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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 17:26
 

Je suis heureux de te lire. Mais je ne suis pas d'accord sur le problème de la morale.
D'une, le moraliste sera troublé par Cronenberg et pas par Scott, si seulement il va voir ces films après avoir vu les bandes annonces.
Pourquoi ?
Parce que dans le Cronenberg, Naomi Watts est fascinée par la puissance, la beauté, la démarche du gangster.
Pas Russel Crowe pour Denzel Washington.
Parce que chez Cronenberg, il y a comme dernier plan, ce travelling avant en contre plongée d'une élégance prodigieuse sur le "faux gangster" devenu roi de la Mafia.
Russel arrête Denzel chez Scott. Il le fait même travailler pour lui pour le BIEN ! Pour arrêter les flics corrompus.
Donc dans le premier, les promesses de l'ombre sont tenues. Le côté du mal (violeur, mac, assassins) donne son lot de pouvoir et de richesses à qui a assez de cynisme : voir la GUEULE que fait Viggo quand il coupe les doigts d'un "gênant".
Dans le deuxième, le black qui a été le serviteur docile du plus grand gangster d'Harlem deviendra à son tour l'ennemi numéro 1 de USA parce qu'il "représente le progrès". Mais il finit à zéro. Parce qu'il y a un BON flic en face. Un flic à la Willis comme tu dis. L'honneur chez Ridley Scott est toujours quelque chose de très présent : le Grand Chevalier de Kingdom of Heaven, le Bon Gladiateur qui rend la ville aux autorités compétentes. Le mec qui a 10 000 000 dollars sous les yeux et qui ne les empoche pas. Il est droit comme un "i", contrairement au 3/4 des agents SPECIAUX. Tellement droit qu'il refuse la garde de son gosse parce qu'il sait être nocif pour lui. 
Chez Cronenberg, les personnages secondaires ont des défauts qui frappent. Le Racisme du père, qui est "une bonne gens" est frappant, déroute. La gentillesse de Ben Gazzara est paradoxale. Peut-être pas très originale, mais plus gênante que la semi-imperfection de la Mère du gangster dans American Gangster

Les titres en disent plus long que tout ce que je viens d'écrire. Chez Scott, on est droit. La conquête du rêve américain ne saurait se faire sans être un salaud. Le bon flic reste en bas, et l'accepte parce que c'est le code de l'Honnêteté. Le "Bon" truand repart à zéro (voir le plan qui suit le générique de fin !)... on respecte les conventions morales dans ce film. Tout le monde reste à sa place. Le moraliste devrait être ravi que par ces temps de répression, il y ait de "grands" réalisateurs qui, obligés de faire place aux gangsters, arrivent à véhiculer un message politique répressif. Il ne faut pas essayer de lutter contre la machine, car voyez comme la machine est droite, et respectable, et...
Cronenberg déjoue tout cela. L'Agent infiltré devient le Roi des Mafieux, parce que la machine n'a pas voulu le suivre dans la violence qu'il fallait déployer pour lutter. C'est tellement cynique et insupportable que les gens rient quand il voit un ciseau se planter dans l'oeil d'un gros type en cuir.

Valère, tu devrais lire La théorie des Genres de Raphaëlle Moine où elle travaille notamment sociologiquement sur la fonction de communication de valeurs des films de genre. 
HEAT de Michael Mann est le plus grand film de gangster. Ce n'est pas gratuit de ma part. C'est juste à mettre en rapport avec ce qui vient d'être énoncé.

Pascal Leroueil
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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 11:24
                           
 
 
