Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Clair-obscur
  • : Créé par l'association Areduc en 2007, Entre Les Lignes propose un regard différent sur l'actualité et la culture en France et dans le monde.
  • Contact

Dossiers:

Les dossiers Clair-Obscur:

Rechercher

10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 14:24
A l'heure où  "baril à $100", "crise aux USA" et  "stagflation" sont devenus des lieux communs, et où Courrier Internationnal  titre sur la décroissance, il me semble judicieux de faire un point sur notre rapport à la situation économique actuelle.

Pour résumer, disons que nous sommes dans une phase "ouverte".

Deux exemples pour comprendre ce qui est en jeu: l'énergie et la R&D, soit deux des secteurs les plus en amonts de notre économie.

Conscients que les ressources en énergies fossiles viendraient à manquer dans les prochaines années (cf. pic de Hubbert), les grands groupes ont investi dans les énergies "renouvelables". Soyons clairs: elles ne le sont pas. Compte tenu des besoins énergétiques nécessaire à la fabrication, installation, transport et de la durée de vie des éoliennes, panneaux solaires et autres nouvelles technologies et vu qu'il faut 10000 litres d'eau pour fabriquer un seul ordinateur, le retour sur investissement énergétique est quasi nul pour ne pas dire négatif. En fait, ces projets s'inscrivent pleinnement dans une économie basée sur la croissance, ils lui ont même donné un second souffle - c'est en effet le seul mot qui sous-tend toute notre économie: "supérieure à 2%" ou c'est la recession, comme le formulaient dèjà les neo-classiques il y a plus d'un siècle... Le buzzword "environnement" est ainsi devenu un facteur de croissance: le paradoxe est grand et les cris poussés par la communauté scientifiques n'ont rien changé. L'homme se retrouve donc face à 3 voies: faire confiance au capitalisme et en sa capacité à trouver des solutions innovantes pour résoudre ses problèmes ou espérer un renversement axiologique et une vision "sage" de notre écosysteme (Voir l'article du Monde sur "l'antropocène" et sur  les perspectives)

Pour ce qui est de la R&D, et plus particulièrement celle des grands groupes pharmaceutiques, le mythe de leur toute puissance financière (cf. The constant gardner, Le carré) est en train de s'éroder. Merk (géant US) a englouti ces 3 dernières années quelques 10 milliards de dollars dans des projets n'ayant donné naissance à aucun médicaments (Vioxx en 2004, vaccin anti sida en 2007). Il en va de même pour Sanofi Aventis et le suisse Roche. D'une façon générale ils ont dépensé 3 fois plus qu'il y a dix ans pour deux fois moins de médicaments produits. Et derrière c'est toute la chaine de consommation qui s'effrite. Les génériques n' "arrangeant" rien.

Pour l'un comme pour l'autre, il s'est agit ces dernières années de repenser globalement le système de fonctionnement: comment sélectionner une molécule "efficace" pour les labo? comment maintenir la croissance avec des ratios énergétiques supérieurs à 1 pour les groupes pétroliers? Pour répondre à ces questions, force est de constater que ce sont les USA qui ont oeuvré le plus (les européens se sont consacrés à des recherches plus "fondamentales") : 40% de la recherche mondiale (défense comprise...) leur sont dus. D'une façon plus générale, ceci révèle (enfin) une prise de conscience de la part des dirigeants : le capitalisme ne peut pas être modélisé par nos économistes puisque ceux-ci sont congénitaux de la croissance (leurs méthodes d'analyses la postuleront donc). Seule la mise en place d'un dynamisme sociologique à la mesure du dynamisme technologique actuel permettra de sortir de cette impasse. En témoignent les campagnes de recrutement acharnées des chercheurs, au CNRS par exemple.

En définitive, tout réside dans cette simple phrase de Latour: le réel est la conséquence de la stabilisation d'un fait scientifique, pas sa cause. Les enjeux à l'échelle individuelle sont grands: l'innovation technologique étant limitée à terme par l'environnement, l'innovation sociologique "peut" prendre le relais et ainsi permettre de changer notre vision du réel, dans sa définition même. C'est cette réciprocité, cette réflexivité, basée sur un raisonemment plus holistique qu'analytique qui nous aidera à passer d'un paradigme à l'autre. "La décroissance" dont on parle en ce moment se base sur une approche de ce type, reste à voir sa viabilité dans les faits.

Sylvain Bineau

nti_bug_fck
Repost 0
23 décembre 2007 7 23 /12 /décembre /2007 16:30

 

 
 
 
            Puisque aujourd’hui la « tendance » est à la démagogie, rendons cet article un peu ludique afin que même la « France d’en bas » le comprenne. Allons-y.
 
            Mon premier est un nain.
 
Mon deuxième est une espèce assez répandue d’asperge.
 
Vous voyez peut être déjà où je veux en venir ? Non ?
 
Bon. Pour les plus lents, je continue.
 
            Mon troisième est l’union iconoclaste de ce nain et de cette asperge dans un pays merveilleux.
 
Où ? Vous dites ? Oui, c’est ça, au royaume de Mickey.
 
            Mon tout est…
 
Bon, je vous souffle la réponse.
 
            Sarkozy et la nouvelle dame de France, Carla Bruni, à Disneyland Paris.
 
