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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 11:45
               Notre pays traverse une nouvelle phase de la crise qui affecte le système capitaliste-libéral. Seuls quelques observateurs myopes, pour des raisons qu’il ne nous appartient pas de déterminer ici, veulent y voir un simple mouvement social motivé par des préoccupations corporatistes. La crise est totale. Elle l’est tellement qu’à la limite on ne la voit plus : on la vit.
 
            Ce n’est ni la première, ni la dernière crise totale de notre histoire. Les parallèles avec de grands précédents historiques de fins de régimes seraient certes passionnants à faire : ils ne sont pas notre propos. Cette crise a un visage nouveau. C’est ce visage que nous voudrions peindre dans ces quelques lignes, afin de comprendre ce que nous vivons exactement et, partant, ce que nous pouvons faire.
 
            Il faut peser chacun des mots que nous venons d’employer.
 
            La spécificité de cette crise est qu’elle semble molle. Elle a commencé, tous les manuels d’histoire vous le diront, au milieu des années soixante-dix. Il semble qu’elle puisse durer éternellement. C’est précisément là que nous nous trompons. L’erreur, c’est de croire qu’il n’y a rien à faire.
 
            Des gens font grève, des étudiants bloquent les universités : ne sont-ils pas en train de faire ?
 
            Ils sont dans l’action. Et l’action les porte. Ils comprennent ce faisant qu’ils ont raison de bloquer, de manifester – au sens où l’on peut parler d’une raison de l’Histoire. Mais, on le sait, la raison de l’histoire n’est pas ce que nous appelons communément la raison. On pourrait même dire qu’elle n’a rien à voir avec quoi que ce soit de raisonnable : elle est une aspiration, un désir. Un rêve. Le mot, et c’est un signe qui doit nous réjouir, est apparu lors de la précédente crise contre le CPE.
 
            Là, nous tenons une clef.
 
            D’où vient en effet qu’on pense ne rien pouvoir faire ?
 
            Cela vient de ce que les individus (comme on dit), pris isolément dans la société, ne voient pas ce contre quoi ils pourraient bien lutter. N’ont-ils pas un travail, ou bien, s’ils n’ont pas de travail, n’ont-ils pas des subsides qui leur permettent de survivre ? N’auraient-ils pas beaucoup à perdre à protester, à vouloir tout changer ? Que diable pourrait-on mettre à la place de cette société-là ?
 
            Les manifestants dans les défilés, les étudiants dans les facs bloquées (nous en avions rencontré en avril 2006) ne se posent plus cette question. D’abord, parce qu’ils sont ensemble. Ensemble, ils prennent conscience qu’il y a quelque chose à faire.
 
            Nous disons bien : quelque chose à faire, non pas seulement quelque chose à dénoncer. Le capitalisme d’aujourd’hui n’est plus le capitalisme d’hier : il est libéral, c’est-à-dire non coercitif. Il n’empêche rien, mais il ne permet rien non plus. Et c’est là la raison de la crise.
 
            Pris isolément, chaque individu se débrouille. Il trouve un travail, il vit au mieux de sa retraite, il trouve des aides pour nourrir sa famille. Bref, du point de vue de la stricte nécessité, on pourrait dire qu’il ne manque de rien.
 
            Mais la vie, ce n’est pas avoir besoin de quelque chose.
 
            Cela fait belle lurette que nos sociétés garantissent à tous leurs membres le nécessaire.
 
            Mais rien de plus.
 
            Qu’est-ce donc que ce plus que nous sommes tous en droit d’attendre ?
 
            La possibilité d’agir. De créer quelque chose de neuf, et de le créer ensemble.
 
            Nos désirs ont, depuis trente ans, déserté la société dans laquelle on vit. Quoi qu’on fasse, on a l’impression que cela ne changera rien.
 
            Pourtant, il y a un objectif que nous n’avons pas encore atteint, un possible qui subsiste. Et pas des moindres.
 
            Ce rêve qui s’offre à nous, c’est l’égalité.
 
            Pour les uns, cela signifie vivre mieux, pour les autres aider les premiers à vivre mieux, pour tous, c’est inventer.
 
            Ce que nous venons de dire porte un nom : c’est la politique.
 
            Et la voilà, la raison pour laquelle on ne voit pas ce qu’il est possible de faire sur le plan politique en France, aujourd’hui : c’est qu’on croit qu’on peut lutter contre la « politique de Nicolas Sarkozy ». Mais Nicolas Sarkozy n’a pas de politique. La politique, c’est avoir une vision d’ensemble de la société, et déterminer ce qu’il reste à faire. Or, Nicolas Sarkozy n’a pas de vision d’ensemble : la preuve, il s’attaque aux régimes spéciaux. Il bricole depuis qu’il est élu. Pire : il accentue encore les inégalités sociales. Il donne plus à ceux qui ont trop, et il augmente les prébendes d’une « classe politique » qui est une absurdité dans les termes : il ne peut y avoir une « classe politique ». La politique, c’est l’œuvre de tous, pour le bien de tous.
 
            Alors, prenons le problème à bras-le-corps, et attelons-nous à la tâche. C’est peu dire qu’il y a de quoi faire. La raison d’être de ce blog, c’est ce projet tout à fait déraisonnable : réinvestir ensemble le champ politique, court-circuiter peu à peu ces mandarins qui ne gouvernent que leur carrière, et écrire une nouvelle page de l’histoire.
 
            Excusez du peu.
 
Florent Trocquenet
 
           
 
           

 

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