait, les Floyd étaient un peu à son image. Il insufflait cet esprit « planant », cette réflexion mélancolique sur son époque qui a souvent manquée aux groupes de cette période. Nous sommes effectivement en 65 quand il crée le groupe (avec R. Waters et S. Barrett). La tendance est alors à la psychadélie. Mais, après le départ de Syd Barrett et l’arrivée de David Gilmour (guitariste) le groupe se détache progressivement de tout effet « mode ». En témoigne notamment Atom Heart Mother (68), sorte d’ovni musical aux aspirations transversales, dont la vache en couverture marquera pour longtemps les esprits. Kubrick lui-même voulait l’utiliser pour Orange Mécanique, ce qui lui a été refusé. Mais c’est, selon moi, avec Echos (sur l’album Meddle, 71) que Wright donne le « ton » au groupe. Celui-ci jouera cette chanson en « live » (mais sans public !) à Pompéi. La video existe, est superbe, et contient, entre les pistes, quelques belles interviews et un making of. La consécration viendra ensuite avec les connus Dark Side of the moon et Wish you were here dont Shine on your crazy diamonds reste un des summum du rock progressif.

Le making of du Dark Side existe en video et contient quelques morceaux d’anthologie, notamment le contexte de la composition de The great gig in the sky. Nous sommes en 1972, aux studios d’Abbey Road. Wright, quelques jours plus tôt, a imaginé les premiers accords du morceau, sur fond de blues, à la Miles Davis qu’il admirait. Lui, Waters et Gilmour ont voulu aborder les « grands thèmes de l’existence » dans leur album et Wright doit composer sur la mort. Il pense attribuer la partie chantée à une chanteuse extérieure, sans parole ni consigne précise. Clare Torry est l’une des chanteuses qui se sont présentées. Ils lui ont simplement dit : « pense à la mort, à l’horreur, et chante ». Il en est ressorti une improvisation magique et une Clare décomposée les regardant tous les 3, encore sous le choc, leur disant seulement « je suis désolée ». Et Waters de répondre, « non, c’était parfait ».

La page des 70’ se referme petit à petit. Les albums deviennent des « classiques ». On s’y réfère souvent, on les écoute parfois, mais on les joue peu. Car ces années continuent de véhiculer l’image des hippies et des tarpés. De nombreux artistes ont cependant vécu cette période de façon beaucoup plus réfléchie et leurs compositions méritent des écoutes plus attentives qu’il n’y parait. Wright étaient l’un d’eux, assurément.

 

Sylvain Bineau

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