Créé par l'association Areduc en 2007, Entre Les Lignes propose un regard différent sur l'actualité et la culture en France et dans le monde.
Nous vous proposons de retrouver la vidéo de la pièce, jouée par la troupe Areduc, à l'adresse suivante:
http://picasaweb.google.com/areduc/LeMariageDeFigaro#5347276862473252898
| Ø Mise en scène
| Nicole Stankiewicz |
Ø Acteurs (par ordre d'apparition) :
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| Figaro | Jean-Baptiste Delmas |
| Suzanne | Dorothée Cailleux |
| Marceline | Laurette Truchot |
| Bartholo | Roberto Teichner |
| Chérubin | Grégoire Viterbo |
| Le Comte | Florent Trocquenet |
| Bazile | Camille Derboule |
| La Comtesse | Diane Chamboduc de Saint-Pulgent |
| Fanchette | Agnès Le Guen |
| Antonio | Serge Trocquenet |
| Brid'oison | Julien Chiappone-Lucchesi |
| Double-Main | Charles Viterbo |
| Ø Costumes | Diane Chamboduc de Saint-Pulgent |
| Ø Régie | Mathieu Cossutta |
| Ø Producteurs exécutifs | Sylvain Bineau Dorothée Cailleux Diane Chamboduc de Saint-Pulgent |
Le Mariage est sans conteste la pièce maîtresse du triptyque, parce qu'elle contient ce qui fait le moteur des deux autres. Légère, elle l'est encore : « Tout finit par des chansons » dans le joyeux vaudeville final. Grave, elle l'est déjà, par les thèmes qu'elle embrasse. Les personnages ne sont plus seulement des emplois de théâtre, ils ont pris de l'épaisseur, des contours plus flous, plus mobiles, et incarnent, chacun à sa manière, un des fils qui se nouent dans cette période où l'Ancien régime exhale ses derniers souffles. Le Comte n'est plus le jeune premier livré à une passion que tout encourage et tout autorise : il est une incarnation du « grand seigneur méchant homme » ; son désir devient une prédation, d'autant plus inquiétante qu'il est le maître des lieux, le représentant d'une Loi qu'il cherche à détourner à son profit. La Comtesse est la « femme délaissée », à qui son aliénation conjugale devient insupportable, et qui va trouver en Marceline, une fausse duègne, le héraut de sa cause. Suzanne n'est pas la soubrette qu'impose le schéma comique traditionnel : objet de tous les désirs masculins, enviée par sa maîtresse, elle incarne, dans sa fraîcheur et sa légèreté, une fraction de la bourgeoisie qui se sent, dans la société verrouillée de l'Ancien régime, courtisée sans honneurs, indispensable sans reconnaissance... Figaro est au carrefour de ces nouvelles pistes qui s'offrent à l'exploration sociale, et il figure leur incertitude. Son célèbre monologue en fait un personnage de roman, car, on le sait, les personnages de théâtre n'ont pas de passé, et c'est la « bizarre suite d'événements » qui a marqué sa vie que Figaro se remémore sur la scène.
Il serait naïf de prétendre que Le Mariage « annonce » en fanfare la Révolution française : en vérité, il la redoute, autant qu'il en dessine les contours. Avant tout, en ces années 1780, c'est le chaos : les valeurs en cour(s) ne sont plus que des symboles vides, mais qu'est-ce donc qui les remplacera ? Quelles solidarités fonderont la communauté sociale à naître ? Car enfin, si la société d'Ancien régime est divisée en ordres, ces ordres ne sont pas des classes sociales... Ils ne sont pas même des ordres, et l'on verra, quand enfin le feu est mis au poudre, des « bourgeois » réactionnaires, des aristocrates qui renonceront dans une superbe et folle exaltation à leurs privilèges, la nuit du 4 août.
Quand un système politique est déjà mort, et que de toutes parts des insurrections, des doutes, de fausses certitudes ponctuent la nuit sociale, ne nous y trompons pas : le sentiment qui domine est celui de l'inquiétude. Le Mariage s'achève dans la nuit d'un parc où règne la plus grande confusion. Qui aime qui ? Qui est qui ? Qui sont les maîtres, où sont les valets ? Les flux se croisent, des flux de désir... Mais ceux-ci sont, on le sait, inassignables. Un personnage incarne cette libido sans visage : Chérubin, le jeune page, qui n'est plus un enfant mais pas encore un adulte, jeune homme déguisé en femme, électron libre qui relie tous les points de cette toile complexe - personnage lourd de promesses, mais à qui l'on annonce le pire... Dans cette nuit baroque, tout est simulacre : les mœurs, la justice, la politique, la diplomatie, les identités sociales ou sexuelles.
On l'a compris, cette nuit d'orages avant des lendemains inconnus, cette société en crise où l'on sent bien que quelque chose est à venir, mais où il semble pourtant que l'on ne puisse faire autre chose que battre inlassablement des cartes mille fois rebattues, c'est une période qui ressemble, par certains côtés, terriblement à la nôtre. Périodes-charnières de l'Histoire, périodes difficiles. Périodes fécondes pourtant, où l'on doit donner forme à toutes ses impatiences, où l'on doit faire la part d'un avenir qui s'annonce, mais dont on ignore à peu près tout...
Florent Trocquenet
Avec le soutien de :
Service culturel des Étudiants de l'Université Paris IV - Sorbonne
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