Comme c’est touchant ! Ne vous y trompez pas chers Français, nous vivons une époque inédite. Désormais ce qui compte, ce ne sont plus les mesures que l’on prend mais plutôt l’image que l’on renvoie. Notre Georges Clooney national n’en est plus à faire de la pub pour Nescafé mais bien pour lui-même. Il s’affiche donc avec un top-modèle. Yeah, quelle classe !
 
            What else ?
 
Un top-modèle de gauche s’il vous plaît.
 
Décidément, il n’a pas fini de nous surprendre, Mister Président. Quel talent ! Et si cette jolie romance survient à Noël, après la venue du gentil Khadafi, ce n’est sûrement pas pour nous faire oublier les droits de l’homme. Non ! C’est tout simplement pour nous démontrer que les médias n’ont aucune prise sur Nicolas, comme il le prétend dans le Nouvel Observateur du 13 décembre. 
 
Welcome to Starkozy Academy!
 
 
Aurélie Stern    
Repost 0
23 décembre 2007 7 23 /12 /décembre /2007 12:56
(Modeste contribution à la lecture d’un film éblouissant !)
 
La morale est triste - hélas !
 
Dans La nuit nous appartient de James Gray, elle a quelque chose de rigide, d’étriqué, d’un peu minable même.
 
Si le film s’ouvre sur une torride scène de sexe, à string rabattu,et se poursuit sur la plongée triomphante de Bobby Grusinsky (Joaquin Phoenix) dans sa boîte à succès, il nous mène ensuite dans un contre-univers désolant. Là, une musique tonitruante, des corps en folie,une jouissance frénétique. Ici, une salle sinistre où des hommes en uniforme rendent hommage à leurs collègues flics tombés au combat.

            Tout le film repose sur cette opposition atterrante.

Un père-flic, blême, raidi dans son intransigeance, redoutable Commandeur, exige d’un de ses fils ce qu’il a obtenu de l’autre : le sacrifice entier de sa personne à la Loi. Un fils a plié. L’autre se rebelle. Il préfère à ce papa-bâton, le gentil papa russe, tout calme, tout généreux, qui offre, avec la direction de sa boîte, la puissance, l’argent, le plaisir…Et Bobby plonge avec délice dans cet univers facile où le fric, l’alcool, le foutre, la drogue coulent à flot.

            James Gray nous laisse ébahis devant ces deux mondes, dont l’un est l’envers absolu de l’autre. Quand le sacrifice s’accomplit, le héros bascule. Déjà chaviré par la chute du frère, il rompt totalement les amarres dès la mort du père. Mickael Corleone, dans Le parrain de Coppola, avait rejoint la mafia en voyant le père s’écrouler sous les balles. Bobby choisit la police quand le sien rend l’âme.
 
            Le sort du Fils semble être de remplacer le Père ; et c ‘est au Fils le plus éloigné du Père en apparence-le « Fils terrible » - qu’échoit ce Devoir. Dans les deux films, il y perd son individualité, sa liberté, ses convictions. Mickael Corleone, dans Le Parrain 2 devient un sombre héros, impitoyable et glacé. Bobby, de la même façon, semble se « solidifier », se murer dans son acceptation. Pendant que les « Fils dociles » s’écroulent ou quittent le terrain, les « Fils rebelles »adhèrent totalement à un univers mortifère et se sacrifient sans broncher.
 
            Mais au-delà des apparences, la situation de ces deux héros est-elle la même ?
 
Corleone, au nom de la « Famille », sème l’horreur autour de lui et, d’ailleurs, perd les siens : frère, femme, fille…
           
Bobby rejoint un obscur combat contre un univers putride, où, peut-être, il perdra la vie et dont, de toute façon, il ne tirera aucune gloire. Le génie de ce film est de nous confronter à cette absence d’héroïsme triomphant. Le vice est vulgaire, la vertu est humble et cahotante. Pourtant… Le choix du héros est un cheminement ardu, christique, contre la pourriture du fric, et le film se clôt sur les paroles d’amour qu’échangent les deux frères.
 
            Emouvante lueur dans ces ténèbres douloureuses.
 
Un grand film. Un vrai moment de bonheur.             
                                                                                           Josiane Lopez
Repost 0
16 décembre 2007 7 16 /12 /décembre /2007 23:47

Carla-Sarko.JPG

Et la France de sombrer. Reagan, Schwarzy… on s’y met tranquillement nous aussi.

Mais pourquoi ?

(Non, non, il ne s’agit pas d’un coup de gueule Fun Radio teinté de désespoir prépubère, mais bien d’une vraie interrogation)

La faute au bien-être et à la démocratie… si, si…

Eh oui, l’être humain, comme tous les animaux, mobilise son énergie pour survivre. L’équivalent moderne de cette assertion serait « Aujourd’hui, chérie, j’fais l’ménage, toi les courses ». On peut, sans avoir recours à une littérature très spécialisée, dire que nous sommes loin de fonctionner à 100% de nos possibilités… Et le boulot me direz-vous ! Un p’tit discours, pas mal de copier-coller, de l’internet, des pauses cafés… non, soyons sérieux…

Bref, ne mobilisant que 5% de notre potentiel pour vivre, il nous en reste beaucoup. Pour ne pas l’investir dans des objectifs fâcheux, « on » nous donne du divertissement. Nicolas met lui-même la main à la pâte dans cette lourde tâche, soyons-en lui reconnaissants…

