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  • : Créé par l'association Areduc en 2007, Entre Les Lignes propose un regard différent sur l'actualité et la culture en France et dans le monde.
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Putain, ce qu'il faisait froid ce matin, je me rappelle bien, et avec la nuit j'avais passée - pas fermé l'œil - ça n'arrangeait rien. Toute cette pression, ces dossiers et tous ces gens autour de moi. Qu'est-ce-que je foutais là d'ailleurs? Et eux, ils n'étaient pas mieux : elle avec son manteau de fourrure à la con (à poil en-dessous, c'est clair), elle se croyait au carnaval, ou à Pigalle... ha, ça, je me souviens, ça m'a fait marrer... à y repenser, je sais même pas pourquoi j'y allais encore au taf... retrouver tous ces abrutis... et Michel... Putain Michel, toujours avec son bonnet de nuit... Et elle, tout en blanc qui me regardait bizarrement. Je lui plais, c'est sûr...


Par contre, en marchant, je me disais justement qu'il y en avait un qui me manquait, qui nous manquait, c'était Pierre. Voilà un an qu'il était mort Pierre. Lui, il tenait la baraque, au moins : personne ne moufetait lorsqu'il passait Pierre, les gens travaillaient, terrorisés certes mais ils travaillaient. Il m'a un peu fait chier Pierre, c'est vrai, mais il m'a bien fait progresser aussi. Oui... mais il m'a fait chier ce con...


Un autre gars est passé ce matin, avec sa cravate rose et ses chaussons... Ha, il m'a bien fait rire lui aussi... et puis.. et puis je me revois, là, à l'angle, j'ai vu ce type là... bordel, c'était lui, c'est sûr ; j'lui ai dit :



-         Pierre, Pierre (il ne se retournait pas ce con, c'était pourtant bien lui !) Pierre ! Ha te v'là enfin. C'est Moi !!! Ha ben t'en fais une gueule. Tu t'es coupé les cheveux hein ? des UV aussi ! ha t'as bonne mine.


C'est vrai qu'il ne me répondait pas trop. Il est resté là, à me regarder, l'air éberlué. Je l'ai pris par les épaules si je me rappelle bien, et on a commencé à parler de trucs, enfin surtout moi...


-         Alors ça fait une plombe hein ? j'savais qu'tu reviendrais ! tu traficotes hein ? comme tu faisais avant ? Ha ça, t'as laissé un vide mon vieux... t'étais le seul qui s'permettait de se casser comme ça sans prévenir personne. Car tu nous foutais dans la merde tu sais! J'en ai passé des nuits au bureau à cause de toi ! T'es incroyable comme mec, t'es libre toi - c'est bien ça d'être libre - tu faisais ce que tu voulais, enfoiré va. Un jour, je m'souviens, tu m'as même demandé de remplacer M'dame Sophie au cas où des clients arriveraient le soir... moi, je suis resté jusqu'à dix heures! Personne est venu, j'ai juste reçu 2 coups de fil : celui de ta femme et celui du mari de M'dame Sophie. Ils savaient pas où vous étiez... Et la fois où tu t'es acheté la merco alors que tu venais juste de nous dire qu'il y aurait pas de primes cette année ! Ha ça c'était fort, salopard - mais t'as raison faut savoir être ferme dans la vie, ferme. Tu l'es toi. Moi, non. Moi, j'y arrive pas à imposer des choses aux gens sans leur demander leur avis. Toi t' y arrives - c'est bien ça.


A ce moment-là un grand noir est venu à notre hauteur, et il est reparti. Tant mieux, car moi, j'avais encore des trucs à lui dire à Pierre, depuis tout ce temps, surtout cette journée mémorable...


-         Hein Pierrot, tu t'en rappelles de cette journée, hein ? Où tu m'avais engueulé devant tout le monde parce que soit disant c'était de ma faute si on n'avait pas eu le marché. Moi j'avais tout fait et j'voulais te voir pour qu'on en parle. Toi ? T'étais jamais là. Pas l'temps, pas l'moment... tu t'en foutais hein, vieux sac !?! C'est bien ça de prendre du recul... Moi j'y arrive pas : quand j'fais un truc, j'le fais à fond, et le mieux possible. Toi, non, tu t'en fous. Et en plus tu te permets de critiquer. Là, c'était devant M'dame Sophie que tu m'avais engueulé hein ! Je me rappelle tout! On était dans ton bureau, magnifique, lumineux et tout le monde s'était retourné tellement tu criais fort. Mme Sophie était à côté de toi, les yeux rivés sur ses chaussures - moi j'te regardais, tremblotant, tout penaud, et puis j'ai vu ce gros cendrier en étain à ta gauche... J'me suis approché, j'l'ai pris et j't'ai cogné avec ! Mais pas qu'une fois, deux trois... personne n'a bougé, personne. Toi, tu gisais: t'étais pas beau à voir tu sais, ça changeait!


Je crois qu'il allait me répondre mais le grand noir est revenu, avec deux femmes en blanc qu'il me semblait avoir déjà vues quelque part. Ils m'ont fait une piqûre me disant de laisser ce poteau tranquille, et après, je ne me souviens plus. Il y a un écran à ma droite qui fait tit tit... ha ce bon vieux Pierre... ça m'a fait plaisir de le revoir. Ça avait l'air d'aller mieux en tous cas. Je leur annoncerai la bonne nouvelle au boulot, demain.
 

Sylvain Bineau


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