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  • : Créé par l'association Areduc en 2007, Entre Les Lignes propose un regard différent sur l'actualité et la culture en France et dans le monde.
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Peut-être les problèmes liés au Lieu communautaire vous ont-ils paru abscons. Peut-être trouvez-vous l’idée de la répartition du travail que nous développerons plus loin enthousiasmante, et pas si difficile que cela à mettre en place.

 

Mais, avouez-le, le problème du statut économique de la Communauté vous paraît presque insoluble.

 

Nous allons tenter de vous détromper.

 

Le principe de l’économie évolutionnaire est simple.

 

Imaginons une bande d’escrocs qui veulent, en bons escrocs qu’ils sont, quitter le Système par la grande porte. Tous les films de gangsters tournent autour de ce pot-là : nous avons toujours eu envie de sortir.

 

Nos escrocs travaillent dans un grand groupe industriel, que nous appellerons ici le Groupe.

 

Chacun des escrocs occupe une place bien particulière dans le Groupe, depuis le balayeur jusqu’au président-directeur général, en passant par le manœuvre, le secrétaire, le chef de chantier, le comptable, le directeur des ressources humaines.

 

On imagine très bien la chose : un excellent sujet de film ou de roman.

 

Des réunions clandestines dans des endroits reculés, des codes, des messages secrets. Mais, au bout de ces manœuvres mystérieuses, une victoire au grand jour.

 

Pourquoi les groupes clandestins fascinent-ils tant ? Parce qu’ils sont des groupes, tout simplement. Au sein d’une société dont les liens sociaux se délitent, rien de tel qu’une petite conspiration pour retrouver le goût de l’amitié et de la solidarité. Le goût de la liberté, aussi, puisque dans un groupe comme celui-là, on réinvente tout. On a aussi cerné l’adversité. Tout ce que nous avons décrit dans les pages qui précèdent comme le cancer du Système, tout cela devient clair : on prend conscience ensemble de ce qu’on perd à continuer de mener cette vie-là qui n’est pas la vie, une vie où l’on est condamné à voler au passage un plaisir clandestin, comme dit le poète.

 

Alors, on comprend bien qu’un groupe de ce type comporte tous les caractères qui peuvent en faire une société nouvelle.

 

Une société des frères.

 

(Dans un film de gangsters, souvent, les gangsters perdent à la fin, c’est-à-dire pas quand ils agissent ensemble mais quand, leur forfait accompli, ils se séparent et que chacun s’en va de son côté.)

 

Notre bande s’aperçoit qu’elle a les moyens de créer, en marge du Groupe, un groupe clandestin. En utilisant, tout simplement, les compétences que le Groupe exploite pour perpétuer les structures, et, surtout, ensevelir la richesse produite.

 

Economiquement, comment cela se passe-t-il ?

 

Chacun distrait de sa situation dans le Système une partie de son travail, et une partie des fruits de son travail – dans la mesure de ses possibilités horaires, bien entendu. Au fur et à mesure se développe une économie parallèle. Le Groupe est doublé par un deuxième groupe. Mais ce deuxième groupe fonctionne pour le bénéfice égal de tous ses membres. Légalement, il n’y a rien à dire : nos escrocs sont au-dessus de tout soupçon. Et pourtant, ils ont organisé une fuite de capitaux hors du Système.

 

Une clandestinité au grand jour, voilà ce qu’est l’économie évolutionnaire.

 

Peu à peu, au lieu d’aller chercher son bien dans le Système, on va le chercher dans la Communauté. Dans le Système, on vend ; dans la Communauté, on donne. On serait bête de se fatiguer.

 

N’oublions pas que les membres de la Communauté, qui sont le sel de la terre, sont une bande de fieffés salopards.

 

C’est donc pour leur bien qu’ils font le bien. Mais la différence profonde entre ce processus et l’idéologie libérale, c’est que pour faire le bien, ils ne sont pas obligés de faire le mal. Ils ne font le mal qu’au regard d’une philosophie morale inique, qui couvre d’un voile de moralité l’agonie nauséabonde du Système, et qui veut nous le faire passer pour la fin de l’histoire.

 

Bien sûr, il faudra ruser.

 

Les membres de la Communauté sont des clandestins au grand jour, mais des clandestins quand même. Ils ne devront plus faire de zèle dans le Système. Juste le strict nécessaire. Un peu de zèle pourra s’avérer nécessaire pour conserver une situation avantageuse dans le Système. Car ce qui est bon pour un membre de la Communauté est bon pour la Communauté.

 

C’est en vain qu’on cherchera dans les lignes qui vont suivre la moindre règle absolue : nous avons bien dit qu’en matière de règles, nous étions partisan du minimum vital.

 

A chacun de jauger sa situation et de définir la stratégie la plus efficace.

 

Les uns voudront très vite tout sacrifier pour vivre le plus possible un temps communautaire. D’autres, plus avantagés sans doute dans le Système, jugeront plus judicieux pour leurs intérêts communautaires de sacrifier du temps au Système pour lui prélever plus de richesses.

 

L’essentiel, comme on va le voir dans le chapitre suivant, c’est que, dans le temps communautaire, aussi restreint soit-il, le principe de la répartition du travail – une de ces règles vitales dont nous parlions à l’instant – soit scrupuleusement appliqué.

 

Ceux qui, dans le Système, sont propriétaire de moyens de production pourront mettre au service de la Communauté tout ou une partie de ces moyens.

 

On comprend la suite.

 

Peu à peu, la Communauté devient un centre économique au sein du Système, une « entreprise ». Mais une entreprise dont toutes les productions sont également réparties entre ses membres. Plus cette entreprise prélèvera de richesses dans le Système, plus elle redistribuera de richesses en son sein.

 

L’économie évolutionnaire appliquera naturellement une petite charte de principes éthiques. Nous suggérons ici quelques-uns de ces principes.

 

Un premier principe pourrait s’appeler le principe de réciprocité : en aucun cas l’entreprise communautaire ne s’autorisera à prélever des richesses dans des régions du globe où elle ne serait pas présente, c’est-à-dire sans qu’il y ait redistribution possible.

 

Un second principe serait le principe écologique. La Communauté obéit à un principe vital. Porter atteinte esthétiquement ou physiquement à notre environnement serait antiévolutionnaire. Nous sommes très éloignés de penser que les préoccupations environnementales doivent l’emporter sur les préoccupations humaines : ce serait, de notre part, des scrupules de riches. Il convient de définir ici une écologie fonctionnaliste, qui tienne compte des urgences sociales et économiques.

 

Ainsi, l’entreprise communautaire sera, économiquement, une sorte de partenaire officiel du Système, une multinationale bénévole et gratuite, un capitalisme égalitaire.

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