Mais, alors, quid des « objectifs fâcheux » ? Changer de feuille de route pour certains, revenir au précédent check-point pour d’autres, changer de cap pour nous… ou simplement faire en sorte que la France ne soit plus le 3eme producteur d’armes au monde, par exemple, signe l’accord contre les mines anti-personnelles…

Autant de manœuvres paradoxalement anti-démocratiques car s’opposant à toute forme de « croissance » au sens économique – croissance faisant actuellement l’unanimité (2%, 3% ?). Comment accepter effectivement qu’après 5 ans de travail « acharné » pour s’offrir un 4x4, celui-ci ne soit plus sur le marché ? Et qu’en fin de compte, il n’y ait plus de marché du tout ? Impossible, répond Dédé, j’veux mon 4x4, c’est Bobonne qui va être contente, elle aime être en hauteur…

Alors, quel sacrifice ?  Quel choix ? Une bonne conscience ou un 4x4 et les paillettes de Nicolas ? On peut assumer qu’on se fiche totalement du petit mutilé asiatique qui a sauté sur une bombe française… même si dans une époque très « morale », cela paraît difficilement tenable. On peut aussi essayer de mettre cette morale en accord avec nos actes, en s’opposant à tous ceux qui auront fait le choix du 4x4 : demain, tous tyrans ?

Agissons au niveau individuel, le collectif suivra. L’acte a toujours précédé la décision qui n’est que la confirmation a posteriori d’un état de fait. Alors, n'ayons pas peur de prendre nos libertés, en gestes et en paroles, le système se réagencera de lui-même, vous verrez.

 

Sylvain Bineau

Repost 0
15 décembre 2007 6 15 /12 /décembre /2007 10:49
 
...Moralité tombe à l’eau.
 
 
Caligula de Tinto Brass et Bob Guccione
 
 
 
            Le film Caligulavient d’apparaître en DVD sur nos rayonnages. Un vent de scandale accompagne cette sortie, celui qui soufflait déjà avec rage sur le tournage en 1979. Il faut présenter en quelques lignes cette stupéfiante production avant de plonger dans ses tréfonds. Caligula est peut-être avant tout une énigme, un projet d’une audace renversante. C’est d’abord une superproduction au budget colossal et un péplum au casting royal (Peter O’Toole le mémorable Lawrence d’Arabie, Helen Mirren de La Royal Shakespeare Academy). Un signe avant-coureur cependant : l’empereur Caligula sera interprété par un acteur dont le nom avait déjà été associé à un projet sulfureux : Malcolm McDowell, le Alex d’Orange Mécanique.
 
Caligula, par sa taille, par le foisonnement de costumes, de figurants et de décors, n’a rien à envier au Ben-Hur de William Wyler ou aux films fastueux de Cecil B DeMille. Mais à une différence près (et non des moindres), il s’agit de mettre en chantier ce film d’une heure quarante et de mobiliser pendant plusieurs semaines tous les talents du moment pour raconter l’histoire d’un fou, la trajectoire suicidaire d’un empereur tyrannique et paranoïaque. En toile de fond, une société décadente rongée par la vulgarité et la maladie. Voilà l’ambition de ce long-métrage : mettre en scène de la façon la plus spectaculaire qu’il soit un chapitre maudit de l’histoire et retracer avec force le règne bref et sanguinaire de Caligula.  
 
            Mais Caligula est ce genre de film que les gens attendent impatiemment sans en assumer les raisons ni les conséquences. On apprend, alors que le tournage se déroule dans le secret le plus total, que Penthouse, une des grosses pointures dans l’industrie du porno, est mêlé au projet. La traque des journalistes en quête de scoops commence. Ils seront systématiquement repoussés. Caligula sera donc un film attendu mais, à sa sortie, impitoyablement censuré. Il déchaînera les passions, les haines, et deviendra finalement la superproduction la plus scandaleuse de l’histoire du cinéma.
 
Passons à présent à l’analyse.
 
            Comme tout film provocant, Caligula est d’abord très visuel. On sent presque dès la première scène que les réalisateurs cherchent à nous gifler, à nous malmener en nous lançant au visage des images d’une sensualité et d’une crudité surprenante. Le film s’ouvre sur un pré générique où l’on découvre un couple très légèrement vêtu en train de se poursuivre dans une forêt. Les deux jeunes gens finissent en riant par se rejoindre et s’unir. A travers les toges et les robes flottantes, les corps se dévoilent. Les poils pubiens apparaissent, les seins roses et pointus émergent du drapé. La scène est rayonnante et joyeuse. La musique est extrêmement douce. Cependant, le spectateur ressent une gêne. Il se dégage de cette scène idyllique, un étrange sentiment de malaise. Il ignore encore que le couple est incestueux et qu’il s’agit en réalité de Caligula et de sa sœur Drusilla dont il est éperdument amoureux. Toute l’ambiguïté du film est dans cette scène. Les personnages semblent libres et épanouis. Ils exhibent avec allégresse leur corps. Le spectateur ressent cette joie mais il y participe en voyeur. C’est le talent du scénariste Gore Vidal et celui du réalisateur qui est à l’œuvre. Ils distillent avec habileté les éléments qui vont créer le drame et nouent avec le spectateur une relation faussée. Le parti pris est évident. Nous ne serons jamais en osmose totale avec ces personnages car nous sommes pieds et poings liés à la morale. Le couple est alors au-delà puisqu’ils piétinent sans gravité le tabou de l’inceste. Le spectateur attiré par la sensualité des corps se met brusquement à regretter d’être un individu moral. En une scène, Tinto Brass introduit une problématique essentielle : la liberté est-elle une forme d’amoralité ? 
 