« Encore un film de gangsters ! » La salle est plongée dans l’obscurité. Le spectateur, confortablement installé, fait la moue en découvrant la bande annonce du dernier David Cronenberg ou du dernier Ridley Scott. Il pense que le cinéma hollywoodien manque d’inspiration. Il se penche vers son voisin et murmure, non sans exaspération, une remarque du genre « Ils ne savent faire que ça, ces américains ! » La bande annonce se poursuit. Notre spectateur ne cesse de hocher la tête. Il désapprouve. Il tient à l’exprimer. Il se penche de nouveau vers son voisin. Il s’apprête à reformuler son mécontentement. Mais il remarque cette fois qu’on ne l’écoute pas. Un étrange éclat brille dans le regard de celui qui opinait du chef tout à l’heure. Ce regard, monsieur le moraliste sait ce qu’il recouvre. De la fascination. Le voisin commence à céder. Il est contaminé. Des gueules magnifiques, d’une paradoxale beauté, s’imposent à lui. Ils portent tous le feutre légèrement incliné sur la tête. Leurs gestes sont précis, leur démarche chorégraphique. Le voisin, qui se fait chaque jour exploiter par son patron, qui torche le cul de ses gamins en comptabilisant ses traites, vient de pénétrer brusquement dans le monde du fantasme. Mais ce n’est pas l’île paradisiaque dont rêve sa femme pour leurs vacances. C’est un monde sombre, brutal, pluvieux. Viggo Mortensen et Denzel Washington lui tendent le bout de leur revolver. Le voisin du moraliste serait-il donc tordu ? « Ces hommes sont des gangsters ! Regarde-les, ils incarnent le mal ! Ils flinguent, ils forniquent, ils volent ! » Le voisin le sait bien. Il a normalement du bon sens. Il serre poliment la main à son patron le matin, il est d’une ponctualité irréprochable. Il n’oublie jamais de caresser les cheveux de ses enfants lorsqu’il se prête à leurs jeux. Alors pourquoi attendre avec impatience ces films ? Pourquoi revenir à cet univers toujours aussi violent, toujours aussi sombre ? Il faut dire d’abord, à sa décharge, qu’il est cinéphile. Il ne résiste pas à une belle mise en scène, à une prestation d’acteur, à un scénario bien ficelé.
 
« Oui, mais pourquoi des gangsters ? »
 
 Le voisin l’ignore. Il se contente de marcher aux côtés de ses figures déchirées et tragiques. Il faut ensuite ajouter qu’il ne boude pas le plaisir d’être diverti. C’est sa faiblesse, il aime qu’on lui raconte des histoires, qu’on l’emmène loin de chez lui.
 
« Oui, mais pourquoi des gangsters ? »
 
Le voisin a épuisé tous ses arguments. Le moraliste le regarde toujours d’un air grave. Alors il tente une percée, plus dangereuse, plus personnelle aussi. Il avoue, un peu gêné, que le monde n’est pas si simple qu’il n’y paraît, que la morale est une chose complexe, une entité assez obscure. Le moraliste fronce les sourcils et lui conseille de ne pas donner dans la métaphysique. Le voisin finit alors par mettre tout sur la table. Il l’aime son gangster. Il en a besoin. Lorsqu’on crève d’ennui, le gangster est là pour tenter l’aventure ; lorsque le déterminisme nous accable, le gangster est là pour nous prouver que tout est possible ; lorsque le conformisme étouffe chacun de nos désirs, le gangster est là pour incarner la marginalité ; lorsque la lâcheté nous empoisonne, le gangster est là pour affronter avec stoïcisme sa propre perte. Le voisin s’emballe. Que voulez-vous ? Que dire de plus ? Lorsque le héros est devenu un gangster, pourquoi ne pas aimer le gangster ?                    
Mais le voisin a négligé une idée et non des moindres. Il a oublié qu’il ne vivait pas dans le fantasme et qu’en sortant de la salle de cinéma, il retrouverait son patron, sa lâcheté, son ennui. Il a même tiré un trait sur la haine qu’il a éprouvée, un jour auparavant, pour le type qui lui a volé son portefeuille. Pour un peu, il était prêt à l’envier.
 
Le voisin refuse de voir derrière ces prodigieuses figures de gangsters les frustrations et les zones d’ombre de tout un monde. Une crise morale ? Non, pas exactement. Mais il faut savoir que chaque fois que l’Institution devient oppressante, le marginal est sacralisé. Messieurs les moralistes, ne vous en déplaise, le gangster a encore de beaux jours devant lui. Il mourra définitivement lorsque Bruce Willis, le héros patriotique, toujours en phase avec son régime, renaîtra de ses cendres. Mais pour le moment, le règne du gangster au cinéma est ce qui peut arriver de mieux à l’Amérique. Il lui renvoie ses erreurs, ses failles. Et si le gangster annonçait finalement une prise de conscience et un renouveau ?
 
                                                                                                    
Valère Trocquenet
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