            Les scènes suivantes vont approfondir cette brèche. Caligula, après avoir ordonné le meurtre de son grand-père qui régnait en tyran, se révèle de nouveau épris de liberté. Il incarne, mais cette fois à l’échelle politique, une forme de contestation, une remise en cause de la règle. Il n’aura de cesse, une fois empereur, de fragiliser les institutions totalitaires et de traquer les personnalités puissantes qui tirent dans l’ombre les ficelles. Le Sénat est assez rapidement un de ces farouches ennemis. Dans une des scènes les plus mémorables du film, il impose aux femmes de sénateurs de se prostituer. Le rire de Caligula, cruel et pervers, recouvre ainsi une vengeance sociale puisque n’importe qui (riche comme pauvre) peut venir « posséder » la noblesse. L’amant amoral de la première scène était irrémédiablement appelé à se transformer en empereur amoral
 
Ce n’est pourtant pas exactement cette trajectoire qu’il suivra. L’amoralité assumée de Caligula était toujours, pour lui, le garant de sa liberté totale. Il pouvait s’y complaire tant qu’il n’avait pas de responsabilités. Mais lorsqu’il accède au pouvoir, il devient brusquement la règle. Lui qui s’y opposait farouchement se voit incarner la morale. Les têtes se baissent sur son passage, les regards se posent sur lui mais surtout les oreilles attendent des ordres, des conseils de sa part. Le déclin de Caligula commence. Il essaye donc de passer d’une logique individualiste contestataire à une démarche révolutionnaire collective. Caligula commet alors une erreur terrible. Il est persuadé qu’il pourra représenter le pouvoir tout en le niant, incarner la règle tout en la transgressant, demeurer libre tout étant empereur. Son fantasme est si encombrant qu’il change sans s’en apercevoir. De contestataire, il se transforme en tyran. Et comme il hait la règle, il apprend à se haïr lui-même. Il fait exécuter ceux-là même qui le soutiennent et qui lui ont permis d’accéder au pouvoir. L’arrestation de Macron est à ce titre significative. Macron est l’homme qui a assassiné Tibérius pour lui. Une fois au pouvoir, Caligula veut éliminer l’homme qui l’a, d’un certain point de vue et à son insu, précipité dans une impasse. Car pour Caligula il n’y a pas d’issue. Plus les gens l’aident et plus ils le font souffrir. Plus ils le soutiennent et plus il les hait.
 
Le coup fatal lui est porté lorsqu’il assiste impuissant à la mort de sa sœur Drusilla. Elle était ce qu’il avait fait de plus audacieux et de plus pur : rester moral dans l’amoralité, faire de cet inceste une véritable histoire d’amour. Drusilla morte, Caligula se retrouve confronté à lui-même. Il n’est plus qu’un tyran qui déteste la règle, un empereur qui déteste l’empire, un homme puissant qui ne se sait que faire du pouvoir. Il n’a plus qu’une solution : la folie. Il exige de ses soldats qu’ils se déshabillent et, épée à la main, il les envoie charger dans la mer. Derrière cet acte dément, demeurent encore sa haine et son mépris pour les hommes qui marchent au pas. Mais il sait que, jusqu’à sa mort, il sera responsable de ces esclaves.
 
            Lorsqu’un homme évolue dans un milieu qu’il abhorre, occupe une fonction qui le ronge et dirige une humanité qu’il méprise, il est appelé à mourir. L’épisode final, violent et brutal, met en scène son assassinat commandité par les sénateurs. Mais il s’enfonce lui-même l’épée dans le corps pour mettre un terme à cette vie qui demandait de la liberté là où il y avait de la règle. Caligula est devenu fou parce qu’il n’a pas résisté à la tentation de se creuser une place dans un monde qui ne lui correspondait plus. Caligula était d’un autre temps. Un homme plongé dans l’absurdité du monde et qui n’a pas trouvé de solution.

Valère Trocquenet   
  
 
 
Repost 0
10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 20:47

Enfin, plus pour longtemps. En quinze ans la récolte des apiculteurs a chuté de 75%. Les abeilles partent des ruchers pour ne plus en revenir.
 

Alors du coup, ben on mangera plus de miel… reste la confiture vous m’direz…
 

Sauf que comme le disait Einstein, « si les abeilles venaient à disparaître, l’espèce humaine serait menacée 3 à 4 ans plus tard ». Car elles représentent le principal agent pollinisateur de la planète, soit la base de la chaîne alimentaire dont nous sommes un des derniers maillons.

 

Alors, on invoque les pesticides bien sûr, mais aussi les téléphones portables (les abeilles utilisent pour s’orienter et ainsi retrouver la ruche les mêmes fréquences que nos chers mobiles), le frelon asiatique aussi.

Un vaste plan a été lancé (ALARM), alors tentons de faire en sorte qu’il soit respecté afin de retarder de quelques années encore notre fin déjà bien imminente…


Pour en savoir plus !


SB





Repost 0
5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 17:05
 
American gangster de Ridley Scott
 
 
 
 
Certes, le dernier film de Ridley Scott vient après le Parrain de Coppola, après les Affranchis de Scorsese, après Scarface de De Palma. Certes, le genre a été exploité et surexploité. Certes, le schéma même du film (parcours alterné entre un flic égaré et un malfrat serein) est déjà celui de Heat de Michael Mann. Mais il y a une profonde différence entre ces « modèles », ces « classiques » dont les cinéphiles reconnaissent aisément la puissance et l’audace. Nous pourrions même parler de rupture tant le message de Scott dans American gangster est résolument nouveau.
 
Le film de gangster a toujours été déterministe, le film de Scott est volontariste. Je m’explique.
 
Le film de gangster était, depuis son origine, une revanche des pauvres et des opprimés sur le système capitaliste. Une revanche et non une révolution ni un dépassement. Il s’agissait seulement (ce qui est déjà une victoire) d’être calife à la place du calife ou plutôt de traiter à arme égale avec les puissants de ce monde lorsqu’on était cubain, italien ou noir sur le sol américain. Vito Corleone, incarné avec la maestria de Brando, est l’image même du petit Sicilien qui, après avoir débarqué à Ellis Island, est confronté à l’intolérance des natifs américains et à l’injustice. Les films de gangsters se sont donc toujours attaqué à la morale bien sûr : dans cette société inhumaine, les opprimés ne peuvent faire entendre leur voix qu’en prenant les armes. Le premier meurtre de Vito Corleone dans Le Parrain II est à ce titre éloquent : il tue d’une balle de revolver un parrain local qui terrorise les commerçants de son propre quartier. Il a alors une vingtaine d’années et il est employé dans une petite épicerie régulièrement rackettée par ce malfrat. Le premier crime de Corleone, celui là-même qui l’entraînera dans la spirale de la violence et du grand banditisme, était en réalité un acte héroïque. Mais Coppola ne nous le révèle que dans la deuxième partie, après nous l’avoir montré responsable des meurtres les plus atroces dans la pénombre de son bureau. Tout le pessimisme de Coppola est dans cette scène. Les héros se transforment à leur tour en bourreaux car seuls les bourreaux en puissance peuvent lutter contre les bourreaux.
 
Voilà le réel message, sombre et angoissant, des films des années 70. Le gangster est le fruit d’une fatalité, d’un conditionnement à la violence et à la haine. Il n’est pas un progrès, il finit d’ailleurs toujours par sombrer, menacé sans cesse par les balles des jeunes opprimés dont la rage est prête à éclater et qui attendent leur tour. La fin de L’Impasse, l’un des films les plus aboutis de De Palma en est une parfaite illustration. Benny Blanco, le jeune homme du Bronx, assassine lâchement le vieux Carlito Brigante sur le quai d’une gare. C’est tout le système capitaliste qui est à l’œuvre dans cette scène. L’humain n’est pas une valeur et lorsque le corps vieillit et s’épuise, on est remplacé et bien souvent de force. C’est ce qu’exprime le regard fatigué d’Al Pacino avant de mourir. Il sait qu’il a été broyé par le système. Leader toute sa vie, il n’était en fait qu’une victime, un maillon que l’on remplace dans la grande chaîne du capital.
 
La première partie d’American gangster est donc à ce titre une phase de reconnaissance. Le spectateur retrouve les codes du Milieu qu’on lui expose avec brio, il retrouve l’ascension du petit noir de Harlem qui attend sa revanche, il retrouve le personnage du flic entêté et solitaire inauguré par Gene Hackman dans French Connection. Cette première partie est celle de la révérence aux modèles déterministes. Les personnages ont des rôles que nous connaissons, occupent une fonction qui ne nous surprend pas. Le conditionnement est roi. Chaque individu, qu’il soit flic ou gangster, se laisse porter par son code, par son milieu. Il n’y a pas de flottement dans la tête de Denzel Washington ni dans celle de Russel Crowe. Le noir sait qu’il accède au Pouvoir, le blanc sait qu’il incarne la Loi. Ou du moins doit-il l’apprendre. Une phase importante dans l’évolution de Russell Crowe est celle du tribunal où il renonce à la garde de son fils. L’individu se plie enfin tout à fait à la règle. Il a été un père absent et un mari libertin, il ne peut prétendre à la victoire. Il doit s’incliner. Comme Denzel Washington de son côté. Il faut aussi se plier à la règle du tueur. Il faut tuer. La scène du meurtre en pleine rue est à ce titre significative. Le gangster, sans émotion, accomplit son devoir machinalement. Il quitte la table où il était en compagnie de ses frères, sort du bistrot et va exécuter froidement son principal rival. Il revient paisiblement terminer son repas. Personne n’est libre. Si le film de Scott s’arrêtait à cette première partie, nous pourrions affirmer qu’il n’apporte rien au genre ni à l’histoire du cinéma.
 
Mais justement le film se poursuit.
 
Et c’est dans la deuxième phase, la plus belle, que l’originalité du propos prend toute son ampleur. Lorsqu’on a pris la peine de nous montrer, avec un tel soin et un tel réalisme, la tyrannie des codes, il y a deux façons d’achever son histoire :
 
L’affrontement, avec une victoire franche d’un des deux côtés (le flic gagne et le gangster meurt ou bien le gangster gagne et le flic est humilié) et on se révèle une fois de plus déterministe.
 
 L’osmose, c’est-à-dire l’option la plus courageuse qu’il soit, où tous les masques tombent et les codes volent en éclats, où brusquement le flic et le gangster se découvrent des affinités et renoncent à leur rôle.
 
Michael Mann, dans Heat, avait déjà opté pour la seconde solution mais à la dernière minute. Deux mains qui s’étreignent juste avant la séparation. Celle du gangster agonisant et celle du flic, triste d’avoir vaincu. Mais le film s’achevait sur cette image tragique. Les rôles les avaient opposés alors qu’humainement ils étaient très proches. Le masque était tombé mais trop tard. Le flic avait tiré sur l’homme qu’il respectait. Michael Mann refusait de sortir de la logique déterministe. Le rôle que la société nous a donné nous colle à la peau jusqu’au bout. C’est ce qui fait la beauté de son cinéma. Michael Mann est certainement notre plus grand tragédien.
 
Ridley Scott, quant à lui, choisit de dépasser la tragédie et nous livre dans une des plus belles scènes du film, celle de l’interrogatoire final qui réunit le flic et le gangster, le message le plus inattendu mais le plus optimiste aussi. Il est possible de dépasser les codes, de sortir du système des oppositions et de se retrouver enfin entre humains. Après deux heures de pressions et de frustrations (le gangster devait surveiller son costume, son langage, le flic devait se justifier devant ses collègues) le jeu infernal du gendarme et du voleur est enfin terminé. Les individus retrouvent leur humour, leur intelligence, et s’affranchissent de leur condition qui leur collait à la peau. American gangster est en réalité la redécouverte de l’humain derrière les masques. Le spectateur, en osmose avec chacune des images, est soudain parcouru d’un frisson. Il vient de penser aux autres films de gangsters qui lui rappelaient le tragique et la division des êtres. L’interrogatoire final donne à méditer. Et si nous avions, tous, ce visage souriant et ce regard complice, si enfin nous nous débarrassions de nos masques et redevenions des hommes libres.                     
 
 
                                                                                                         Valère Trocquenet
Repost 0
28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 17:26
 

Je suis heureux de te lire. Mais je ne suis pas d'accord sur le problème de la morale.
D'une, le moraliste sera troublé par Cronenberg et pas par Scott, si seulement il va voir ces films après avoir vu les bandes annonces.
Pourquoi ?
Parce que dans le Cronenberg, Naomi Watts est fascinée par la puissance, la beauté, la démarche du gangster.
Pas Russel Crowe pour Denzel Washington.
Parce que chez Cronenberg, il y a comme dernier plan, ce travelling avant en contre plongée d'une élégance prodigieuse sur le "faux gangster" devenu roi de la Mafia.
Russel arrête Denzel chez Scott. Il le fait même travailler pour lui pour le BIEN ! Pour arrêter les flics corrompus.
Donc dans le premier, les promesses de l'ombre sont tenues. Le côté du mal (violeur, mac, assassins) donne son lot de pouvoir et de richesses à qui a assez de cynisme : voir la GUEULE que fait Viggo quand il coupe les doigts d'un "gênant".
Dans le deuxième, le black qui a été le serviteur docile du plus grand gangster d'Harlem deviendra à son tour l'ennemi numéro 1 de USA parce qu'il "représente le progrès". Mais il finit à zéro. Parce qu'il y a un BON flic en face. Un flic à la Willis comme tu dis. L'honneur chez Ridley Scott est toujours quelque chose de très présent : le Grand Chevalier de Kingdom of Heaven, le Bon Gladiateur qui rend la ville aux autorités compétentes. Le mec qui a 10 000 000 dollars sous les yeux et qui ne les empoche pas. Il est droit comme un "i", contrairement au 3/4 des agents SPECIAUX. Tellement droit qu'il refuse la garde de son gosse parce qu'il sait être nocif pour lui. 
Chez Cronenberg, les personnages secondaires ont des défauts qui frappent. Le Racisme du père, qui est "une bonne gens" est frappant, déroute. La gentillesse de Ben Gazzara est paradoxale. Peut-être pas très originale, mais plus gênante que la semi-imperfection de la Mère du gangster dans American Gangster

Les titres en disent plus long que tout ce que je viens d'écrire. Chez Scott, on est droit. La conquête du rêve américain ne saurait se faire sans être un salaud. Le bon flic reste en bas, et l'accepte parce que c'est le code de l'Honnêteté. Le "Bon" truand repart à zéro (voir le plan qui suit le générique de fin !)... on respecte les conventions morales dans ce film. Tout le monde reste à sa place. Le moraliste devrait être ravi que par ces temps de répression, il y ait de "grands" réalisateurs qui, obligés de faire place aux gangsters, arrivent à véhiculer un message politique répressif. Il ne faut pas essayer de lutter contre la machine, car voyez comme la machine est droite, et respectable, et...
Cronenberg déjoue tout cela. L'Agent infiltré devient le Roi des Mafieux, parce que la machine n'a pas voulu le suivre dans la violence qu'il fallait déployer pour lutter. C'est tellement cynique et insupportable que les gens rient quand il voit un ciseau se planter dans l'oeil d'un gros type en cuir.

Valère, tu devrais lire La théorie des Genres de Raphaëlle Moine où elle travaille notamment sociologiquement sur la fonction de communication de valeurs des films de genre. 
HEAT de Michael Mann est le plus grand film de gangster. Ce n'est pas gratuit de ma part. C'est juste à mettre en rapport avec ce qui vient d'être énoncé.

Pascal Leroueil
Repost 0
21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 11:45
               Notre pays traverse une nouvelle phase de la crise qui affecte le système capitaliste-libéral. Seuls quelques observateurs myopes, pour des raisons qu’il ne nous appartient pas de déterminer ici, veulent y voir un simple mouvement social motivé par des préoccupations corporatistes. La crise est totale. Elle l’est tellement qu’à la limite on ne la voit plus : on la vit.
 
            Ce n’est ni la première, ni la dernière crise totale de notre histoire. Les parallèles avec de grands précédents historiques de fins de régimes seraient certes passionnants à faire : ils ne sont pas notre propos. Cette crise a un visage nouveau. C’est ce visage que nous voudrions peindre dans ces quelques lignes, afin de comprendre ce que nous vivons exactement et, partant, ce que nous pouvons faire.
 
            Il faut peser chacun des mots que nous venons d’employer.
 
            La spécificité de cette crise est qu’elle semble molle. Elle a commencé, tous les manuels d’histoire vous le diront, au milieu des années soixante-dix. Il semble qu’elle puisse durer éternellement. C’est précisément là que nous nous trompons. L’erreur, c’est de croire qu’il n’y a rien à faire.
 
            Des gens font grève, des étudiants bloquent les universités : ne sont-ils pas en train de faire ?
 
            Ils sont dans l’action. Et l’action les porte. Ils comprennent ce faisant qu’ils ont raison de bloquer, de manifester – au sens où l’on peut parler d’une raison de l’Histoire. Mais, on le sait, la raison de l’histoire n’est pas ce que nous appelons communément la raison. On pourrait même dire qu’elle n’a rien à voir avec quoi que ce soit de raisonnable : elle est une aspiration, un désir. Un rêve. Le mot, et c’est un signe qui doit nous réjouir, est apparu lors de la précédente crise contre le CPE.
 
            Là, nous tenons une clef.
 
            D’où vient en effet qu’on pense ne rien pouvoir faire ?
 
            Cela vient de ce que les individus (comme on dit), pris isolément dans la société, ne voient pas ce contre quoi ils pourraient bien lutter. N’ont-ils pas un travail, ou bien, s’ils n’ont pas de travail, n’ont-ils pas des subsides qui leur permettent de survivre ? N’auraient-ils pas beaucoup à perdre à protester, à vouloir tout changer ? Que diable pourrait-on mettre à la place de cette société-là ?
 
            Les manifestants dans les défilés, les étudiants dans les facs bloquées (nous en avions rencontré en avril 2006) ne se posent plus cette question. D’abord, parce qu’ils sont ensemble. Ensemble, ils prennent conscience qu’il y a quelque chose à faire.
 
            Nous disons bien : quelque chose à faire, non pas seulement quelque chose à dénoncer. Le capitalisme d’aujourd’hui n’est plus le capitalisme d’hier : il est libéral, c’est-à-dire non coercitif. Il n’empêche rien, mais il ne permet rien non plus. Et c’est là la raison de la crise.
 
            Pris isolément, chaque individu se débrouille. Il trouve un travail, il vit au mieux de sa retraite, il trouve des aides pour nourrir sa famille. Bref, du point de vue de la stricte nécessité, on pourrait dire qu’il ne manque de rien.
 
            Mais la vie, ce n’est pas avoir besoin de quelque chose.
 
            Cela fait belle lurette que nos sociétés garantissent à tous leurs membres le nécessaire.
 
            Mais rien de plus.
 
            Qu’est-ce donc que ce plus que nous sommes tous en droit d’attendre ?
 
            La possibilité d’agir. De créer quelque chose de neuf, et de le créer ensemble.
 
            Nos désirs ont, depuis trente ans, déserté la société dans laquelle on vit. Quoi qu’on fasse, on a l’impression que cela ne changera rien.
 
            Pourtant, il y a un objectif que nous n’avons pas encore atteint, un possible qui subsiste. Et pas des moindres.
 
            Ce rêve qui s’offre à nous, c’est l’égalité.
 
            Pour les uns, cela signifie vivre mieux, pour les autres aider les premiers à vivre mieux, pour tous, c’est inventer.
 
            Ce que nous venons de dire porte un nom : c’est la politique.
 
            Et la voilà, la raison pour laquelle on ne voit pas ce qu’il est possible de faire sur le plan politique en France, aujourd’hui : c’est qu’on croit qu’on peut lutter contre la « politique de Nicolas Sarkozy ». Mais Nicolas Sarkozy n’a pas de politique. La politique, c’est avoir une vision d’ensemble de la société, et déterminer ce qu’il reste à faire. Or, Nicolas Sarkozy n’a pas de vision d’ensemble : la preuve, il s’attaque aux régimes spéciaux. Il bricole depuis qu’il est élu. Pire : il accentue encore les inégalités sociales. Il donne plus à ceux qui ont trop, et il augmente les prébendes d’une « classe politique » qui est une absurdité dans les termes : il ne peut y avoir une « classe politique ». La politique, c’est l’œuvre de tous, pour le bien de tous.
 
            Alors, prenons le problème à bras-le-corps, et attelons-nous à la tâche. C’est peu dire qu’il y a de quoi faire. La raison d’être de ce blog, c’est ce projet tout à fait déraisonnable : réinvestir ensemble le champ politique, court-circuiter peu à peu ces mandarins qui ne gouvernent que leur carrière, et écrire une nouvelle page de l’histoire.
 
            Excusez du peu.
 
Florent Trocquenet
 
           
 
           

 

Repost 0
21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 11:26
 
sarko1.jpg
 
 
Il n’y a plus qui que ce soit pour croire quoi que ce soit avec conviction dans le paysage politique. Le paysage politique officiel, j’entends. Ça se sent, ça se voit. Il y a pléthore d’opinions, c’est-à-dire des mots flottants, ronflants, que les officiels arrangent, avancent, retirent. On a l’impression des mêmes, exactement les mêmes, à droite comme à gauche, qui bavardent, échangent les places comme on se passe les plats (ça s’appelle l’Alternance) et qui portent furieusement des cravates – jusqu’au fond de la tête ! 

 
            En vérité, ces pingouins endimanchés n’attendent même plus la fameuse alternance pour se ruer sur les postes : caricaturale confusion des partis, « grand cadavre à la renverse ». Là, ça s’appelle l’Ouverture. Ce sont des mots-slogans qui recouvrent de la cuisine. C’est la Drauche. Personnel formaté, interchangeable, bien causant, rodé, toujours doué pour prendre la lumière des projecteurs. De quoi franchement démoraliser les plus ardents citoyens – ces débiles qui croient encore à quelque chose comme une vision du monde, une philosophie des rapports humains, une conception de la société, des valeurs…
 
            C’est le but, d’ailleurs : démoraliser. Faire que les choses soient molles, insaisissable, pleines de faux émois et de fumée. Ainsi l’ordre perdure, c’est-à-dire un désordre solidement installé. Dans ces vapeurs, le monde en place valse, s’exhibe, gratte, profite, puise au butin. Toute une cascade de prébendes, de rentes, de rémunérations occultes ou cyniques. Des tributs prélevés sur la bête. Deniers publics jetés aux parasites en tout genre…
 
 
 
            Difficile de parler de tout ça. En plantant la dent dans ce gros fruit défendu (et bien défendu !), on ne sait plus où on va, qui on touche, qui est concerné. On a le sentiment d’une résignation au pire ou d’une espèce de corruption généralisée, vénalité généralisée, qui va du grand condottiere de la politique au requin local de la presse, avec parfois des côtés grotesques.
 
 
 
Exemple de grotesque ? Ce président qui s’octroie, dans le marasme montant, 19 000 euros de revenus mensuels (en plus de tout le reste) - augmentation de 140 % - et qui s’attaque aux « privilèges » des cheminots ! Il ose. Alors on rit ? On pleure ? Ça laisse baba, en tout cas. Aussitôt les médias devraient passer au rouge, l’opinion publique devrait sortir de ses gonds. Un peu de cohérence, messieurs. Un minimum de probité…Mais non. Ça se perd dans le flot des infos – Ce foutu flot où se noient de conserve le cheval et l’alouette, le chien écrasé et la guerre en Irak. On est prié de perdre le sens des proportions, le sens de l’essentiel. Donc, pas de grosse rigolade ou de colère fulminante (si : un pêcheur du haut de son chalutier…). Ça coule, ça passe. Alors que tout est là, dans cette inversion des significations, dans ce mépris des faits, dans ce défi au bon sens. Ou on fait de la justice sociale, de la solidarité, de la démocratisation, de la transparence, ou on se fiche du monde !
 
           
 
Eh bien on se fiche du monde.
 
                
 
            Loin de tout mettre sur la table pour faire le tri dans le social, pour améliorer et changer ce qui peut l’être en toute équité et pour qu’il y ait de l’humain au lieu de la foire d’empoigne, chaque « responsable » (politiciens, PDG, médias, experts…) y va de sa petite confusion, de sa petite complaisance, de sa petite magouille. On tait, on camoufle. Et par exemple on tend le micro aux usagers qui en ont marre des grèves dans les transports. Demain, c’est sur eux, bien sûr, que tombera le marteau des cyniques et des manipulateurs. Peu importe : les uns sont dressés contre les autres. Diviser pour régner.
 
 
 
En face, comme on aimerait voir les syndicats s’unir et faire ne serait-ce qu’une campagne d’affiches commune pour dire : « Assez de sornettes ! Arrêtez de vous en prendre aux pseudo-privilèges des pauvres et attaquez-vous aux accaparements obscènes des vrais privilégiés, de ceux qui puisent dans les caisses à deux mains ! »
 
Information : si les stock-options et parachutes dorés étaient soumis aux cotisations sociales, cela rapporterait 6,5 milliards d’euros. Rappel : le déficit des régimes spéciaux est de 6,2 milliards !                     
 
 
 
Tant que les choses ne seront pas posées dans ces termes-là – toute la vérité à tous les niveaux -, on piétinera dans les mêmes discours vaseux et les mêmes vieux conflits piégés. Et la démoralisation progressera, pour le plus grand profit (au sens propre) des cravatés médiatiques qui font la pluie et le beau temps. Loi charmante du «je m’en mets plein les poches et alors ? Après moi le déluge ! »
 
 
   
Serge Trocquenet  
Repost 0